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Lors d’une visite de chantier les 17 et 18 mai 2025, le Programme d’urgence pour le développement communautaire (Pudc) a mis au jour des documents techniques falsifiés sur les travaux de construction de cinq postes de santé dans la région de Kaffrine, projet financé à hauteur de 525 millions de Fcfa par la Banque africaine de développement. Les pièces falsifiées concernaient des études de formulation et des procès-verbaux d’écrasement du béton, prétendument émis par Naag Labo, Tout Faire Géotechnique et le Laboratoire national de référence des bâtiments et travaux publics (Lnr-Btp). La découverte a déclenché une enquête de l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop) et conduit à des sanctions financières jugées légères au regard des montants en jeu.
Le marché principal a été attribué à l’entreprise Santé Yalla, tandis que le groupement Deco-Ic/Africonsult assurait la mission de contrôle et de supervision pour un montant d’environ 185 millions de Fcfa. Confrontés à des malfaçons visibles sur les chantiers, les responsables du Pudc ont commandé des analyses au laboratoire Tout Faire Géotechnique. La vérification a révélé que les documents transmis ne provenaient pas des laboratoires mentionnés. L’Arcop a ouvert une procédure disciplinaire le 3 septembre 2025 et mené des auditions durant lesquelles plusieurs protagonistes ont avoué la falsification. Lors de son audition du 3 décembre 2025, C.S.B., ancien employé de Santé Yalla, a reconnu avoir sollicité P.S. pour produire de faux rapports et a désigné M.L.S., directeur de l’entreprise, comme auteur des instructions. A.L., directeur technique, a également avoué et allégué la complicité du groupement Deco-Ic/Africonsult.
L’enquête administrative a établi que les procès-verbaux d’essais et l’étude de formulation du béton sont des documents essentiels à la vérification de la solidité des ouvrages. L’Arcop a qualifié l’absence de vérification du chef de mission du groupement comme une carence grave, rejetant l’argument lié à « l’ampleur de sa mission ». Les falsifications ont exposé les futurs usagers des postes de santé à des risques de défaillance structurelle, alors que ces bâtiments doivent accueillir des patients, du personnel médical et du matériel sensible. La décision de l’Arcop, rendue le 3 décembre 2025, a sanctionné financièrement les protagonistes : 8 millions de Fcfa d’amende contre Santé Yalla et 800 000 Fcfa contre le groupement Deco-Ic/Africonsult, assorties de menaces d’exclusion temporaires en cas de non-paiement.
Les faits documentés montrent une chaîne de manquements depuis l’exécution jusqu’au contrôle contractuel. Le contraste entre la valeur du financement—525 millions de Fcfa—et la sanction pécuniaire infligée à l’entreprise attributaire—8 millions de Fcfa—illustre un déséquilibre. Comparer l’amende à la mission de contrôle estimée à 185 millions de Fcfa rend la proportion encore plus frappante. Les aveux des protagonistes, la production de faux rapports et l’absence de vérification par le contrôleur contractuel constituent des éléments factuels qui rendent vraisemblable l’échappement à une justice plus ferme si aucune procédure pénale n’est engagée. L’Arcop a laissé ouverte la possibilité de poursuites pénales ou d’actions en réparation, mais la décision publiée se limite, pour l’instant, à des sanctions administratives et financières.
L’absence, à ce stade, de poursuites pénales effectives ou de mesures de réparation proportionnées aux risques avérés alimente la défiance des citoyens envers la gestion des deniers publics et la capacité de l’État à sanctionner les fautes graves. Les documents montrent que des acteurs privés ont pu falsifier des pièces techniques indispensables sans contrôle suffisant, puis encaisser des marchés publics majeurs. Le risque politique et sanitaire lié à la remise en service de postes de santé construits sur des bases incertaines renforce la perception d’impunité. Deux comparaisons renforcent ce constat : d’un côté, une amende minime face au budget total du projet ; de l’autre, une mission de contrôle dont l’échec met en danger des infrastructures destinées à la santé publique.
Les éléments de procédure fournis par l’Arcop incluent dates, montants et initiales des personnes auditionnées, ainsi que la chaîne documentaire falsifiée citant Naag Labo, Tout Faire Géotechnique et le Lnr-Btp. Les textes contractuels obligent le contrôleur à vérifier l’authenticité des documents techniques auprès des laboratoires concernés, obligation qui n’a pas été remplie. Le Pudc conserve la possibilité d’engager des actions civiles pour obtenir réparation du préjudice moral et économique causé.
Les faits constatés exposent une vulnérabilité lourde du contrôle des marchés publics : documents falsifiés, aveux des acteurs et contrôleur défaillant. Les sanctions prononcées restent financières et administratives, sans garanties publiques de poursuites pénales immédiates. Ce traitement des responsabilités, documenté par des dates, des montants et des aveux, alimente une suspicion rationalisée parmi les citoyens sur la capacité de l’État à protéger l’argent public et la sécurité sanitaire. La suite judiciaire et la réparation effective des préjudices détermineront si l’enquête administrative restera un signal sans suite ou si elle conduira à une réponse répressive proportionnée.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Talla M.
Mis en ligne : 23/01/2026
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