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Le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation a adressé une circulaire aux recteurs après avoir repéré la présence de cinquante-neuf enseignants-chercheurs sénégalais sur la liste d’admis d’un recrutement organisé par un pays voisin. La constatation porte sur des personnels en exercice dans les universités publiques sénégalaises et soulève des questions juridiques et opérationnelles sur le statut, la disponibilité et la continuité des missions d’enseignement et de recherche.
La circulaire signée par le ministre signale que ces recrutements impliquent des agents déjà engagés dans la fonction publique universitaire sénégalaise. Le document demande aux responsables d’université de transmettre des informations précises sur les liens contractuels et sur les mesures prévues pour traiter chaque dossier. Le texte ministériel rappelle le cadre réglementaire qui encadre le statut des personnels universitaires et met l’accent sur l’impact éventuel de départs simultanés sur les cursus et les projets de recherche en cours. Le phénomène s’inscrit dans une mobilité croissante des enseignants-chercheurs en Afrique de l’Ouest.
La liste de cinquante-neuf noms cristallise un problème administratif et humain. Sur le plan juridique, l’inscription d’agents publics sénégalais dans la fonction publique d’un autre État interroge la compatibilité des statuts, la question des congés ou des démissions, et les obligations envers les universités d’origine. Sur le plan académique, l’absence de titulaires fragilise les enseignements magistraux, les encadrements de masters et de thèses, ainsi que les contrats de recherche dépendant de compétences spécifiques. Le ministère a exigé des recteurs des éléments sur la nature des contrats, ce qui implique d’identifier si ces recrutements sont assimilables à un cumul d’emplois, à une mise en disponibilité ou à une démission formelle.
Les faits retenus par le ministère mettent en lumière des failles structurelles. Les départs d’enseignants-chercheurs entraînent des interruptions de cours et un risque de retard dans les programmes, avec des répercussions sur la qualité pédagogique et sur le calendrier des soutenances. L’enrôlement simultané dans une autre administration publique pose des difficultés pour la gestion des ressources humaines et pour la planification des remplacements. Les universités publiques, déjà confrontées à des postes vacants et à des charges d’enseignement élevées, voient leur capacité d’offre réduite lorsque des titulaires acceptent des propositions extérieures. La situation oblige à vérifier la conformité aux règles de cumul et aux procédures disciplinaires ou administratives prévues par le statut.
L’affaire met en relief la faiblesse de la valorisation des carrières universitaires et la précarité des conditions de travail comme facteurs concrets d’attraction vers l’étranger. Des salaires et des conditions de recherche perçus comme plus favorables ailleurs expliquent en partie la mobilité observée. La comparaison entre le contexte national et les propositions de pays voisins montre que des offres concurrentes portant sur la rémunération, le financement des projets et la stabilité administrative peuvent modifier rapidement les choix de carrière des enseignants-chercheurs. Une autre comparaison oppose la situation des universitaires à celle de personnels recrutés par le secteur privé, souvent attirés par des packages plus compétitifs.
Des données internationales indiquent que la mobilité académique en Afrique de l’Ouest a augmenté ces dernières années, avec des flux vers des marchés offrant des rémunérations supérieures et des infrastructures de recherche mieux dotées. Au plan national, les rectorats disposent des fichiers de personnels et des pièces contractuelles permettant de vérifier l’existence de congés, de mises en disponibilité ou de ruptures de contrat. Le ministère a demandé des comptes rendus détaillés et une mesure des impacts sur les cursus concernés, ce qui ouvrira la voie à des décisions administratives fondées sur des éléments vérifiables.
Le signal lancé par le ministère révèle bien plus qu’un problème de personnes sur une liste : il pointe des fragilités du système universitaire en matière de valorisation des carrières et de conditions de travail qui favorisent l’attraction par l’étranger. Les obligations administratives et la continuité pédagogique se trouvent en tension avec des opportunités externes dont les modalités doivent être clarifiées et confrontées au droit. Les réponses demandées aux rectorats constitueront les éléments factuels nécessaires pour décider des suites administratives et pour mesurer l’ampleur réelle des départs.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mansour T.
Mis en ligne : 16/01/2026
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