L’histoire bouleversante d’un homme qui a choisi le Sénégal : Michel Montesinos et La Symphonie des arts - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 30/03/2026 08:03:06

L’histoire bouleversante d’un homme qui a choisi le Sénégal : Michel Montesinos et La Symphonie des arts

En allant à la rencontre de Michel Jacques Montesinos sur l’île de Ngor, la rédaction de NotreContinent n’a pas découvert seulement une collection privée d’exception, mais un homme au parcours rare, habité par la passion, la mémoire et la transmission. À travers LA SYMPHONIE DES ARTS, forte de plus de 3 000 œuvres authentiques réunies en cinquante ans à travers 27 pays d’Afrique et d’Asie, il livre bien plus qu’un univers esthétique : il partage une part intime de sa vie, de son regard sur l’Afrique et du lien profond qu’il a choisi de tisser avec le Sénégal. À 77 ans, Michel Montesinos revient pour NotreContinent sur son histoire, son enracinement humain à Ngor et l’héritage qu’il souhaite laisser au public sénégalais.

L’ENTRETIEN :

Avant de parler de LA SYMPHONIE DES ARTS, comment résumeriez vous le parcours d’homme que vous avez construit au fil des décennies ?

Michel Montesinos : Je dirais que j’ai eu une vie très riche, très libre, guidée par la curiosité et par le goût des rencontres. Je suis né à Maisons-Laffitte, j’ai grandi à Paris, puis très tôt j’ai compris que ma vraie école serait le terrain, les voyages, les visages, les émotions. J’ai connu plusieurs univers, plusieurs métiers, plusieurs périodes de vie, mais avec toujours la même envie : comprendre l’humain et garder une trace de ce qui a du sens. Et dans ce parcours, le Sénégal a pris une place de plus en plus profonde. Ce pays m’a apporté quelque chose de rare, une chaleur, une vérité dans les rapports, une manière d’être au monde qui m’a touché. Aujourd’hui, quand je regarde mon histoire, je ne vois pas seulement un homme qui a beaucoup bougé. Je vois aussi un homme qui a fini par trouver, au Sénégal, une part essentielle de son ancrage. Rire… parfois, je me dis que tous mes chemins m’ont mené, d’une certaine façon, vers cette terre.

Quels moments de votre passé ont le plus compté dans la construction de votre regard sur le monde et sur l’art ?

Michel Montesinos : Il y a eu des moments très forts, bien sûr. En 1969, j’ai couvert le lancement d’Apollo 11 à Cap Kennedy, et ce genre d’instant vous marque pour toujours. Ensuite, le cinéma m’a énormément formé, notamment à travers des expériences de grande intensité humaine et symbolique. J’ai aussi connu d’autres vies, dans les discothèques entre 1979 et 1985, puis dans la restauration à Saint-Martin jusqu’en 1997. Tout cela m’a appris à observer les gens, à sentir une ambiance, à comprendre ce qui touche un être humain. Mais avec le temps, mon regard s’est aussi rapproché de l’Afrique, et particulièrement du Sénégal. Ici, j’ai retrouvé une profondeur dans les liens humains, une sensibilité, un rapport à la mémoire et à la transmission qui ont renforcé ma relation à l’art. Ça m’émeut, votre question, parce qu’au fond, tout ce que j’ai vécu m’a préparé à reconnaître la valeur spirituelle et humaine de ces œuvres, et le Sénégal a joué un rôle très fort dans cette prise de conscience.

À quel moment avez-vous compris que votre collection privée devait devenir une œuvre de transmission à part entière ?

Michel Montesinos : Cela ne s’est pas décidé en un jour. Au départ, il y avait la passion, l’émotion, le regard porté sur des objets qui avaient une âme, une histoire, une force. Puis les années ont passé, et j’ai compris que je ne rassemblais pas seulement des œuvres, mais des fragments de mémoire humaine. Aujourd’hui, LA SYMPHONIE DES ARTS réunit plus de 3 000 pièces venues de 27 pays d’Afrique et d’Asie, mais pour moi, l’essentiel n’est pas dans le chiffre. L’essentiel, c’est la transmission. Et cette idée s’est imposée encore plus fortement lorsque le Sénégal est devenu une terre de vie, de cœur et de projection pour moi. J’ai senti que cette collection privée avait toute sa place ici, non pas comme un simple lieu d’exposition, mais comme un espace vivant, capable de parler aux gens, de créer de l’émotion et de transmettre quelque chose de durable. C’est pour cela que je parle de collection privée. Une galerie peut montrer ou vendre. Une collection privée, elle, raconte une vie et cherche à laisser une trace.

Pourquoi avoir choisi le Sénégal, et plus précisément l’île de Ngor, pour accueillir cette collection privée si importante à vos yeux ?

Michel Montesinos : Parce qu’au fond, ce choix relevait de l’évidence du cœur. Le Sénégal m’a apporté quelque chose de très rare : une chaleur humaine, une élégance dans les rapports, une densité affective que l’on ne rencontre pas partout. Et puis il y a Ngor. Ngor n’est pas seulement un lieu, c’est une présence. Sur cette île, j’ai ressenti quelque chose de profondément apaisant et profondément vrai. C’est là que j’ai voulu faire vivre LA SYMPHONIE DES ARTS, à la Villa Keur Bibou, dans un cadre qui permette aux œuvres de respirer, d’exister pleinement, d’être rencontrées dans un esprit presque intime. Je voulais sortir l’art d’un environnement froid ou trop figé. Je voulais qu’on arrive ici comme on entre dans un univers habité, avec la mer, le silence, la traversée, la beauté du lieu. Le Sénégal m’a offert cette possibilité de réconciliation entre l’art, l’humain et la transmission. Et cela, pour moi, n’a pas de prix.

Votre attachement au Sénégal est aussi une histoire profondément personnelle ; qu’aimeriez-vous que les Sénégalais comprennent de ce lien ?

Michel Montesinos : J’aimerais qu’ils comprennent d’abord qu’il est sincère. Il ne s’agit pas d’un attachement de circonstance, ni d’un simple choix de résidence. Le Sénégal est entré dans ma vie de manière intime. J’y ai adopté un fils sénégalais, Abib Fall Montesinos, qui porte mon nom et qui sera mon héritier. Cela, ce n’est pas un détail dans une vie. C’est un engagement du cœur, un geste de confiance, une manière de dire à ce pays : je ne suis pas seulement de passage, je m’inscris dans une histoire humaine plus profonde. J’aimerais vraiment que les Sénégalais puissent sentir cela. Qu’ils ne voient pas seulement un homme venu d’ailleurs avec une collection privée, mais un homme qui a donné une place réelle au Sénégal dans sa propre famille, dans son nom, dans son héritage. Rire… à mon âge, on ne joue plus avec les sentiments. Ce qui est vrai devient essentiel. Et moi, ce lien avec le Sénégal, je le porte avec beaucoup d’émotion, de respect et d’affection.

Si un lecteur découvre aujourd’hui LA SYMPHONIE DES ARTS pour la première fois, que souhaitez-vous qu’il ressente en venant à votre rencontre, et souhaitez-vous aussi faire rayonner cette collection privée à travers des partenariats avec des hôtels ou d’autres lieux d’exception ?

Michel Montesinos : J’aimerais qu’il ressente d’abord une émotion simple et sincère. Qu’il comprenne qu’ici, on n’entre pas seulement dans un lieu d’exposition, mais dans une histoire humaine. LA SYMPHONIE DES ARTS est une collection privée construite sur cinquante ans, avec des œuvres authentiques, certifiées, choisies avec exigence, venues de multiples horizons. Mais au-delà de la rareté des pièces, j’aimerais que l’on ressente l’âme du lieu. Que l’on comprenne que chaque œuvre a une présence, une mémoire, une beauté qui dépasse sa matière. Il m’arrive aussi de céder certaines pièces d’exception, mais seulement lorsqu’il y a une vraie rencontre et une compréhension sincère de leur âme. J’aimerais aussi que le public sénégalais se sente légitime. Il n’y a pas besoin d’être expert pour aimer l’art. Il suffit d’avoir un regard, une sensibilité, une disponibilité intérieure. Oui, j’aimerais nouer des partenariats avec des hôtels et d’autres lieux d’exception, afin de faire découvrir ces trésors dans des cadres élégants, vivants et ouverts à une clientèle sensible à l’art. Ce serait une belle manière de faire rayonner LA SYMPHONIE DES ARTS tout en créant une vraie valeur pour ces partenaires. Si les visiteurs ressortent en se disant qu’ils ont vécu un moment à part, un moment de beauté, de calme et de profondeur, alors j’aurai le sentiment d’avoir été fidèle à ce que je voulais créer ici.

Quand vous regardez tout votre parcours aujourd’hui, quel héritage souhaitez-vous laisser à travers LA SYMPHONIE DES ARTS et votre histoire de vie ?

Michel Montesinos : Je voudrais laisser un héritage de transmission, de dignité et d’amour des cultures. Je voudrais que l’on comprenne que cette collection privée n’est pas le fruit d’une accumulation, mais celui d’une fidélité. Fidélité à l’art, aux peuples, aux traditions, aux émotions vraies. Je voudrais aussi que l’on retienne qu’au-delà du parcours, des voyages, des rencontres prestigieuses, ce qui compte finalement, c’est ce que l’on remet entre les mains des autres. J’ai toujours pensé que l’art devait aussi élever, partager et apporter quelque chose aux autres, dans un esprit profondément humain et presque philanthropique. Si demain LA SYMPHONIE DES ARTS continue à vivre, à toucher des personnes, à éveiller des regards, à créer des ponts entre les générations et entre les cultures, alors ce sera déjà immense. Et si en plus l’on se souvient que j’ai choisi de transmettre mon nom, mon affection et une part de mon histoire à un héritier sénégalais, alors je me dirai que ma vie aura trouvé une forme d’accomplissement très profonde. Parce qu’au fond, la vraie réussite, ce n’est pas seulement ce que l’on a construit. C’est ce que l’on laisse avec sincérité dans le cœur des autres.

À Ngor, Michel Montesinos n’ouvre pas seulement les portes d’une collection privée exceptionnelle. Il partage une part de lui-même, entre mémoire, émotion, élégance et transmission. Avec LA SYMPHONIE DES ARTS, il offre au Sénégal bien plus qu’un lieu de découverte : une rencontre sincère entre un homme, une vie et un héritage que le temps n’a fait que renforcer.

Article écrit par : Marième Ndiaye.

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