Denis Sassou Nguesso, président de la République du Congo, a été proclamé réélu le 17 mars avec 94,82% des voix pour un cinquième mandat qui le maintiendrait au pouvoir jusqu’en 2031.
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Suite de l’article : Le scrutin du 15 mars a connu une coupure d’internet nationale, des restrictions de circulation et le boycott des principaux partis d’opposition. Ces faits posent une question simple et lourde de conséquences pour le pays.
Je refuse l’habillage apaisant qui présente ces résultats comme une formalité administrative. Après plus de quarante années cumulées de domination personnelle, on ne peut plus parler d’élection sans interroger la capture des institutions, la mise au pas des contre-pouvoirs et le risque évident d’une transmission du pouvoir au bénéfice d’un clan. La démocratie est étouffée à petit feu.
La faible affluence observée par des journalistes, la présence visible des forces de l’ordre autour des bureaux de vote et la détention d’opposants historiques créent un climat de défiance. Les candidats en lice étaient marginaux et les principaux partis ont renoncé à participer.
Je crois que la longévité d’un pouvoir n’est jamais neutre. Diriger un État pendant plus de quarante ans, avec un retour par les armes en 1997 après un mandat sous parti unique, transforme inévitablement les institutions en instruments de préservation d’un ordre personnel. Les administrations, les magistratures et les forces de sécurité finissent par dépendre d’une seule volonté politique, ce qui bloque la circulation normale des élites et fige les carrières. Le résultat n’est pas seulement un président qui dure, c’est une classe dirigeante qui se reproduit hors des règles démocratiques.
L’arsenal observé pendant le scrutin — coupure d’internet généralisée, interdiction de circulation, déploiement militaire dans les centres-villes — n’est pas l’apanage d’un régime en confiance. Ces mesures ressemblent à celles prises quand le pouvoir craint de perdre sa légitimité. J’entends ceux qui répètent que la stabilité vaut toutes les concessions; je réponds que la « stabilité » obtenue par le verrouillage des libertés n’est que stagnation et appauvrissement politique. Une nation riche en hydrocarbures mérite mieux que la pérennité d’un clan.
La question de la succession est la clef de voûte de ce système. Quand une constitution est contournée ou vidée de sa force régulatrice, la transmission du pouvoir se joue à l’intérieur d’une famille politique resserrée et non devant les électeurs. J’ai entendu la promesse sibylline que le « tour des jeunes viendra », citation qui sonne creux face aux prisons où croupissent des figures dissidentes condamnées pour « atteinte à la sécurité intérieure ». La présence de détenus politiques est un signal fort: l’espace politique est verrouillé.
Comparer la situation congolaise à des cas où la longévité présidentielle a fini par nourrir des transitions civiques montre le contraste. Dans certains pays africains, des alternances sont venues après des années de domination, mais ces basculements ont généralement nécessité une société civile forte et des institutions indépendantes. Ici, ces éléments sont affaiblis, ce qui rend la sortie pacifique du pouvoir improbable sans rupture. On peut aussi penser aux régimes qui prétendent à l’unité nationale tout en fabriquant des clientèles: la rhétorique est la même, les conséquences sont identiques.
Je soutiens que permettre à un pouvoir de se perpétuer ainsi, sans garanties de transparence, revient à institutionnaliser l’arbitraire. Les impacts sont concrets: affaiblissement de l’économie productive hors hydrocarbures, fuite des talents, corruption endémique et désaffection civique. Les jeunes, privés d’un horizon politique, risquent d’être l’objet d’un passage de relais d’un clan à un autre, plutôt que d’un renouvellement démocratique. La légitimité construite sur la contrainte ne résiste pas au temps.
Les précédentes élections où le réseau avait été coupé ont abouti à des chiffres spectaculaires de victoire, 88,40% en 2021 selon les autorités, et voici encore 94,82%. Ces pourcentages extraordinaires doivent éveiller la méfiance, non la résignation. Les détentions de Jean‑Marie Michel Mokoko et d’André Okombi Salissa, condamnés à de longues peines, illustrent la répression des alternatives politiques.
Je refuse de normaliser l’éternisation d’un homme et d’un clan au nom de la tranquillité publique. La pérennité d’un pouvoir personnel a verrouillé les institutions, vide la citoyenneté de sens et prépare une transmission anti-démocratique. Si la République doit redevenir un espace de choix et de responsabilités partagées, il faudra d’abord restituer l’indépendance des institutions et rendre visibles les règles du jeu politique. Sans cela, le pays restera prisonnier d’une routine autoritaire qui, sous des dehors calmes, travaille contre son avenir.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/04/2026
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