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La Chambre administrative a clos un chapitre judiciaire en rejetant la requête de Barthélémy Dias, et le portrait officiel qui en ressort montre Abass Fall comme gagnant incontestable. Cette image, glacée par une décision formelle, ne doit pas masquer les enjeux démocratiques qui persistent dans la capitale. L’observation critique tient à ce que la fin du litige judiciaire se transforme trop vite en récit achevé, confinant le débat public à une simple confirmation de pouvoir plutôt qu’à une interrogation sur la légitimité politique et la transparence locale.
La procédure visait la contestation de l’arrêté préfectoral ayant déclaré la démission de Barthélémy Dias de son siège de conseiller municipal. La juridiction administrative a jugé la requête irrecevable, ce qui consolide la position d’Abass Fall à la tête de la mairie depuis août dernier. Le long affrontement judiciaire pour la direction de la Ville de Dakar a donc pris une tournure définitive sur le plan légal, et la scène politique locale se trouve désormais figée autour d’un gagnant dont l’autorité apparaît renforcée par le simple constat d’une décision de justice.
L’effet principal de cette décision tient moins à la portée juridique qu’à la construction d’un récit politique. Quand la justice tranche et que le verdict met un point final, le récit public retient surtout le nom du vainqueur. Abass Fall devient l’image d’un triomphe sans discussion, et cette image risque d’étouffer les questionnements sur la dynamique interne de la municipalité. La décision administrative, traitée comme point d’arrivée, évite d’explorer les raisons profondes de la crise qui a opposé les protagonistes. Le pouvoir local se trouve renforcé par la mécanique même de la décision, qui neutralise les dissensions et réduit les espaces de remise en cause.
Le premier argument tient à la confusion entre victoire judiciaire et victoire politique. Une validation procédurale ne remplace pas une validation démocratique devant les habitants de Dakar. Le second argument porte sur le danger d’une représentation monolithique du pouvoir municipal : en figeant la figure d’un vainqueur incontestable, la décision érode les contre-pouvoirs et encourage l’acceptation passive d’un ordre établi. Le troisième argument met en garde contre la banalisation de la fin des litiges : si chaque conflit politique se conclut par un triomphe judiciaire qui efface la controverse, la vie civique se réduit à des formalités et la discussion citoyenne s’appauvrit. Ces éléments conjugués dessinent un paysage où la décision de justice sert de vernis stabilisateur plutôt que de point de départ pour une réflexion approfondie.
En s’arrêtant à la décision judiciaire, le récit public fige Abass Fall en gagnant incontestable et empêche toute remise en question du pouvoir local. Cette figuration fonctionne comme une photographie prise au moment du verdict : nette, définitive, mais trompeuse quant à la profondeur des tensions. Comparé à une compétition sportive où l’arbitre siffle la fin, le tableau politique ainsi produit ne montre pas les coulisses ni les blessures laissées par l’affrontement. Comparé encore à une pièce dont on retire les actes disputés pour ne garder que le dernier rideau, on comprend que la décision masque la complexité des rapports de force et les responsabilités partagées.
Les chiffres électoraux municipaux et les rapports sur la gestion locale montrent des défis persistants dans des domaines tels que la planification urbaine, la propreté et l’accès aux services de base, et ces problèmes ne disparaissent pas avec une décision de juridiction administrative. Des consultations citoyennes limitées et des tensions entre conseillers indiquent que la gouvernance de la mairie mérite un examen public plus soutenu. La consolidation d’un pouvoir local sans interrogation approfondie risque d’empêcher la mise en place de mécanismes de contrôle effectifs, alors que la capitale appelle des réponses pragmatiques et transparentes.
La décision judiciaire a tranché une contestation formelle, mais elle ne doit pas servir de cache-sexe pour une politique municipale qui échappe à l’examen critique. L’image d’Abass Fall en gagnant incontestable, figée par un arrêt, reflète davantage la victoire d’une procédure que l’apaisement d’un débat démocratique. Il faudrait que la bolée d’autorité rendue par la justice soit suivie d’un réveil civique et d’un questionnement réel sur la conduite des affaires locales, faute de quoi la capitale risque de voir se consolider un pouvoir sans contrepoids et sans la lumière nécessaire.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Habib Diop.
Mis en ligne : 27/01/2026
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