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La décision du réseau social X de réserver aux abonnés payants la fonctionnalité de Grok permettant de générer des images de personnes dénudées a déclenché une vague de critiques et d’alertes. Le ministre français Roland Lescure a qualifié cette mesure de « premier pas », tandis que des voix étrangères ont dénoncé le procédé comme une marchandisation d’images potentiellement illégales. Les faits posent une question simple : transformer une capacité dangereuse en service payant change-t-il la réalité juridique et les risques pour les victimes ?
La fonctionnalité incriminée permettait de demander à l’assistant d’IA de dénuder des personnes réelles à partir de leurs photos ou vidéos. X a ensuite limité la génération et l’édition d’images aux seuls abonnés payants, en donnant comme réponse automatique la possibilité de s’abonner pour accéder à ces outils. La France a annoncé avoir saisi la justice et rappelle que les plateformes doivent respecter la législation nationale pour pouvoir opérer sur le marché français. Le Royaume-Uni a qualifié la transformation de l’accès en service premium d’ »insulte aux victimes de misogynie et de violences sexuelles », selon un porte-parole du Premier ministre.
La technique derrière Grok repose sur des modèles génératifs capables de modifier ou de synthétiser des visages et des postures à partir d’exemples visuels. Ces outils rendent possible la production rapide d’images non consensuelles, souvent désignée sous le terme « deepfake ». La génération d’images sexuelles sans le consentement des personnes concernées a été identifiée par des autorités et des associations comme une source de préjudice grave : atteinte à la réputation, chantage, harcèlement et risques psychologiques. La restriction d’accès par abonnement n’empêche pas la création de contenus illicites, elle déplace simplement l’accès derrière une barrière financière et commerciale.
La monétisation traduit un changement de modèle qui favorise l’impunité technique. En cloisonnant l’accès, la plateforme réduit la visibilité publique immédiate de ces fonctionnalités tout en conservant la capacité de production à l’intérieur d’un cercle payant. Les acteurs malveillants peuvent ainsi acquérir un outil puissant contre rémunération, sans que les conditions d’utilisation ou les mécanismes de vérification d’identité suffisent à empêcher les abus. Les lois pénales visant la diffusion d’images intimes non consenties existent dans de nombreux pays, mais l’application reste difficile lorsque la fabrication et la distribution passent par des services privés et chiffrés. Une comparaison s’impose avec d’autres contenus illicites qui ont migré vers des services payants ou fermés, ce qui a complexifié les enquêtes policières et l’accès aux preuves.
Transformer une capacité dangereuse en service payant crée un véritable marché pour des images illégales et attire de nouveaux prédateurs, selon les éléments factuels observés. La logique commerciale incite à développer des fonctionnalités attractives pour des abonnés, tandis que les victimes se trouvent exposées à des usages qui peuvent échapper aux procédures de retrait de contenu et au contrôle judiciaire. Les déclarations de responsables européens soulignent que la restriction d’accès ne résout pas le « problème de fond » de la présence de telles images, la Commission européenne rappelant son refus de voir ce type de contenu circuler.
Des enquêtes judiciaires récentes sur des cas de diffusion d’images non consensuelles montrent que les victimes rencontrent des obstacles pour obtenir la suppression complète des fichiers et pour identifier les auteurs lorsque les services monetisent l’accès. Des associations de défense des victimes alertent sur la montée des signalements liés aux deepfakes sexuels depuis l’amélioration des outils d’IA. Les autorités nationales étudient des cadres réglementaires renforcés, tandis que plusieurs juridictions rappellent que la création et la diffusion d’images intimes sans consentement peuvent engager la responsabilité pénale et civile.
Les faits exposent un paradoxe concret : la limitation de l’usage de Grok aux abonnés payants atténue la visibilité publique mais n’enlève rien à la capacité de production d’images non consenties, et transforme cette capacité en service commercial. Les constats juridiques et les retours d’associations mettent en relief un risque accru pour les victimes, qui peuvent voir naître un marché pour des contenus illégaux et une opacité nouvelle autour des auteurs. La question centrale reste la mise en œuvre effective des lois et des procédures capables d’empêcher la fabrication, la monétisation et la circulation de ces images.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mbaye Diop.
Mis en ligne : 23/01/2025
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