Pastef vs Diomaye : La comédie politique qui menace le Sénégal - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 12/12/2025 12:12:00

Pastef vs Diomaye : La comédie politique qui menace le Sénégal

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La vie politique sénégalaise traverse une période de tensions profondes, marquée par une crise ouverte au sein de la coalition « Diomaye Président ». La nomination d’Aminata Touré à la tête de cette coalition, en remplacement d’Aïda Mbodj, a suscité une vive opposition de la part du Pastef, parti fondateur et pilier historique de l’alliance au pouvoir. Les accusations de « reniement », de « trahison » et de « recyclage » de l’ancien régime, portées avec fermeté par les partisans d’Ousmane Sonko, soulèvent des questions légitimes sur les motivations réelles de cette opposition.

Derrière les déclarations indignées et les postures de principe, se profile une stratégie politique dont les contours méritent d’être analysés avec rigueur : celle d’une victimisation calculée, utilisée pour consolider une base militante et limiter toute velléité d’autonomie du président Bassirou Diomaye Faye.

Portée par l’élan d’une opposition unie contre l’ancien président Macky Sall, la coalition « Diomaye Président » avait permis une victoire électorale historique en mars 2024. Pourtant, à peine installée au pouvoir, cette alliance montre des signes évidents de fracture. Le Pastef, dirigé par Ousmane Sonko, conteste avec une fermeté remarquable la légitimité du chef de l’État à réorganiser la coalition, arguant que ce dernier n’en est que le « candidat », et non le président.

Le rejet catégorique de la nomination d’Aminata Touré, ancienne Première ministre et figure emblématique de l’APR, s’accompagne d’accusations graves : celle d’« insulter la mémoire des martyrs » des événements de 2021-2024 et de « pousser Diomaye à renier ses engagements ». Une indignation qui, si elle est compréhensible au regard des attentes des militants, interroge cependant sur ses fondements réels. Pourquoi un parti qui a fait de la rupture avec le passé son cheval de bataille s’offusque-t-il aujourd’hui de voir le président tenter de s’affranchir d’une tutelle partisane ?

Depuis 2021, Ousmane Sonko a su construire son leadership sur l’image d’un homme persécuté, d’un tribun trahi par un système qu’il dénonce sans relâche. Chaque crise, chaque tension, devient une opportunité pour renforcer ce récit et mobiliser ses soutiens. La nomination d’Aminata Touré, perçue comme une menace à son influence, lui offre une nouvelle occasion de se poser en victime d’une prétendue « trahison ». Pourtant, les faits rappellent une réalité incontournable : Bassirou Diomaye Faye, en tant que président élu, a non seulement le droit, mais aussi le devoir de structurer sa majorité politique comme il l’entend. En refusant toute négociation et en instrumentalisant la mémoire des victimes, le Pastef semble moins défendre des principes que chercher à maintenir son emprise sur le pouvoir, quitte à paralyser l’action gouvernementale.

Les déclarations d’Ayib Daffé, porte-parole du Pastef, qui évoque une « contradiction profonde » et un « recyclage » de l’ancien régime, méritent d’être replacées dans leur contexte. Qui, sinon le Pastef lui-même, a porté Diomaye à la présidence ? Qui, sinon Sonko et ses proches, a bénéficié de l’amnistie générale pour sortir de prison et accéder aux plus hautes fonctions de l’État ? Cette indignation sélective, où l’on brandit aujourd’hui les mêmes martyrs hier invoqués pour justifier l’alliance avec Diomaye, révèle une mémoire politique sélective, au service d’une stratégie de verrouillage du pouvoir.

Les crises internes aux coalitions au pouvoir ne sont pas rares en Afrique. Au Mali, au Burkina Faso ou en Guinée, des alliances politiques se sont souvent déchirées sur des questions de leadership, chaque camp accusant l’autre de « trahison ». En Côte d’Ivoire, en 2010, Laurent Gbagbo avait lui aussi crié à la « spoliation » pour refuser de quitter le pouvoir. Au Sénégal, si les méthodes sont moins violentes, la logique reste similaire : radicaliser le discours, refuser toute médiation, et forcer l’adversaire en l’occurrence, le président Diomaye à apparaître comme le « traître » aux yeux de l’opinion. Une stratégie risquée, qui pourrait bien, à terme, affaiblir l’ensemble de l’exécutif.

Ousmane Sonko, qui se présente comme le défenseur intraitable de la « rupture », n’a pourtant pas hésité, par le passé, à s’allier avec d’anciens caciques du régime quand cela servait ses intérêts. Son projet d’abrogation de la loi d’amnistie, annoncé avec éclat, n’a toujours pas abouti. Pourtant, c’est bien cette loi qui a permis sa libération et celle de ses proches. Une incohérence de plus dans un discours où la victimisation semble primer sur la cohérence politique.

En refusant toute discussion et en durcissant ses positions, le Pastef prend le risque de paralyser les institutions. Mais ce risque est-il vraiment un hasard ? Un gouvernement affaibli, c’est aussi un Sonko plus fort, capable de se poser en recours face à un président présenté comme un simple pantin. Les démissions en cascade, les communiqués incendiaires et les appels à la « résistance » s’inscrivent dans une logique bien huilée : déstabiliser Diomaye pour mieux le remplacer, ou du moins pour le maintenir sous contrôle.

Cette crise n’est pas une simple querelle de personnes. Elle révèle une stratégie délibérée pour maintenir le Sénégal dans un état de tension permanente, où la victimisation devient un outil de mobilisation plus qu’un véritable grief. Pourtant, les Sénégalais aspirent à autre chose : à un débat apaisé, à des institutions qui fonctionnent, et à des dirigeants qui gouvernent plutôt qu’ils ne se livrent à des guerres de position.

Bassirou Diomaye Faye se trouve aujourd’hui face à un choix crucial : céder au chantage et devenir un président sous influence, ou assumer pleinement son rôle, au risque d’une rupture. Une chose est certaine : le temps des postures et des calculs politiques doit laisser place à l’action. Les acteurs politiques sénégalais ont une responsabilité historique : celle de cesser de jouer avec le feu, avant que le pays ne paie le prix de leurs divisions.

Et si, plutôt que de se déchirer, Diomaye et Sonko choisissaient enfin de gouverner dans l’intérêt général ? Ce serait là le vrai signe d’une maturité politique, et le meilleur hommage à rendre aux martyrs qu’ils invoquent.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Demba Gueye.
Mis en ligne : 12/12/2025

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