Ciudad de la Paz, nouvelle capitale : Choix controversé de la Guinée équatoriale - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 20/01/2026 01:01:15

Ciudad de la Paz, nouvelle capitale : Choix controversé de la Guinée équatoriale

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La nomination officielle de Ciudad de la Paz comme nouvelle capitale de la Guinée équatoriale a été actée par décret présidentiel le 3 janvier, marquant le transfert prévu des institutions depuis Malabo dans un délai d’un an. Le projet urbain, lancé en 2008 sous l’impulsion du président Teodoro Obiang, repose sur des constructions en pleine forêt dans la province de Djibloho et sur des financements issus principalement des revenus pétroliers. Les autorités présentent ce choix comme un rééquilibrage territorial, tandis que les chiffres disponibles montrent un investissement massif qui coexiste avec des services publics insuffisants sur le reste du territoire.

La capitale historique, Malabo, se situe sur l’île de Bioko et reste accessible uniquement par avion ou par bateau, alors que la population nationale augmente et que l’activité économique se concentre aussi sur le continent, notamment à Bata. Le site de Ciudad de la Paz, anciennement appelé Oyala, se trouve à proximité de l’aéroport de Mengomeyén et accueille déjà quelques infrastructures comme une université et un hôpital, mais la densité démographique et le réseau de services restent limités. Les autorités ont indiqué l’ambition d’une métropole susceptible d’abriter 200 000 habitants, tandis que les dépenses de construction se sont appuyées sur les recettes pétrolières du pays, un secteur qui a dominé le budget national au cours des deux dernières décennies.

Les données budgétaires publiques et les rapports d’observateurs montrent que le chantier de la nouvelle capitale a consommé une part importante des ressources publiques. En 2016, près de la moitié du budget national a servi au financement des travaux sur le site, selon des bilans budgétaires rendus publics par des autorités et par des documents financiers consultables. La concentration des investissements dans un projet urbain de grande ampleur contraste avec des indicateurs sociaux qui restent faibles : l’accès à l’eau potable, la couverture sanitaire universelle et la qualité des réseaux d’éducation présentent des déficits persistants dans plusieurs provinces. Le transfert administratif planifié dans un délai d’un an pose des questions logistiques et financières, puisque beaucoup d’équipements nécessaires au fonctionnement d’une capitale (sièges ministériels, résidences officielles, réseaux d’eau et d’électricité robustes) demeurent incomplets ou en construction.

Le premier élément factuel en faveur de l’analyse d’un gaspillage réside dans l’ampleur de la facture par rapport aux besoins sociaux non satisfaits ; des documents budgétaires indiquent que des millions de dollars ont été consacrés à des tours et à un palais présidentiel alors que des hôpitaux régionaux et des écoles manquent de financement adéquat. Le deuxième élément provient de la dépendance aux revenus pétroliers : la volatilité des prix du pétrole expose le calendrier des travaux à des risques de ralentissement et de renégociation des marchés publics, ce qui peut laisser des chantiers inachevés et des coûts supplémentaires pour l’État. Le troisième élément tient à l’isolement fonctionnel de la nouvelle capitale : alors que Malabo souffre d’une insularité logistique, Ciudad de la Paz nécessite la construction de réseaux routiers et d’infrastructures continentales coûteuses pour assurer un véritable désenclavement et une répartition effective des services publics.

La décision de concentrer des ressources colossales sur la construction de Ciudad de la Paz éclaire la gestion des recettes pétrolières comme un choix prioritaire d’investissement qui n’a pas toujours privilégié l’amélioration immédiate des conditions de vie des populations. Les chiffres de dépenses publiques alloués au chantier, combinés aux lacunes persistantes dans les services de santé et d’éducation en dehors du site, constituent des éléments factuels montrant que la stratégie de développement a favorisé une capitale monumentale plutôt que la montée en qualité des services essentiels. Ce constat se retrouve dans des comparaisons internationales : comme Brasilia au Brésil ou Abuja au Nigeria, Ciudad de la Paz illustre un modèle de déplacement de capitale visant la modernité symbolique, mais ces expériences ont aussi exposé des coûts sociaux et financiers importants et des délais de réalisation plus longs que prévu.

Des bilans fiscaux et des rapports d’investissement indiquent qu’une part majoritaire des recettes pétrolières a été orientée vers des travaux d’infrastructure sur le site de Djibloho depuis 2008, tandis que des enquêtes nationales sur l’accès aux services montrent des zones rurales et urbaines qui restent mal desservies. Une comparaison directe avec Bata met en évidence un contraste : Bata, capitale économique, concentre l’activité commerciale et industrielle mais n’a pas bénéficié d’un transfert équivalent de capitaux publics pour améliorer les services de base pour l’ensemble de la population continentale. Les spécialistes des finances publiques soulignent que la durabilité d’un tel projet dépendra de la diversification économique, d’une gestion transparente des recettes et d’une priorisation claire des besoins sociaux.

La matérialisation de Ciudad de la Paz comme capitale officielle traduit un investissement public d’envergure financé par les revenus pétroliers, alors que des indicateurs sociaux clefs restent insuffisants dans plusieurs régions du pays. Les bilans financiers et les comparaisons internationales fournissent des éléments concrets montrant que la priorité donnée à la construction d’une métropole moderne a absorbé des ressources substantielles qui auraient pu renforcer les services publics essentiels. La lecture factuelle de ces éléments invite à considérer l’équation coût-bénéfice du projet à la lumière des besoins sanitaires, éducatifs et infrastructurels non couverts pour une large partie de la population.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : François Dasilva.
Mis en ligne : 20/01/2026

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