Journalisme au Sénégal : La précarité érigée en modèle - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 22/01/2026 02:01:45

Journalisme au Sénégal : La précarité érigée en modèle

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Les jeunes reporters sénégalais affrontent une précarité systémique qui ruine des carrières et fragilise l’information publique. Enquête et témoignages montrent des salaires souvent inférieurs à 100 000 FCFA, l’absence de contrats pour 26,4 % des journalistes et l’absence de couverture sociale pour 86 % d’entre eux. Des stages non rémunérés et des heures supplémentaires sans compensation alimentent un modèle où la passion remplace la rémunération, au détriment de la qualité du service public rendu aux citoyens.

L’écosystème médiatique sénégalais subit une crise économique durable qui concentre les ressources chez les propriétaires d’organes de presse. Une enquête de la Convention des Jeunes Reporters du Sénégal indique que 31,5 % des reporters travaillent sans salaire et que 77,7 % ne reçoivent pas de bulletin de paie. Les contrats durables restent rares : seuls 23,1 % des journalistes disposent d’un CDI tandis que 11,1 % ont un CDD. Les écoles de journalisme signalent une baisse des vocations liée à ces conditions structurelles.

Les patrons de presse contrôlent les recettes publicitaires et les subventions, mais les chiffres montrent qu’ils ne redistribuent pas ces ressources aux équipes de terrain. Les pratiques observées incluent des stages prolongés non rémunérés, des perdiems occasionnels versés par des organisateurs d’événements et des propositions de départ dérisoires, comme un montant de 75 000 FCFA offert à une journaliste après des années de travail. Les conséquences sont multiples : épuisement des reporters, fuite des diplômés vers d’autres secteurs et fragilisation de l’indépendance éditoriale lorsque des revenus informels remplacent des salaires stables.

Le premier argument repose sur la logique économique interne des entreprises de presse : en minimisant la masse salariale, les patrons préservent leurs marges malgré des recettes précaires. Le deuxième argument s’appuie sur les chiffres contractuels : l’absence de contrat pour plus d’un quart des journalistes expose ces professionnels à l’exploitation et à l’absence de droits sociaux. Le troisième argument montre l’impact sur l’information : des reporters sans ressources acceptent des conditions qui peuvent compromettre l’éthique, comme l’acceptation de paiements ponctuels d’organisateurs. Le président de la Convention des Jeunes Reporters note cette vulnérabilité et relie directement précarité et risques éthiques pour le public.

Pourquoi les patrons privent-ils les reporters de revenus décents ? Parce qu’un modèle de gestion domine où la rentabilité immédiate prime sur l’investissement dans les ressources humaines. Les médias sénégalais favorisent des économies de court terme : recours aux stagiaires, contrats non enregistrés à l’Inspection du travail dans 45,3 % des cas et absence généralisée de déclarations à l’IPRES. Cette stratégie transforme le journalisme en carrière impossible, obligeant des diplômés à se reconvertir vers la communication digitale ou le commerce, comme plusieurs témoins l’indiquent. Comparé à la communication digitale, le journalisme offre moins de stabilité salariale. Comparé à d’autres secteurs formels, la presse bloque l’accès à des protections sociales élémentaires.

Les témoignages individuels illustrent les statistiques : un diplômé ayant investi trois millions de francs CFA pour sa formation travaille aujourd’hui dans une cimenterie; un stagiaire effectue dix mois de travail sans contrat; une journaliste a subi des journées de travail de quatorze heures pour des perdiems insuffisants. Les chiffres de la Convention des Jeunes Reporters fournissent des repères vérifiables sur la durée du travail, le statut contractuel et l’accès aux prestations sociales. Les écoles comme le CESTI et l’ISEG confirment la démotivation des étudiants face à ces réalités.

Les faits montrent que des choix de gestion patronale transforment le journalisme sénégalais en parcours semé d’obstacles et privent la société d’une information robuste. Les statistiques et les récits convergent vers une même réalité : sans redistribution des ressources et sans contrats protecteurs, les jeunes reporters deviennent une main-d’œuvre précaire, la qualité journalistique s’érode et le service public d’information se fragilise. « J’ai investi près de trois millions pour ma formation », confie un diplômé, formule qui résume le gâchis humain et civique que ces pratiques engendrent.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Diarra Bousso.
Mis en ligne : 22/01/2026

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