De Wagner au SVR : La Russie arme son influence en Afrique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 24/02/2026 01:02:00

De Wagner au SVR : La Russie arme son influence en Afrique

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Après la mort d’Evgueni Prigojine en 2023 et la mutinerie avortée de juin 2023, le service de renseignement extérieur russe (SVR) aurait pris la main sur les opérations d’influence autrefois menées par le groupe Wagner en Afrique, d’après des archives fuitées couvrant janvier à novembre 2024 et totalisant environ 1 400 pages. Les documents décrivent des plans stratégiques, des rapports opérationnels et des bilans financiers liés à des campagnes de désinformation et de lobbying sur le continent africain.

La mainmise se traduit par le déploiement d’équipes spécialisées en communication politique et par un réseau d’intermédiaires financiers destinés à alimenter ces opérations. Cette évolution transforme l’appui russe en dispositif d’État plutôt qu’en action d’un acteur privé, avec des implications profondes pour la souveraineté des États africains.

Les archives indiquent que près d’une centaine de consultants ont été mobilisés sous une entité identifiée comme « Africa Politology » entre 2024 et 2025, avec des interventions signalées au Mali, au Burkina Faso, au Niger, en Libye, au Soudan, au Ghana et à Madagascar.

Les documents montrent que le SVR combine renseignement, création de narratives et placement d’agents d’influence dans des cercles politiques et médiatiques. Le financement estimé à 7,3 millions de dollars pour janvier-octobre 2024 illustre l’ampleur des moyens engagés. Des plans détaillent la production de contenus sur les réseaux sociaux, la formation de porte-parole locaux et l’appui logistique pour influencer des décisions politiques et diplomatiques. Le SVR apparaît aussi comme fournisseur d’informations ciblées sur les opérations étrangères, ce qui confère un avantage stratégique aux autorités qu’il soutient.

La concentration de l’outil informationnel entre les mains d’un service extérieur d’un État étranger compromet la capacité des gouvernements africains à définir leurs propres priorités diplomatiques et de sécurité. En influençant les élites militaires et politiques, le SVR peut orienter des choix stratégiques sans transparence démocratique. Les exemples cités dans les archives incluent l’appui diplomatique à la formation de l’Alliance des États du Sahel et des briefings sur les plans militaires des acteurs occidentaux au Sahel. Ces actions renforcent des juntes militaires déjà au pouvoir en affaiblissant les contre-pouvoirs civils et en légitimant des pratiques de gouvernance non responsables devant les citoyens.

La présence de financements opaques et d’entreprises écrans facilite la capture d’institutions publiques et l’érosion des mécanismes de reddition de comptes. Quand le discours public est orienté par des campagnes de désinformation coordonnées, la société civile perd des repères factuels et les médias locaux deviennent des vecteurs de polarisation politique. Les archives illustrent des cas où des accords affichés avec Moscou restent symboliques tandis que l’influence informationnelle produit des gains politiques concrets pour des régimes militaires.

Comparé à l’ancienne gestion privée par Wagner, le passage sous contrôle du SVR ressemble à une institutionnalisation de l’influence, avec une logique d’État qui dépasse les intérêts commerciaux. Par rapport aux méthodes diplomatiques classiques, cette stratégie combine publicité politique et collecte de renseignement, ce qui augmente le pouvoir d’ingérence sans processus démocratique observable.

Les chiffres financiers et les descriptions opérationnelles contenus dans les documents permettent d’identifier des mécanismes précis: achats d’espaces publicitaires, rémunération de comptes influents, formation de narrateurs locaux et mise en réseau d’acteurs politiques favorables. Des pays sahéliens montrent une dépendance accrue aux partenaires sécuritaires étrangers, ce qui expose les économies locales à des promesses non tenues et les institutions à des pressions externes répétées.

Les archives détaillent une transition du contrôle de l’influence russe en Afrique, d’un acteur privé à un instrument d’État, avec des ressources ciblées et des méthodes coordonnées. Cette concentration fragilise la souveraineté nationale en renforçant des régimes militaires peu responsables devant leurs populations et en affaiblissant les espaces d’information indépendants. La capacité des sociétés africaines à choisir leurs partenaires et leurs politiques risque d’être réduite par des opérations d’influence financées et organisées depuis l’extérieur.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pierre M.
Mis en ligne : 24/02/202
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