Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le 7 janvier 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a signé un décret généralisant l’indemnité de logement à l’ensemble des agents de l’État sénégalais, une décision saluée comme une avancée majeure pour la justice sociale et l’équité au sein de la fonction publique. La Coalition Diomaye Président y voit une réponse concrète aux attentes légitimes des travailleurs, un geste fort pour améliorer leur pouvoir d’achat et apaiser le climat social.
Pourtant, derrière cette annonce généreuse, se profilent des risques majeurs : l’accroissement de la bureaucratie, l’absence de procédures transparentes de versement et de contrôle, et surtout, la porte ouverte à des détournements et à un clientélisme déjà bien ancrés dans l’administration sénégalaise.
Il est indéniable que la généralisation de cette indemnité répond à une inégalité criante. Depuis des années, des milliers d’agents de l’État, bien que remplissant les mêmes missions que leurs collègues, en étaient exclus, créant un sentiment d’injustice et de discrimination au sein de la fonction publique. Le montant de 100 000 FCFA mensuels, net d’impôts, représente un soulagement pour de nombreux ménages confrontés à la flambée des loyers à Dakar et dans les grandes villes. Cependant, l’histoire récente montre que les promesses gouvernementales en matière d’indemnités peinent souvent à se concrétiser. En 2025, malgré l’adoption d’une loi de finances rectificative prévoyant cette mesure, des milliers d’agents sont restés sans versement, malgré des mobilisations syndicales répétées. Le Collectif interministériel des agents de l’Administration sénégalaise (CIAAS) a maintes fois dénoncé des retards, des discriminations et un manque de transparence dans l’attribution des avantages sociaux. La question se pose donc : cette nouvelle généralisation sera-t-elle vraiment effective, ou ne restera-t-elle qu’une promesse de plus ?
L’expérience enseigne que, dans de nombreux pays africains, la généralisation des aides sociales s’accompagne souvent d’une complexification des procédures administratives, favorisant les passe-droits et les détournements. Au Sénégal, comme ailleurs en Afrique de l’Ouest, les dispositifs administratifs sont régulièrement contournés par des réseaux informels, où la personnalisation des traitements et le favoritisme priment sur l’équité. Les études montrent que les systèmes de protection sociale, lorsqu’ils manquent de mécanismes de contrôle rigoureux, deviennent des proies faciles pour la corruption et le clientélisme. Les fonctionnaires, sous-payés et peu responsabilisés, sont parfois tentés de monnayer leur pouvoir discrétionnaire, tandis que les élites politiques instrumentalisent ces aides pour s’assurer une base électorale docile. La généralisation de l’indemnité de logement, si elle n’est pas encadrée par des procédures claires et des audits indépendants, risque ainsi de reproduire les schémas du passé : des bénéficiaires oubliés, des versements retardés, et des fonds détournés au profit de quelques-uns.
Premièrement, l’absence de registre unique fiable et actualisé des bénéficiaires pose un problème de ciblage. Comment s’assurer que l’indemnité ira bien à ceux qui en ont besoin, et non à des proches du pouvoir ou à des agents fantômes ? Deuxièmement, le Sénégal a déjà connu des cas de détournement d’aides sociales, notamment dans le cadre des bourses familiales ou des programmes de sécurité familiale. Sans un système de traçabilité robuste, comme celui mis en place pour le Registre national unique (RNU), la généralisation de cette indemnité pourrait aggraver les inégalités plutôt que de les réduire. Enfin, l’expérience d’autres pays africains, où l’aide internationale ou les subventions publiques ont souvent été détournées, doit servir de leçon. La Banque mondiale elle-même a pointé du doigt les dépôts massifs de fonds publics dans des paradis fiscaux par des responsables africains, soulignant la faiblesse des contrôles et la complicité de certains acteurs institutionnels.
En France, par exemple, le versement des aides sociales est sécurisé par des déclarations sociales nominatives (DSN) et des calendriers de paiement stricts, limitant les risques de fraude. Au Maroc, le programme d’aides sociales directes s’appuie sur des infographies et des plateformes numériques pour informer les citoyens et garantir la transparence. Au Sénégal, en revanche, les procédures restent opaques, et les agents de l’État sont souvent laissés dans l’ignorance des critères d’éligibilité et des délais de versement. Sans une réforme en profondeur de l’administration, la généralisation de l’indemnité de logement pourrait donc se transformer en un nouveau terrain de jeu pour les pratiques clientélistes, au détriment des travailleurs les plus vulnérables.
La décision du président Faye est, sur le papier, une avancée sociale majeure. Mais pour qu’elle ne se transforme pas en un nouveau gaspillage de ressources publiques, il est impératif de mettre en place des garde-fous : un registre unique des bénéficiaires, des audits réguliers, et une communication transparente sur les critères et les modalités de versement. Sans ces garanties, la généralisation de l’indemnité de logement risque d’alimenter la bureaucratie et le clientélisme, plutôt que de servir la justice sociale. Le gouvernement doit prouver qu’il est capable de rompre avec les pratiques du passé, et que cette mesure n’est pas qu’un coup politique, mais bien une réforme structurelle au service de tous les Sénégalais.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 25/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




