Insécurité : Quand l’État fait de la lutte un bouc émissaire - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 25/01/2026 11:01:45

Insécurité : Quand l’État fait de la lutte un bouc émissaire

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Je refuse que la lutte sénégalaise devienne le bouc émissaire d’une politique en panne d’imagination et de courage. Je critique sans détour la décision qui vise à stigmatiser un sport populaire parce qu’il est visible, facile à prendre en photo et commode à criminaliser. Ma position est négative : punir la lutte pour masquer l’incapacité à régler le chômage et l’insécurité relève d’un affichage politique pitoyable et dangereux pour la cohésion sociale.

Le lutteur Moustapha Senghor dit « Siteu » a réagi avec frustration à la décision du gouvernement sénégalais de viser particulièrement la lutte face aux agressions en mode « simol », après l’annonce du ministre de l’Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé de sanctionner les acteurs de la lutte si nécessaire. Siteu salue partiellement la volonté de lutter contre l’insécurité mais juge injuste de cibler uniquement la lutte en omettant d’autres rassemblements de grande envergure comme les matches navetanes ou certains événements religieux. Il profite de sa prise de position pour condamner le chômage des jeunes et dénoncer les promesses politiciennes non tenues.

La réaction gouvernementale aux agressions dites « simol » a été rapide et théâtrale, avec la menace de sanctions contre les acteurs de la lutte. Dans les quartiers, la lutte reste une institution culturelle et économique, un rendez-vous qui nourrit des familles et crée des rêves. Le problème réel réside dans des bandes organisées, des jeunes sans ressources et des trafics qui prospèrent dans des poches d’exclusion, pas dans les arènes où la foule se rassemble. J’entends certains responsables dire qu’il faut frapper fort ; j’entends aussi le lutteur affirmer que « il serait injuste de cibler partiellement la lutte ». Ce décalage mérite d’être sondé, sans complaisance.

Le réflexe d’indexer la lutte révèle une logique simple : attaquer l’emblème pour montrer qu’on agit. C’est une politique de communication qui confond spectacle et solution. La stigmatisation détourne l’attention des causes structurelles — chômage, désertion scolaire, faiblesse des services publics — et transforme des acteurs culturels en parias. Ce phénomène rappelle la tentation de blâmer le transport en commun quand la sécurité urbaine s’effondre, ou de mettre la charge sur les établissements scolaires quand l’économie ne crée pas d’emplois. La comparaison est utile parce qu’elle met à nu le mécanisme : on chasse l’image plutôt que d’attaquer le malaise.

Sanctionner la lutte n’attaquera pas les réseaux criminels qui profitent de la misère, et n’offrira ni emploi ni perspective aux jeunes en rupture. La logique répressive peut même aggraver le ressentiment local et créer des scènes de confrontation qui intéressent ceux qui veulent alimenter la violence. J’affirme que la priorité devrait être la prévention sociale : création d’emplois, formation professionnelle, présence policière ciblée et justice opérationnelle. Quand l’État remplace des politiques publiques par des opérations médiatiques, il choisit l’apparence sur l’efficacité. Le résultat est prévisible : l’ennui social se transforme en polémique et la confiance se dilue.

En ciblant la lutte, l’État évite d’affronter les causes profondes et se contente d’un symbole facile. Cette stratégie est un aveu d’échec : incapable de transformer l’économie ou d’investir dans la jeunesse, le pouvoir cherche un responsable visible. C’est un renversement absurde des responsabilités qui fragilise la lutte comme patrimoine et détourne les moyens vers des sanctions au lieu de les consacrer à la sécurité réelle. Il faut lire cette décision comme le symptôme d’une politique qui préfère le vernis aux réformes durables.

Les chiffres du chômage des jeunes montrent des taux élevés dans les zones périurbaines, là où les arènes attirent les foules et où le « simol » trouve ses recrues. Les enquêtes locales décrivent des parcours de marginalisation liés à l’école abandonnée et à l’absence de perspectives économiques. Les expériences étrangères où la prévention sociale a réduit la délinquance confirment que l’approche punitive seule échoue. Ces éléments factuels renforcent l’idée que l’affichage répressif ne remplace pas des décisions budgétaires et des programmes concrets.

Je reste hostile à la stigmatisation de la lutte comme alibi sécuritaire. J’exige qu’on cesse d’utiliser un sport populaire pour masquer l’incurie politique et qu’on engage enfin des mesures réelles en faveur de l’emploi, de l’éducation et de la justice. Tant que l’on préférera la mise en scène à l’action, la colère sociale continuera de chercher des cibles faciles, et la société perdra plus que des arènes : elle perdra sa capacité à résoudre ses vraies fractures.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 25/01/20
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