Mali : Guerre par procuration au nord, l’État dépassé à Kidal - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 23/02/2026 09:02:00

Mali : Guerre par procuration au nord, l’État dépassé à Kidal

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Le 18 février, des rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont revendiqué une frappe de drone contre un convoi militaire entre Anefis et Aguelhoc, dans la région de Kidal au Mali, ciblant des unités de l’armée malienne, des éléments de l’Africa Corps russe et des supplétifs du Gatia. La même journée, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) a revendiqué une attaque contre le même convoi par un engin explosif improvisé; plusieurs morts et des véhicules détruits ont été signalés, et deux combattants du FLA ont péri, dont le fils d’Alghabass Ag Intallah.

La juxtaposition de forces étrangères et de milices locales transforme le champ de bataille en un théâtre où l’État apparaît absent et dépassé. L’auteur considère que la présence de l’Africa Corps russe et la coopération avec des groupes comme le Gatia amplifient l’instabilité, fragmentent l’autorité et alimentent un cercle vicieux de violence incontrôlée.

La coïncidence de frappes de drones, d’embuscades et de pertes dans la région de Kidal illustre une escalade qui suit des mois de combats entre forces régulières, groupes rebelles touaregs et mouvements jihadistes, sans communication officielle de l’armée sur ces incidents.

La Russie déploie au Sahel des acteurs militaires privés et des conseillers sous l’étiquette Africa Corps, et cette présence soulève une question simple: qui tient réellement les commandes sur le terrain? Quand un convoi regroupe l’armée nationale, des mercenaires étrangers et des milices locales, la ligne entre opération de maintien de l’ordre et guerre par procuration s’efface. Le résultat est la multiplication des frictions: coordination déficiente, rivalités d’intérêts et risques d’erreur fatale, comme l’explosion accidentelle d’un drone kamikaze qui aurait tué deux combattants rebelles.

La coopération avec le Gatia illustre un choix stratégique coûteux. Le recours à des supplétifs locaux peut paraître utile pour compenser des lacunes logistiques, mais il délégitime l’autorité de l’État et légitime des logiques clanique et vengeresses. Le paysage malien rappelle d’autres contextes où des puissances extérieures, en s’appuyant sur des acteurs locaux, ont détérioré la stabilité: la multiplication des milices en Libye a fragmenté l’État et offert un terrain aux interventions extérieures; la Syrie a été le lieu d’une mosaïque de partenaires étrangers qui a prolongé le conflit. Ces comparaisons posent une alerte pragmatique pour le Mali.

Sur le plan opérationnel, la chaîne de commandement apparaît éclatée. Qui valide la frappe, qui assume le renseignement, qui contrôle l’armement? L’opacité nourrit le doute et permet aux déclarations concurrentes des groupes armés de brouiller la vérité. Les civils et les structures publiques paient le prix de ce flou stratégique, tandis que l’armée semble incapable de maîtriser ses alliances et de garantir la responsabilité des acteurs engagés.

L’argument selon lequel la présence étrangère renforce l’armement et la formation se heurte à la réalité d’une souveraineté affaiblie. Lorsque l’État délègue la violence à des forces extérieures ou à des milices, il renonce à un monopole qui est pourtant le fondement de la légitimité. Cette renonciation favorise une militarisation diffuse, accroît les risques d’erreur tactique et empêche toute stratégie politique cohérente pour la paix.

Des sources locales évoquent entre six et dix morts dans les attaques récentes et la destruction de véhicules; ces chiffres convergent vers une même tendance: l’intensification des engagements et l’incapacité des autorités à sécuriser les zones contestées sans recourir à des partenariats ambigus.

La présence de l’Africa Corps et la coopération ouverte avec des groupes comme le Gatia posent un problème politique et moral qui dépasse l’efficacité militaire immédiate. Elles fragmentent l’autorité, encouragent des pratiques de guerre sans contrôle étatique et exposent la population à des violences imprévisibles. L’État malien doit reprendre la main sur le choix de ses partenaires et réaffirmer le monopole de la force, faute de quoi la spirale de déstabilisation risque de s’enraciner durablement.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 23/02/202
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