Le Sénégal de Diomaye et Sonko : une croissance en trompe-l’œil derrière le boom pétrolier - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 08/04/2026 12:04:00

Le Sénégal de Diomaye et Sonko : une croissance en trompe-l’œil derrière le boom pétrolier

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L’économiste Babacar Gaye a récemment qualifié le bilan économique du tandem Bassirou Diomaye Faye – Ousmane Sonko, après deux ans de gouvernance, de « paradoxe fort » : une économie qui affiche des indicateurs macroéconomiques impressionnants en surface, mais dont les fondations restent profondément fragiles. Si la croissance est portée par les hydrocarbures et l’inflation maîtrisée, la réalité budgétaire est bien plus sombre, avec une dette et un déficit bien plus élevés que prévu, comme le confirment les rapports de la Cour des Comptes et du FMI. Je partage cette analyse critique : derrière les chiffres flatteurs se cache une économie en trompe-l’œil, dont la résilience apparente masque des déséquilibres structurels préoccupants.

Arrivé au pouvoir en 2024 sur la promesse d’une rupture et d’une justice sociale, le duo Diomaye-Sonko a hérité d’une situation économique déjà dégradée, mais aussi d’attentes populaires immenses. Les Sénégalais, en particulier la jeunesse, espéraient une transformation rapide de leur quotidien. Pourtant, deux ans plus tard, le constat est amer : la dette publique a été révisée à la hausse, dépassant 118 % du PIB fin 2024, et le déficit budgétaire a explosé, atteignant 13,4 % du PIB en 2024 avant une légère amélioration en 2025. Pire, la croissance, bien que spectaculaire en apparence (près de 8 % en 2025), repose presque exclusivement sur le secteur des hydrocarbures, tandis que l’économie réelle stagne autour de 3 %.

Cette dépendance aux ressources pétrolières rappelle le « syndrome hollandais », où une manne soudaine de revenus naturels étouffe les autres secteurs de l’économie, créant une prospérité éphémère mais peu durable. Au Sénégal, cette situation est d’autant plus inquiétante que le pays, malgré ses ambitions, reste l’un des plus endettés d’Afrique, avec une note dégradée à plusieurs reprises par les agences de notation.

Les chiffres avancés par le gouvernement – croissance à deux chiffres, inflation maîtrisée – sont réels, mais ils occultent une réalité plus sombre. La production de pétrole et de gaz a effectivement dopé le PIB, mais cette croissance ne profite que marginalement à la population. Le secteur informel, qui emploie près de 97 % de la population active, et l’agriculture, soumise aux aléas climatiques, restent à la traîne. La pauvreté, stable à 36 % en 2023, ne recule pas, et le chômage des jeunes, l’un des principaux défis du pays, persiste.

Par ailleurs, la gestion de la dette et des finances publiques a été marquée par des révélations choquantes : des dettes cachées, des déclarations erronées, et un audit de la Cour des Comptes qui a forcé le FMI à geler un programme de 1,8 milliard de dollars en 2024. Ces dysfonctionnements ont érodé la confiance des investisseurs et des partenaires financiers, rendant le coût de l’emprunt plus élevé pour le Sénégal.

La croissance tirée par les hydrocarbures ne crée pas suffisamment d’emplois ni ne réduit la pauvreté. Le secteur informel et l’agriculture, piliers de l’économie réelle, restent en difficulté, et la diversification économique promise tarde à se concrétiser.

Avec une dette publique dépassant 130 % du PIB, le Sénégal est désormais le pays le plus endetté d’Afrique. Les marges de manœuvre budgétaires sont quasi inexistantes, et le risque de surendettement est élevé, selon le FMI.

Les divergences entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko, autrefois alliés, ont créé une instabilité politique qui distrait l’attention des réformes économiques urgentes. Les déclarations contradictoires et les luttes de pouvoir au sommet de l’État ont encore affaibli la crédibilité du gouvernement.

Le Sénégal mise tout sur le pétrole et le gaz, mais cette stratégie est risquée. Les prix des matières premières sont volatils, et une chute des cours pourrait plonger le pays dans une crise encore plus profonde. Par ailleurs, les revenus pétroliers, bien que substantiels, ne suffiront pas à compenser les faiblesses structurelles de l’économie.

Alors que d’autres pays de la région, comme la Côte d’Ivoire ou le Bénin, parviennent à maintenir une croissance plus équilibrée et à attirer des investissements diversifiés, le Sénégal se distingue par sa dépendance extrême aux hydrocarbures et sa dette record. Même le Gabon, pourtant riche en pétrole, a su mieux gérer sa transition économique. Le Sénégal, lui, risque de devenir un cas d’école de la malédiction des ressources naturelles, où une manne pétrolière masquerait une économie peu résiliente et peu diversifiée.

Je ne peux que conclure, avec Babacar Gaye, que le Sénégal n’est « ni en crise ni stabilisé ». Les indicateurs macroéconomiques rassurants cachent une économie structurellement fragile, une dette insoutenable, et une gouvernance économique qui peine à inspirer confiance. Si le tandem Diomaye-Sonko a su capitaliser sur l’euphorie des premiers revenus pétroliers, il n’a pas encore démontré sa capacité à transformer ces ressources en développement durable.

Pour éviter que la manne pétrolière ne devienne une parenthèse enchantée sans lendemain, il est urgent de diversifier l’économie, de renforcer la transparence budgétaire, et de restaurer la confiance des partenaires financiers. Sans cela, le « paradoxe fort » de l’économie sénégalaise risque de se muer en désillusion durable pour les Sénégalais, qui attendent toujours la promesse d’une rupture véritable.

Et vous, chers lecteurs, pensez-vous que le Sénégal puisse encore inverser la tendance, ou la dépendance aux hydrocarbures et l’endettement massif condamnent-ils le pays à une croissance sans développement ?

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/04/202
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