BTP en panne : Quand l’État devient le principal obstacle des cimentiers - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 24/01/2026 12:01:30

BTP en panne : Quand l’État devient le principal obstacle des cimentiers

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Le secteur cimentier sénégalais alerte sur une crise profonde : chantiers publics stoppés, créances intérieures non réglées et baisse des recettes fiscales. La contribution fiscale est passée de 109 milliards à 104 milliards FCfa en 2024, tandis que le manque à gagner sur la TVA et la taxe sur le ciment dépasse maintenant 6 milliards FCfa pour 2025. Ces chiffres surviennent alors que la capacité industrielle atteint 15 millions de tonnes pour une demande locale autour de 7 millions de tonnes, creusant un déséquilibre structurel.

Depuis près de deux ans, le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics connaît une contraction marquée qui pèse directement sur la consommation de ciment. La décision des autorités de suspendre de nombreux marchés publics a entraîné une réduction immédiate des volumes vendus, selon les déclarations des entreprises du secteur. Les cimentiers signalent aussi des fermetures de débouchés à l’export, avec une fermeture du marché gambien suivie d’une hausse des droits de douane de 500%, et une instabilité au Mali qui limite les ventes régionales. Dans le même temps, l’État accumule des créances impayées envers les entreprises du BTP évaluées à plus de 300 milliards FCfa, blocage qui réduit les commandes auprès des cimenteries.

Les capacités industrielles élevées créent un paradoxe : produire plus alors que la demande locale est à moitié de la capacité installée. Cette situation force les cimentiers à plaider pour des relances de marchés publics susceptibles d’absorber la surproduction. Les investissements des groupes sont conséquents ; Sococim annonce 220 milliards FCfa investis en quatre ans et Cimaf 160 milliards FCfa, et le secteur affirme avoir injecté plus de 600 milliards FCfa dans l’économie sur cinq ans. Malgré ces chiffres, les entreprises affichent des pertes : Sococim évoque une baisse de chiffre d’affaires proche de 30% entre 2024 et 2025. La combinaison d’une demande atone et d’arriérés de paiement crée un cercle vicieux affectant la trésorerie des acteurs.

Les cimentiers demandent l’apurement intégral de la dette intérieure et la reprise immédiate des grands chantiers publics pour restaurer la demande. Il s’agit d’une revendication qui repose sur des données : des créances publiques supérieures à 300 milliards FCfa et un manque à gagner fiscal de plus de 6 milliards FCfa. Les pertes opérationnelles et l’investissement lourd servent d’arguments pour obtenir des mesures publiques favorables. Comparer la capacité installée de 15 millions de tonnes à la demande locale de 7 millions montre l’ampleur du déséquilibre, de la même façon que comparer la contribution fiscale passée (109 milliards) à la baisse récente (104 milliards) illustre un recul des recettes.

La narration présentée par les industriels privilégie la posture de victime pour obtenir des interventions de l’État : paiement des dettes, relance de marchés, protection contre les chocs extérieurs. Les faits choisis par les cimentiers soutiennent cette stratégie puisque la reprise des grands travaux publics augmenterait mécaniquement la consommation de ciment et améliorerait les flux de trésorerie. Une citation résume la pression exercée : « Tant qu’on ne règle pas le problème de la dette intérieure, on ne peut pas relancer la machine », a prévenu un dirigeant du secteur. Cette formulation illustre l’orientation des demandes vers des solutions publiques destinées à restaurer des marchés profitables aux industriels.

Les chiffres clés permettent de mesurer l’enjeu : capacité installée 15 millions de tonnes, demande locale 7 millions, créances de l’État supérieures à 300 milliards FCfa, investissement privé dépassant 600 milliards FCfa sur cinq ans, perte de chiffre d’affaires proche de 30% pour certaines entreprises entre 2024 et 2025. Une comparaison régionale utile oppose la fermeture du marché gambien avec l’augmentation des droits de douane à la persistance d’un marché intérieur insuffisant, réduisant les marges de manœuvre à l’export. Les incertitudes liées aux accords avec le Fonds Monétaire International ajoutent un facteur de risque pour la confiance des investisseurs.

Les données confirment une industrie sous pression, mais elles montrent aussi que les revendications des cimentiers ciblent principalement le rétablissement de flux financiers publics et la relance de marchés qui serviraient leurs capacités excédentaires. Les investissements lourds et les pertes récentes constituent des éléments factuels utilisés pour demander l’apurement des créances et la reprise des grands chantiers. Le débat public porte désormais sur l’équilibre entre exigences de bonne gouvernance, contraintes budgétaires et demandes sectorielles qui visent à restaurer des marchés rentables pour les acteurs cimentiers.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Fatimata D.
Mis en ligne : 24/01/2026

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