Coup d’État, accusations et silence: Le scénario qui verrouille Bazoum - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 17/01/2026 08:01:45

Coup d’État, accusations et silence: Le scénario qui verrouille Bazoum

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Mohamed Bazoum reste détenu depuis le coup d’État de juillet 2023 et entame sa 29e mensualité de captivité après Noël, selon les repères chronologiques disponibles. L’ancien président élu fait face à des accusations portées par la junte nigérienne pour « complot d’atteinte à la sécurité et à l’autorité de l’État » et pour « crime de trahison », chefs qui peuvent justifier une détention préventive et exposer à une peine capitale en cas de condamnation. Sa démission n’a pas été signée, son immunité a été levée et son épouse est également retenue, tandis que des lettres ouvertes et des tribunes internationales réclament sa libération sans obtenir de résultat concret.

La junte qui a pris le pouvoir au Niger en juillet 2023 a présenté l’arrestation de l’ancien chef d’État comme la réponse à un prétendu complot. Les services juridiques de Mohamed Bazoum dénoncent l’absence d’une procédure judiciaire transparente et documentée, même après la levée de son immunité. Les représentants internationaux de droits humains ont exprimé des préoccupations sur les conditions de détention et sur l’absence d’accès médical adéquat pour l’épouse de l’ancien président. Sur le plan régional, les organisations intergouvernementales comme la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine (UA) et l’Union européenne (UE) ont publié des déclarations variées, mais les mesures concrètes de pression restent limitées et n’ont pas abouti à une remise en liberté.

Les faits montrent plusieurs mécanismes expliquant la persistance de la détention. Le cadre d’accusation retenu, atteinte à la sécurité de l’État et trahison, permet à la junte de maintenir l’incarcération au nom de la sécurité nationale et d’empêcher un statut de martyr politique. L’absence de procédures judiciaires publiques documentées renforce les doutes sur la conformité aux standards internationaux de procès équitable. Le refus apparent de l’ancien chef d’État de signer une démission réduit juridiquement ses marges de manœuvre mais n’explique pas à lui seul la durée exceptionnelle de la rétention. La proximité entre les lieux de détention et les bases militaires évoque par certains observateurs un usage stratégique de l’ancien président comme un élément de pression ou de légitimation interne.

Les éléments factuels disponibles mettent en évidence l’inefficacité des institutions internationales à générer des conséquences tangibles. Une lettre ouverte signée par plus de 150 personnalités adressée aux chefs d’institutions internationales n’a pas permis de libérer l’ancien président. La tribune publique des enfants de Mohamed Bazoum du 26 novembre a dénoncé la rétention « de façon arbitraire » et l’absence d’évaluation médicale pour leur mère sans provoquer d’intervention décisive. Les organismes régionaux et multilatéraux ont multiplié les condamnations verbales et les appels au respect des droits, tandis que la junte a maintenu sa ligne politique et sécuritaire sans se soumettre à des injonctions formelles. Ces constats s’appuient sur des communiqués publics, sur des lettres ouvertes et sur le calendrier des événements depuis juillet 2023.

L’inaction proportionnelle des institutions internationales se lit dans l’écart entre les déclarations officielles et les mesures effectives prises contre la junte. Les sanctions ciblées, les mécanismes de suspension diplomatique et les initiatives de médiation n’ont pas provoqué de changement visible sur le terrain de détention de Bazoum. Les exemples comparatifs régionaux illustrent des trajectoires divergentes : certains anciens dirigeants exilés ont vu leur influence s’affaiblir hors du pays, comme Alpha Condé après son départ, tandis que d’autres opposants ont été maintenus dans l’ombre sans constituer une menace pour les nouveaux gouvernants, comme Roch Marc Christian Kaboré face à Ibrahim Traoré. Ces comparaisons servent à mesurer l’écart entre les promesses institutionnelles de défense de la démocratie et la réalité des capacités d’action.

Les dates et les actes publics documentés depuis 2023 fournissent des repères précis : coup d’État en juillet 2023, tribune familiale le 26 novembre, lettre ouverte internationale signée mi-décembre par plus de 150 personnes. Les accusations de complot et de trahison figurent dans les communications officielles de la junte et la levée d’immunité est attestée par des décisions publiées au plan national. Les rapports d’organisations de défense des droits humains mentionnent des déficits d’accès à des soins pour la détention et un manque de transparence judiciaire. Les précédents saheliens offrent des cas de référence pour l’action internationale : la différence entre gestion de l’exil, maintien à l’écart et rétention prolongée permet d’isoler les choix politiques et juridiques opérés par les régimes post-putsch.

Les faits consignés exposent un hiatus entre la rhétorique institutionnelle sur la défense de la démocratie et l’incapacité manifeste à garantir la liberté d’un ancien chef d’État élu. Les accusations graves portées contre Mohamed Bazoum, l’absence de procédure publique et les appels internationaux restés sans effet constituent des données objectives qui soulignent des limites opérationnelles des organisations régionales et internationales. Les éléments comparatifs avec d’autres cas saheliens confirment que des trajectoires différentes ont été possibles, mais que, pour le moment, aucun mécanisme institutionnel n’a inversé le cours de la détention. La suite des événements dépendra des décisions politiques et juridiques qui seront prises par les acteurs concernés et des preuves supplémentaires que ces acteurs choisiront de produire publiquement.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Cheikh Karim.
Mis en ligne : 17/01/2026

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