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L’annonce du renouvellement de la licence de Eumeu Sène, 45 ans, par le Comité national de gestion (CNG) de la lutte sénégalaise, a mis fin aux spéculations sur la fin de sa carrière. Après une batterie d’examens médicaux, l’ancien « Roi des arènes » est autorisé à poursuivre sa carrière, malgré l’âge limite réglementaire. Si cette décision peut réjouir les fans du lutteur, elle soulève une question fondamentale : en accordant des dérogations aux stars vieillissantes, le système ne sacrifie-t-il pas l’avenir de la discipline et la relève des jeunes talents ?
La lutte sénégalaise, sport national et phénomène culturel, est régie par des règles strictes, dont une limite d’âge fixée à 45 ans. Pourtant, depuis quelques années, cette limite est régulièrement repoussée à 48 ans pour les lutteurs de renom, à condition qu’ils passent des tests médicaux approfondis. Cette pratique, initiée sous l’impulsion de l’ancien ministre des Sports Matar Bâ, a déjà bénéficié à d’autres légendes comme Bombardier. Mais derrière cette apparente flexibilité se cache une réalité plus troublante : celle d’un système qui privilégie les stars établies au détriment des jeunes lutteurs en quête de reconnaissance et d’opportunités.
La décision du CNG de renouveler la licence de Eumeu Sène, bien que conforme aux textes, interroge. Le lutteur, déjà auréolé d’un palmarès exceptionnel, continue de monopoliser l’attention des promoteurs et du public, au moment où des jeunes talents peinent à émerger. Les combats impliquant des « vieux » comme Eumeu Sène ou Bombardier drainent certes les foules et génèrent des revenus colossaux, mais ils occupent un espace qui pourrait être dédié à la nouvelle génération. Comme le souligne le journaliste Abdoulaye Dembélé, « les jeunes loups ont beaucoup de mal à ravir la vedette aux ténors ». Pire, cette situation crée un cercle vicieux : les jeunes lutteurs, faute de combats et de visibilité, se retrouvent marginalisés, voire contraints de se reconvertir dans d’autres disciplines, comme le MMA, pour espérer vivre de leur passion.
Premièrement, la lutte sénégalaise, en tant que sport professionnel, devrait être un vivier d’opportunités pour tous, et non un club fermé réservé à une élite vieillissante. Les jeunes lutteurs, souvent mieux préparés physiquement et techniquement, méritent leur chance. Deuxièmement, la longévité exceptionnelle des stars masque un problème structurel : le calendrier saturé et la concentration des ressources financières autour de quelques noms. Enfin, en maintenant artificiellement des lutteurs au-delà de l’âge limite, le CNG risque de décourager les vocations et de priver le public de nouveaux héros, essentiels à la vitalité du sport.
La comparaison avec d’autres sports de combat est édifiante. Dans le MMA ou la boxe, les athlètes de plus de 40 ans sont rares en haut niveau, et leur présence est généralement justifiée par des performances exceptionnelles, non par des dérogations systématiques. Au Sénégal, la règle semble s’inverser : c’est l’exception qui devient la norme, au détriment de l’équité et de la méritocratie.
Ailleurs en Afrique, comme en Côte d’Ivoire ou au Maroc, les fédérations de lutte ou de sports de combat appliquent des règles d’âge plus strictes, favorisant ainsi le renouvellement des générations. Au Sénégal, la lutte est devenue une industrie où les enjeux financiers priment sur l’équilibre sportif. Les promoteurs, comme Makane Mbengue, affirment que « Eumeu Sène est meilleur que plusieurs jeunes lutteurs », mais cette affirmation occulte un fait essentiel : sans espace pour s’exprimer, comment les jeunes pourraient-ils prouver leur valeur ?
Accorder une licence à Eumeu Sène à 45 ans, c’est perpétuer un système inique qui freine l’émergence de nouveaux talents. Si la popularité des stars est indéniable, elle ne doit pas éclipser l’impératif de renouvellement et de justice sportive. Le CNG a le devoir de rééquilibrer la balance, en limitant les dérogations et en créant des mécanismes concrets pour promouvoir la relève. Sinon, la lutte sénégalaise risque de devenir un musée à ciel ouvert, où seuls les noms du passé auront droit de cité.
La vraie grandeur d’un sport se mesure à sa capacité à se renouveler. Il est temps que la lutte sénégalaise tourne la page des exceptions et offre à sa jeunesse les chances qu’elle mérite.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 25/01/2026
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