Boycott en Espagne : Sacrifier une tribune pour une querelle interne - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 12/04/2026 12:04:00

Boycott en Espagne : Sacrifier une tribune pour une querelle interne

Je m’étonne et je m’irrite à la fois devant ce spectacle: des compatriotes appellent au boycott de la visite du Président Bassirou Diomaye Faye en Espagne pour des motifs qui relèvent de querelles politiques internes.

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Suite de l’article : Quand un État ne connaît ni coup d’État, ni violences massives, ni dérive autoritaire manifeste, pourquoi choisir la défiance publique à l’occasion d’une représentation extérieure? Je refuse l’idée que le patriotisme se résume à une opposition réflexe; je crois qu’il existe des moments où l’intérêt collectif prime sur les ambitions partisanes.

Le président Bassirou Diomaye Faye doit se rendre en Espagne pour une visite officielle de 72 heures à partir du 24 mars, à l’invitation du roi Felipe VI. Comme il est d’usage, la rencontre avec la diaspora sénégalaise figure au programme. Mais la nouveauté vient d’un boycott annoncé par une frange de la jeunesse de Pastef en Espagne, qui justifie son geste par un désaccord avec certaines positions du chef de l’État, jugées contraires à la ligne du parti. En toile de fond, la brouille supposée entre le Président et le Premier ministre Ousmane Sonko grossit les tensions et polarise les opinions, y compris loin des frontières.

Je vois dans ce geste une contradiction qu’il faut dénoncer sans ambages. Boycotter une visite officielle, c’est jouer la transparence politique à l’envers: plutôt que d’utiliser la tribune pour débattre et exposer des désaccords, on opte pour le silence ostentatoire. Ce choix transmet un message au monde extérieur: nos divisions sont plus importantes que notre dignité collective. Je ne minimise pas la légitimité des désaccords internes; je critique la stratégie qui consiste à transformer l’espace international en scène de règlement de comptes. Une visite présidentielle n’est pas un meeting de parti, mais refuser d’y participer revient à instrumentaliser la diaspora et à nationaliser une querelle personnelle.

Je défends trois idées qui me semblent essentielles tout en gardant la nuance nécessaire. Première idée: soutenir ou au moins respecter la représentation nationale à l’étranger protège l’image du pays et facilite les intérêts communs, économiques et culturels. Deuxième idée: la diaspora mérite d’entendre toutes les voix, y compris celle du Président, pour se forger une opinion informée; le boycott retire ce choix aux compatriotes établis à l’étranger. Troisième idée: la visibilité des fractures internes sur la scène internationale fragilise la cohésion nationale et donne des munitions à ceux qui veulent caricaturer notre démocratie. Je sais que ces arguments froissent; c’est précisément le but: secouer la complaisance avec la division.

Je ne confonds pas loyauté et servilité. J’estime qu’il est possible d’exprimer un désaccord ferme sans saboter une mission d’État. Refuser d’assister à la visite, c’est comme quitter un terrain de football avant la mi-temps parce qu’on n’aime pas la couleur du maillot de l’entraîneur; en revanche, participer au débat lors de la rencontre, c’est comme rester pour influencer le jeu, proposer des tactiques, tenir la tribune. Exposer nos tensions à l’étranger ressemble à dérouler une lessive sale devant des voisins au lieu de la réparer chez soi; on gagne en dramatisation, on perd en crédibilité. Ces images ne visent pas à banaliser la dissidence, elles veulent rappeler que la méthode compte autant que le fond.

Je souligne une évidence souvent oubliée: la diaspora joue un rôle stratégique pour l’État. Lors d’une visite officielle, elle attend des réponses, des gestes, des perspectives concrètes. Je pense à la possibilité pour les jeunes expatriés de poser des questions, de confronter des positions, d’exiger des engagements. Boycotter, c’est priver la communauté de ce rendez-vous. Je crois aussi que la jeunesse qui refuse la rencontre se prive d’une tribune précieuse pour peser sur le débat national; sacrifier cette opportunité sur l’autel d’une querelle interne me paraît contre-productif.

Je ne demande pas l’effacement des désaccords; je demande de la stratégie et du sens de l’État. Quand la scène est internationale, il faut savoir protéger l’image collective sans renoncer à la critique domestique. J’appelle à ce que la diaspora soit traitée comme interlocutrice plutôt que comme champ de bataille. Si je suis provocateur, c’est pour réveiller les consciences: la démocratie n’avance pas quand elle se tire une balle dans le pied en public. Nous pouvons contester, interpeller et parfois dénoncer, et tout cela en restant capables de tenir la maison commune devant le monde.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/04/202
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