Le procès de l’assassinat des experts de l’ONU en RDC : Une justice en trompe-l’œil ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 24/01/2026 07:01:15

Le procès de l’assassinat des experts de l’ONU en RDC : Une justice en trompe-l’œil ?

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo s’apprête à rendre son verdict en dernière instance dans l’affaire du double meurtre de Zaida Catalan et Michael Sharp, deux experts de l’ONU assassinés en mars 2017 dans la province du Kasaï. Alors que la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) appelle à un « verdict juste et crédible », force est de constater que ce procès, marqué par des condamnations massives et une absence criante de poursuites contre les véritables commanditaires, risque de reproduire les erreurs judiciaires du passé.

Malgré les appels à la transparence et à l’exhaustivité, tout porte à croire que la justice congolaise, une fois de plus, se contentera de condamner des exécutants de bas étage, laissant dans l’ombre les auteurs intellectuels et perpétuant ainsi une impunité politique durable.

En mars 2017, Zaida Catalan et Michael Sharp, chargés par l’ONU d’enquêter sur des fosses communes liées au conflit opposant la milice Kamwina Nsapu aux forces gouvernementales, ont été assassinés dans des circonstances atroces. Leur mort, filmée et diffusée, a choqué le monde entier. Dès le départ, les autorités congolaises ont imputé la responsabilité du crime aux miliciens Kamwina Nsapu, qualifiés de « terroristes ». Pourtant, dès 2017, des voix s’élevaient pour dénoncer la version officielle et pointer du doigt l’implication possible d’agents de l’État ou de hauts responsables politiques. Cinq ans plus tard, en 2022, la justice militaire a prononcé 51 condamnations à mort et une peine de dix ans de prison, mais le colonel Jean de Dieu Mambweni, accusé d’avoir organisé le piège, n’a écopé que d’une peine dérisoire de dix ans, suscitant l’indignation des observateurs et des chancelleries étrangères. L’auditeur militaire a fait appel, mais les questions sur les commanditaires restent sans réponse.

Le procès, long de quatre ans, a été largement critiqué pour son manque de transparence et son incapacité à établir toute la vérité. Human Rights Watch a qualifié ce procès de « trompe-l’œil », soulignant que les débats n’ont pas permis d’identifier les éventuels commanditaires, ni d’éclaircir le sort de l’interprète congolais et des chauffeurs qui accompagnaient les experts. Pire, des témoins clés n’ont toujours pas été entendus, et des indices sérieux sur l’implication de hauts responsables n’ont pas été exploités. La vidéo de l’exécution, présentée comme une preuve accablante contre les miliciens, soulève elle-même des interrogations : pourquoi filmer un crime si l’on cherche à le dissimuler ? Qui avait intérêt à éliminer des enquêteurs de l’ONU après la publication de vidéos accablantes sur les massacres du Kasaï ?

Plusieurs éléments accréditent l’hypothèse d’une manipulation judiciaire. D’abord, la rapidité avec laquelle les autorités ont désigné les miliciens comme seuls responsables, sans explorer d’autres pistes, est suspecte. Ensuite, le rôle trouble des agents de l’État, évoqué par plusieurs sources, n’a jamais été sérieusement investigué. Enfin, la justice militaire congolaise est régulièrement pointée du doigt pour son partialité, son impunité envers les haut-gradés et son instrumentalisation à des fins politiques. Dans un contexte où la justice est souvent perçue comme un outil de répression plutôt que de vérité, il est légitime de douter de sa capacité à rendre une décision impartiale.

Cette affaire rappelle d’autres cas emblématiques d’impunité en RDC, comme l’assassinat de Floriber Chebeya ou les massacres de Minova, où les véritables commanditaires n’ont jamais été inquiétés. À l’instar de ces dossiers, le procès des experts de l’ONU semble conçu pour apaiser les pressions internationales sans remettre en cause les structures du pouvoir. À l’étranger, des procès similaires, comme celui de Roger Lumbala en France, montrent qu’une justice indépendante et rigoureuse est possible. Pourquoi la RDC ne pourrait-elle pas s’inspirer de ces exemples pour briser le cycle de l’impunité ?

Le verdict attendu ne doit pas être une fin en soi, mais le début d’une véritable quête de justice. Condamner des miliciens sans chercher les commanditaires, c’est non seulement trahir la mémoire des victimes, mais aussi alimenter la défiance des Congolais envers leur système judiciaire. La CNDH a raison de demander un verdict « juste et crédible », mais pour cela, il faut aller au-delà des apparences et oser affronter les puissants. Sinon, ce procès ne sera qu’une nouvelle mascarade, et l’impunité continuera de régner en maître en RDC.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/01/20
26

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top