Loi d’amnistie au Sénégal : Justice ou manipulation politique ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Maimouna | Publié le 08/05/2026 12:05:00

Loi d’amnistie au Sénégal : Justice ou manipulation politique ?

Un récent article sur la réponse de l’État sénégalais à l’ancien président Macky Sall concernant la levée de la loi d’amnistie relance un débat aussi sensible que révélateur.

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Suite de l’article : Si la loi d’amnistie, adoptée en mars 2024, visait officiellement à apaiser les tensions politiques après des années de violences entre 2021 et 2024, je ne peux m’empêcher de voir dans cette réponse étatique une bataille politique déguisée en débat juridique. Derrière les arguments de principe, c’est moins une quête de justice qui se dessine qu’une volonté de contrôler le récit historique des violences politiques passées. Cette posture, à mon sens, entretient une ambiguïté dangereuse : au lieu de clarifier les responsabilités et de rassurer les victimes, elle prolonge les tensions en transformant une question de droit en instrument de confrontation.

Entre 2021 et 2024, le Sénégal a connu une période de violences politiques sans précédent, marquée par des manifestations réprimées dans le sang, des arrestations massives et des dizaines de morts, principalement parmi les jeunes. La loi d’amnistie, adoptée dans les dernières semaines du mandat de Macky Sall, couvrait « tous les faits susceptibles de revêtir la qualification d’infraction criminelle ou correctionnelle, commis entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024, tant au Sénégal qu’à l’étranger, se rapportant à des manifestations ou ayant des motivations politiques ». Si l’objectif affiché était la réconciliation nationale, cette loi a été vivement critiquée par les organisations de défense des droits humains, qui y voient une prime à l’impunité et un déni de justice pour les victimes.

La réponse de l’État, portée par le ministre de la Justice, Yassine Fall, s’inscrit dans une logique de continuité politique plutôt que de rupture avec le passé. En maintenant cette loi, les autorités actuelles, bien qu’issues de l’opposition, semblent hésiter à remettre en cause un texte qui, selon de nombreux juristes et ONG, viole le droit international et prive les victimes de leur droit à la vérité et à la réparation. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs rappelé que les crimes présumés sont « imprescriptibles » et peuvent être jugés, ce qui rend d’autant plus problématique le maintien de cette amnistie.

Je considère que cette loi, loin d’apaiser les tensions, les cristallise. En amnistiant indistinctement les auteurs de violences, qu’ils soient membres des forces de l’ordre ou manifestants, l’État envoie un message clair : la justice est négociable, voire subordonnée aux rapports de force politiques. Cette approche est d’autant plus choquante qu’elle contraste avec les promesses de transparence et de lutte contre l’impunité portées par les nouvelles autorités. Comme le souligne Seydi Gassama, directeur d’Amnesty International Sénégal, cette loi « garantit une impunité totale aux auteurs et aux commanditaires des violences ayant entraîné la mort de nombreux manifestants ».

Le cas vénézuélien, où une loi d’amnistie récente a été critiquée pour son application sélective et son instrumentalisation politique, offre un miroir troublant. Là aussi, des voix s’élèvent pour dénoncer une justice à deux vitesses, où certains bénéficient de l’amnistie tandis que d’autres en sont exclus pour des raisons politiques. Ces exemples montrent que l’amnistie, lorsqu’elle est utilisée comme outil de pouvoir, peut aggraver les divisions plutôt que de les résoudre.

En définitive, je reste convaincu que la réponse de l’État sénégalais à la question de l’amnistie révèle une dangereuse confusion entre justice et calcul politique. Plutôt que de clarifier les responsabilités et d’offrir une véritable réconciliation, cette posture prolonge l’incertitude et l’injustice. Il est temps que les autorités assument pleinement leur devoir de transparence et de protection des droits des victimes. La justice ne doit pas être un compromis, mais un pilier inébranlable de la démocratie.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/05/202
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