Seydou Gueye, la critique facile : Quand l’ancien régime juge ses propres échecs - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 21/01/2026 12:01:00

Seydou Gueye, la critique facile : Quand l’ancien régime juge ses propres échecs

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Dans un entretien récent, Seydou Gueye, ancien ministre sous le régime de Macky Sall, a livré une critique acerbe du gouvernement actuel, dénonçant une « triple panne de projet, de méthode et de leadership ». Ses reproches, portés avec une assurance qui force l’admiration, méritent un examen attentif. Car si ses analyses soulèvent des questions légitimes sur la gestion du Sénégal, elles révèlent aussi une forme d’hypocrisie politique : comment reprocher à un régime des manquements dont on a soi-même été complice ? Entre la dénonciation de l’opacité pétrolière, la critique de l’endettement et la nostalgie d’un héritage qu’il a contribué à façonner, Seydou Gueye incarne le paradoxe de l’ancien ministre aigri, prompt à oublier son propre bilan pour mieux charger ses successeurs.

Seydou Gueye a servi comme ministre porte-parole du gouvernement de Macky Sall, une période marquée par des découvertes pétrolières majeures, mais aussi par des polémiques récurrentes sur la transparence et la gestion des finances publiques. Sous son mandat, le Sénégal a vu sa dette publique exploser, passant de 347 milliards de FCFA en 2012 à plus de 18 000 milliards en 2024, soit une multiplication par cinq en douze ans. Les audits récents de la Cour des comptes ont révélé des « anomalies graves » dans la gestion des finances publiques, avec une dette réelle atteignant près de 100 % du PIB, bien au-delà des chiffres officiellement communiqués. Parallèlement, le secteur pétrolier, qu’il présente aujourd’hui comme un modèle de transparence bafoué, a été émaillé de scandales, notamment l’affaire Aliou Sall et les contrats controversés attribués à des sociétés étrangères, souvent sans appel d’offres transparent.

Dans le domaine agricole, Seydou Gueye évoque avec regret le PRACAS et les « agropoles », des projets censés diversifier la production et sortir le Sénégal de la monoculture arachidière. Pourtant, sous son ministère, la production arachidière a connu des fluctuations importantes, avec des rendements en baisse et des investissements massifs qui n’ont pas toujours porté leurs fruits. La filière, qu’il qualifie aujourd’hui de « modèle colonial », a continué à dominer l’économie rurale, sans que les réformes promises ne se concrétisent pleinement.

Seydou Gueye dénonce avec vigueur la « gestion opaque du pétrole » par le régime actuel, oubliant que sous Macky Sall, les contrats pétroliers ont souvent été négociés dans l’opacité, avec des allégations de corruption et de népotisme. L’affaire Aliou Sall, frère du président, accusé d’avoir touché des pots-de-vin pour faciliter l’attribution de blocs pétroliers, reste un symbole des dérives de l’ère précédente. Pourtant, en 2015, en tant que porte-parole du gouvernement, il défendait une politique énergétique présentée comme « inclusive » et « transparente ». Aujourd’hui, il s’indigne que la gestion du pétrole soit « logée à la présidence », alors que c’est précisément sous son gouvernement que les fondations de cette centralisation ont été posées.

L’ancien ministre critique l’« endettement vertigineux » du PASTEF, mais omet de rappeler que la dette publique a été multipliée par cinq entre 2012 et 2024, avec des écarts importants entre les chiffres officiels et la réalité révélée par les audits. La Cour des comptes a pointé des « falsifications » dans les données transmises aux partenaires internationaux, une pratique qui a grevé la crédibilité du Sénégal auprès du FMI et des investisseurs. Comment peut-on reprocher à un régime de reproduire un système qu’on a soi-même servi sans broncher ?

Seydou Gueye s’offusque que le président Bassirou Diomaye Faye « marche sur les pas de Macky Sall ». Pourtant, c’est bien son gouvernement qui a mis en place le Plan Sénégal Émergent (PSE), dont les réalisations (et les échecs) structurent encore l’action publique. Le PSE, salué à l’époque comme une « révolution », a été critiqué pour son manque de résultats concrets en matière de réduction de la pauvreté et de diversification économique. Les « agropoles » et les « domaines agricoles communautaires » qu’il évoque avec nostalgie n’ont pas empêché la production arachidière de stagner, ni les inégalités régionales de persister.

Seydou Gueye incarne une opposition qui se contente de critiquer, sans proposer de solutions crédibles. Il dénonce la « pression fiscale » du PASTEF, mais ne dit mot sur les subventions coûteuses et les gaspillages de l’ère Sall. Il reproche au président de ne pas avoir cité les Lions ou Adja Khar Mbaye dans son discours, comme si un bilan économique devait se résumer à des hommages protocolaires. Il dénonce les « otages politiques », mais reste silencieux sur les arrestations d’opposants et de journalistes sous Macky Sall.

Son interview révèle moins une préoccupation pour l’intérêt général qu’une frustration de ne plus être aux commandes. Plutôt que de reconnaître les limites de son action passée, il préfère charger le nouveau pouvoir, comme si la critique suffisait à légitimer son discours.

Ce syndrome n’est pas propre au Sénégal. Dans de nombreux pays, d’anciens ministres, une fois écartés du pouvoir, se muent en tribuns de l’opposition, oubliant leurs propres responsabilités. En France, des figures comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande ont, après leur départ, critiqué des politiques qu’ils avaient eux-mêmes initiées. Au Nigeria, des anciens dirigeants accusent leurs successeurs de « mal gérer » des secteurs qu’ils ont laissés exsangues. Partout, le même schéma : on dénonce chez les autres ce qu’on a toléré, voire encouragé, hier.

Seydou Gueye a le droit de critiquer. Mais pour être pleinement crédible, une opposition doit aussi faire preuve d’introspection. Le Sénégal mérite des débats qui éclairent, plutôt que des règlements de comptes qui divisent. Plutôt que de jouer les procureurs, les anciens ministres gagneraient à proposer des alternatives concrètes, en assumant leur part de responsabilité dans les défis actuels.

Le débat démocratique est essentiel, mais il gagne en force quand il s’appuie sur la vérité et l’honnêteté. Le Sénégal a besoin de responsables qui assument leur héritage, avant de juger celui des autres.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ibrahim Kane.
Mis en ligne : 21/01/202
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