Sénégal : L’opposition a-t-elle renoncé à son rôle ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 25/01/2026 12:01:00

Sénégal : L’opposition a-t-elle renoncé à son rôle ?

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Un article récent de Senenews souligne avec justesse la « mort de l’opposition » au Sénégal, illustrée par le silence assourdissant des figures historiques comme Idrissa Seck, Amadou Ba ou Karim Wade face aux enjeux cruciaux du pays. À l’exception de quelques voix isolées, l’espace public est désormais dominé par la mouvance présidentielle, tandis que les leaders traditionnels de l’opposition brillent par leur absence. Cette situation, loin d’être anodine, pose une question fondamentale : que devient une démocratie quand ses contre-pouvoirs s’effacent ?

Notre analyse, résolument critique, montre que cette disparition n’est pas seulement le fruit du hasard, mais le résultat d’une combinaison de stratégies politiques, de divisions internes et d’un affaiblissement structurel de l’opposition, avec des conséquences graves pour l’avenir démocratique du Sénégal.

Le Sénégal, longtemps cité en exemple pour sa stabilité démocratique en Afrique de l’Ouest, traverse une période de turbulences politiques. Après des décennies de multipartisme dynamique, les dernières années ont vu une marginalisation progressive des leaders historiques de l’opposition. Idrissa Seck, après une série de défaites électorales (2007, 2012, 2019, 2024), s’est retiré de la scène publique, tout comme Karim Wade, dont les récentes déclarations appellent à un « sursaut national » sans pour autant s’accompagner d’actions concrètes. Amadou Ba, arrivé deuxième à la présidentielle de 2024, peine à incarner une alternative crédible, tandis que Khalifa Sall, ancien maire de Dakar, reste en retrait après des condamnations judiciaires controversées. Ces absences ne sont pas sans rappeler des situations similaires en Côte d’Ivoire ou en Tanzanie, où l’exclusion ou la neutralisation des opposants a ouvert la voie à des dérives autoritaires.

Plusieurs facteurs expliquent cette disparition. D’abord, la judiciarisation de la vie politique : l’utilisation de poursuites judiciaires pour écarter des candidats (comme Khalifa Sall ou Karim Wade en 2019) a affaibli l’opposition et découragé ses leaders. Ensuite, la fragmentation interne des partis d’opposition, minés par des luttes de pouvoir et des ralliements opportunistes au camp présidentiel, a rendu impossible l’émergence d’un front uni. Enfin, l’ascension fulgurante de nouveaux acteurs comme Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, portés par une jeunesse en quête de renouveau, a relégué les « vieux » leaders au second plan, sans pour autant garantir une opposition plus efficace.

L’absence d’une opposition forte et organisée est un terreau fertile pour les dérives autoritaires. Sans contre-pouvoirs, le Parlement devient une simple « chambre d’enregistrement » des décisions de l’exécutif, comme le soulignent plusieurs analystes. Les exemples africains sont édifiants : en Côte d’Ivoire, l’exclusion des opposants a permis à Alassane Ouattara de briguer un quatrième mandat dans un climat de violence et de contestation. Au Sénégal, la récente concertation nationale lancée par le président Faye, bien que présentée comme une volonté de dialogue, intervient dans un contexte de tensions et de restrictions des libertés, avec des arrestations ciblées et une pression accrue sur les médias. La démocratie sénégalaise, autrefois résiliente, montre aujourd’hui des signes de fragilité, avec une société civile divisée et une opinion publique de plus en plus désabusée.

En Afrique subsaharienne, la démocratie recule face à la résurgence de l’autoritarisme, des coups d’État et des manipulations constitutionnelles. Cependant, le pays se distinguait jusqu’ici par son attachement à l’alternance pacifique et à l’État de droit. La disparition de l’opposition historique risque de le rapprocher de modèles moins vertueux, où le pouvoir se concentre entre les mains d’une minorité, au mépris des règles démocratiques.

La disparition de l’opposition sénégalaise n’est pas une fatalité, mais le résultat de choix politiques et de stratégies délibérées. Pour préserver sa réputation de « phare démocratique », le Sénégal doit urgemment reconstruire un espace politique pluraliste, où l’opposition peut s’exprimer librement et jouer pleinement son rôle de contrôle et de proposition. Sans cela, le risque est grand de voir s’installer une démocratie de façade, où les élections ne servent plus qu’à légitimer un pouvoir sans contrepoids. Il est temps pour les leaders historiques de sortir de leur silence, et pour la nouvelle génération de prouver qu’elle peut incarner une alternative crédible et respectueuse des règles du jeu démocratique. L’avenir du Sénégal en dépend.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 25/01/20
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