Avocats cités, secrets divulgués : L’affaire Farba Ngom s’alourdit - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 27/01/2026 03:01:30

Avocats cités, secrets divulgués : L’affaire Farba Ngom s’alourdit

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Le ministre de la Justice, Yassine Fall, a informé la presse que la fouille du 28 décembre 2025 dans la cellule du pavillon spécial a permis de saisir deux téléphones portables détenus frauduleusement par le détenu Farba Ngom. Les appareils auraient servi à des communications transfrontalières avec le Maroc, le Mali, l’Autriche, le Bangladesh et les États-Unis, à des opérations financières et au suivi de chantiers. Le ministre a qualifié ces éléments de « faits graves ».

La réglementation intérieure des établissements pénitentiaires interdit strictement la détention de téléphones dans les cellules, violation qui expose le détenu à des poursuites disciplinaires et pénales. Les autorités ont retracé des flux d’appels, de messages et d’échanges WhatsApp impliquant des personnalités politiques, des journalistes, des avocats et des codétenus. Les chiffres avancés lors du point de presse incluent 65 interactions avec un acteur politique en liberté provisoire, environ 400 appels et échanges WhatsApp, 259 minutes de communication avec l’un des interlocuteurs, ainsi que 275 interactions avec une dirigeante de presse, 60 échanges avec un journaliste en ligne et 158 échanges avec un directeur de publication.

Les faits rapportés combinent communications internationales, transferts d’informations judiciaires confidentielles et diffusion de contenus à caractère pornographique, selon les éléments communiqués par le ministère. Les téléphones auraient servi à la réception et à la diffusion de procès-verbaux judiciaires confidentiels concernant un codétenu sur deux dossiers, ce qui ouvre la voie à des qualifications pénales liées à la violation du secret de l’instruction et à la complicité. Le ministère a aussi évoqué des échanges relatifs à des « manœuvres et complots à caractère politique, susceptibles de troubler l’ordre public », expression qui laisse entendre une portée politique aux conversations interceptées.

Les éléments factuels présentés posent plusieurs problèmes procéduraux et déontologiques. Premièrement, la communication publique de détails chiffrés pendant une enquête active peut compromettre la confidentialité des investigations et la présomption d’innocence. Deuxièmement, l’implication affichée d’avocats et la transmission présumée de documents confidentiels imposent l’intervention du bâtonnier et l’ouverture d’enquêtes disciplinaires, comme annoncé par le ministère. Troisièmement, la mise en scène médiatique de chiffres précis crée un risque d’instrumentalisation politique des informations judiciaires, en fragilisant des adversaires potentiels au lieu de se limiter à des éléments strictement nécessaires pour l’enquête.

Les déclarations ministérielles donnent l’impression que l’information est utilisée à des fins autres que l’avancement impartial de la procédure pénale. La répétition de détails touchant des personnalités publiques et le calendrier de communication publique rapprochent cette affaire de cas où des données judiciaires ont été exposées pour influer sur l’opinion. Comparée à la pratique attendue d’une communication institutionnelle réservée aux actes procéduraux, la divulgation large de contenus et de nombres d’interactions paraît excessive. Comparée à des affaires où les autorités ont limité les communiqués aux seules étapes clés, ici le niveau de détail publiquement diffusé accroît le danger d’instrumentalisation.

Les éléments chiffrés fournis permettent d’établir des pistes concrètes pour des investigations techniques : analyse des logs téléphoniques, expertise des flux financiers évoqués et vérification des transferts de documents judiciaires. L’audition du personnel pénitentiaire et l’examen des procédures de fouille du 28 décembre 2025 constituent des étapes formelles nécessaires. L’intervention du bâtonnier sur les avocats impliqués répond à une obligation professionnelle, tandis que l’ouverture d’enquêtes approfondies correspond à la gravité des faits qualifiés par le ministère.

Les faits rapportés par le ministère décrivent des infractions potentielles sérieuses et des échanges d’une ampleur internationale. En même temps, la manière dont ces informations ont été rendues publiques pose des questions procédurales et éthiques : la diffusion de détails chiffrés pendant une enquête active risque d’influencer l’opinion et de fragiliser des acteurs politiques ou médiatiques impliqués. Les investigations annoncées devront désormais faire la preuve d’une stricte indépendance et d’un respect rigoureux des procédures pour que la justice conserve sa crédibilité.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou Faye.
Mis en ligne : 27/01/2026

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