Nord du Nigeria : L'enlèvement, une entreprise rentable - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 06/09/2026 05:09:00

Nord du Nigeria : L'enlèvement, une entreprise rentable

Je refuse de me contenter d’indignations de surface pendant que l’État offre des chèques aux ravisseurs et regarde sa population devenir une monnaie d’échange.

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Suite de l’article : J’affirme sans détours que le gouvernement nigérian a failli : en cédant massivement aux exigences financières, il a transformé l’enlèvement en entreprise rentable, renforcé des groupes armés et amplifié le péril pour des millions de personnes. Cette stratégie de la fuite en avant n’est pas une maladresse, c’est une politique qui tue par procuration.

Les chiffres parlent avec une brutalité qui ne laisse aucune place à l’excuse : près de six millions de dollars auraient été versés en rançons sur une année, contre environ deux millions auparavant, soit un renversement qui signale une dérive systémique. Le nombre de personnes enlevées frôle les huit mille, en progression de plus de la moitié par rapport à l’année précédente. Le nord du pays concentre presque la totalité des prises d’otages, avec des États comme Zamfara et Sokoto où les enlèvements de masse se multiplient jusqu’à devenir la norme. Le constat est simple et glaçant : payer nourrit l’industrie du kidnapping.

Quand je pense aux sommes versées pour libérer des milliers de victimes, je vois des coffres alimentant des cellules armées, des armes achetées, des recruteurs soudoyés. Huit opérations seulement auraient rapporté l’essentiel des fonds à un groupe en particulier, avec près de 4 millions de dollars pour la libération de 416 personnes et 1,5 million pour 315 élèves et personnels scolaires. Ces transferts massifs fonctionnent comme un appel d’offre : mieux vous payez, plus les ravisseurs investissent dans leur capacité à enlever encore plus de monde. Et même lorsque l’argent coule, la rançon n’assure pas la survie des otages : plusieurs cas recensés montrent que des captifs ont été abattus après le paiement.

Le gouvernement a plusieurs responsabilités, et il a échoué sur chacune d’elles. Il n’a pas sécurisé les régions les plus vulnérables, il n’a pas coupé les canaux financiers qui permettent ces paiements, et il n’a pas proposé une stratégie de riposte judiciaire et militaire crédible. Pire, l’acceptation tacite des versements crée un signal dangereux : l’État renonce à imposer des coûts réels aux criminels. Le résultat est un cercle vicieux : rançons, emboldened gangs, plus d’enlèvements, plus de rançons.

Je refuse d’adopter l’angélisme qui consiste à croire que chaque vie peut être rachetée sans conséquences. La politique menée laisse croire que la sécurité se monnaye, alors que la sécurité se construit par des institutions fortes, des forces de l’ordre formées et equipées, et par la rupture des réseaux financiers qui alimentent les groupes armés. J’entends aussi le poids politique : l’insécurité et l’économie seront centrales pendant la campagne présidentielle, et pourtant les promesses passées n’ont pas empêché l’engrenage observé.

Il faudrait que l’État assume un changement radical : stopper les paiements directs, démanteler les réseaux qui suivent l’argent, renforcer la protection des écoles et des villages, et offrir des alternatives de revenus aux populations que les ravisseurs recrutent. Tant que l’État traitera la rançon comme une solution pratique, il continuera à perdre la guerre morale et stratégique contre l’anarchie. J’exige une responsabilité qui a jusque-là fait défaut.

Je garde l’espoir que la colère citoyenne se traduise en exigence politique : refuser que le désespoir économique et l’inaction gouvernementale servent de terreau aux criminels. Si rien ne change, la logique restera limpide et cruelle : plus d’argent, plus d’enlèvements, plus de morts. Je ne peux accepter que la survie quotidienne de familles entières dépende du portefeuille d’un ravisseur et de l’apathie d’un État.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 06/09/2026

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