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Le tribunal des flagrants délits de Pikine‑Guédiawaye a condamné deux hommes à deux ans de prison ferme pour production et diffusion de vidéos à caractère pornographique tournées au Sénégal et relayées sur des plateformes étrangères, après la saisie de 152 vidéos lors de l’enquête. La décision concerne Modou Seck et Ibrahima Diop, reconnus coupables d’association de malfaiteurs en lien avec ces contenus. La peine prononcée surprend par son amplitude limitée par rapport à l’ampleur matérielle du dossier.
L’enquête conduite par la Brigade de recherches de Keur Massar a mis en évidence une organisation structurée de tournage, de rémunération et de diffusion, avec des échanges via des applications comme Telegram et WhatsApp avant le relais sur des sites hébergés hors du territoire national. Les investigations ont permis d’identifier des recrutements de femmes en situation de précarité pour des tournages payés à la journée et des flux financiers vers des administrateurs de sites basés en Europe. Trois autres prévenues ont été jugées : une commerçante a écopé de trois mois de prison ferme et deux ressortissantes étrangères ont reçu des peines aménagées pour participation et défaut de carnet sanitaire.
Les éléments matériels saisis, le nombre d’enregistrements et les liens financiers avec des plateformes étrangères indiquent un préjudice collectif et individuel important, incluant l’atteinte à la dignité des victimes et la diffusion incontrôlée d’images sur des marchés internationaux. La peine de deux ans apparaît faible au regard de la récurrence des faits et de la dimension transnationale de l’organisation, surtout quand la pratique a généré au moins 152 fichiers exploitables. Le parquet avait requis des sanctions plus lourdes, ce qui souligne une dissonance entre les réquisitions et le jugement rendu, alors que la victime directe d’une exploitation audiovisuelle peut subir des impacts durables sur la vie sociale et professionnelle.
La proportion entre la gravité du préjudice et la durée de la peine mérite d’être examinée à partir de critères factuels : le volume de données saisies, la preuve de la commercialisation internationale et la vulnérabilité des personnes recrutées. Des peines plus dissuasives auraient la vertu de réduire l’incitation à organiser des filières semblables, de mieux protéger les victimes et d’aligner la sanction sur la portée réelle du dommage. Une comparaison avec des décisions étrangères proches révèle que certains pays appliquent des peines et des amendes nettement supérieures lorsque la diffusion atteint une audience internationale, ce qui renforce l’argument en faveur d’un ajustement jurisprudentiel.
L’examen factuel de l’affaire met en relief l’incohérence entre la gravité du préjudice et la clémence relative des peines prononcées, ce qui pose une question sur la dissuasion effective du droit pénal dans ce domaine. Les données du dossier montrent une organisation rentable et répétée, financée pour partie à l’étranger, ce qui appelle des réponses pénales et civiles proportionnées. Une politique judiciaire qui privilégie des sanctions manifestement dissuasives et des réparations matérielles et morales pour les victimes permettrait de corriger les distorsions constatées entre la nuisance causée et la sanction infligée.
Des statistiques judiciaires disponibles indiquent que les affaires de diffusion d’images intimes connaissent une augmentation dans la région, tandis que l’internationalisation des plateformes complique les poursuites. Des études sur les conséquences psychologiques et socioéconomiques des victimes montrent des impacts durables sur l’employabilité et la santé mentale. La cooperation internationale en matière d’entraide judiciaire et d’identification des administrateurs de sites constitue un levier factuel pour renforcer l’efficacité des sanctions et pour permettre des réparations pécuniaires via des procédures civiles transfrontalières.
Le dossier révèle une activité organisée de grande ampleur et un préjudice mesurable pour les personnes impliquées, tandis que la sanction principale reste limitée à deux ans de prison ferme pour les têtes d’affiche. Les faits matériels, le nombre de vidéos saisies et les flux financiers vers l’étranger fournissent des éléments objectifs qui plaident en faveur d’une réponse pénale et civile plus ferme. Une meilleure jurisprudence, assortie de mesures de réparation réelles pour les victimes, apparaîtrait comme une suite logique aux constats établis par l’enquête.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Zeyna Fall.
Mis en ligne : 22/01/2025
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