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Le récent décret présidentiel écartant Seydina Moussa Ndiaye de la direction du Centre des Réseaux et Systèmes d’Information (CRSI) du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, au profit de Papa Diop, marque un tournant brutal dans la gestion des infrastructures numériques du pays. Si tout changement de direction peut s’inscrire dans une logique de renouvellement, la manière et le timing de cette décision soulèvent des interrogations légitimes sur ses conséquences pour la continuité des projets numériques en cours, la confiance des acteurs académiques et la crédibilité de l’administration publique.
Seydina Moussa Ndiaye, enseignant-chercheur en intelligence artificielle et acteur clé de la transformation numérique du Sénégal, a coordonné des projets structurants comme l’acquisition du supercalculateur national Taouey, la stratégie nationale en IA et en données, et la participation à des instances internationales (ONU, GPAI) pour défendre une approche souveraine et inclusive du numérique africain.
Son départ intervient alors que le Sénégal lance son « New Deal Technologique », un plan ambitieux de 50 projets phares pour faire du pays un hub numérique régional d’ici 2034. Dans ce contexte, la stabilité des équipes dirigeantes est cruciale pour garantir la cohérence et la réussite des réformes.
Le limogeage de Ndiaye, sans explication publique, contraste avec son parcours et ses réalisations : membre du Conseil national du numérique, expert pour l’Union africaine, et porteur d’une vision stratégique pour l’autonomie technologique du Sénégal. Son successeur, Papa Diop, bien que professeur d’informatique, n’a pas, à ce jour, de bilan public équivalent en matière de pilotage de grands projets numériques nationaux ou de coordination interinstitutionnelle. Le risque est donc réel de voir s’interrompre des dynamiques en cours, notamment dans la sécurisation des données, la digitalisation des services universitaires et la gouvernance des infrastructures critiques.
Les changements brutaux de direction dans les administrations publiques, comme l’a montré l’expérience française avec la DINUM, peuvent altérer la capacité à piloter des politiques interministérielles et ralentir la mise en œuvre des projets. Au Sénégal, où la stratégie numérique repose sur des programmes pluriannuels (Sénégal Numérique 2025, New Deal Technologique), une telle rupture menace la cohérence des actions et la confiance des partenaires techniques et financiers.
Les universités et chercheurs, déjà confrontés à des défis logistiques et budgétaires, pourraient percevoir ce changement comme un signal de fragilité institutionnelle, décourageant l’engagement dans des projets collaboratifs à long terme.
Ndiaye incarnait une expertise reconnue internationalement, notamment en IA et en souveraineté numérique, des enjeux centraux pour le CRSI. Son remplacement par un profil moins expérimenté dans la gestion de grands systèmes d’information interroge sur la capacité à maintenir le niveau d’ambition affiché par l’État.
En France, en Corée du Sud ou au Danemark, la transformation numérique des administrations s’appuie sur des équipes stables et des feuilles de route claires. Les pays qui réussissent sont ceux qui privilégient la continuité et l’accumulation d’expérience, plutôt que les revirements soudains.
Si le droit du président de nommer et de révoquer ses collaborateurs n’est pas contestable, la manière dont ce changement est opéré mérite débat. Pour préserver la crédibilité de la stratégie numérique sénégalaise, il serait judicieux de clarifier les raisons de ce choix, d’assurer une transition transparente et de garantir que les projets en cours – notamment ceux liés à la cybersécurité, à l’IA et à la digitalisation de l’enseignement supérieur – ne subiront pas de retard. À défaut, c’est toute la modernisation du secteur qui pourrait en pâtir, au détriment des étudiants, des chercheurs et de l’image du Sénégal comme acteur numérique africain de premier plan.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/01/2026
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