Quand la détention préventive devient peine : Le cas Ndella Madior Diouf - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Justice | Par Eva | Publié le 28/01/2026 02:01:00

Quand la détention préventive devient peine : Le cas Ndella Madior Diouf

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La détention prolongée de Ndella Madior Diouf, maintenue sans procès rapide, pose une question douloureuse sur l’équilibre entre exigence de justice et respect des droits fondamentaux. La situation donne l’impression d’une punition anticipée, la privation de liberté devenant une sanction avant toute condamnation. L’opinion publique réclame des réponses, mais la justice doit aussi préserver les garanties élémentaires de toute personne mise en cause.

La directrice de la pouponnière est détenue depuis plus de deux ans dans le Camp pénal de Liberté 6 pendant que le calendrier judiciaire s’étire. La procédure concerne seize prévenus et des chefs d’accusation très lourds, allant de la traite de personnes au homicide involontaire, avec des allégations qui ont profondément choqué la société. La polémique a été alimentée par une vidéo virale montrant la souffrance d’un nourrisson, image qui a braqué les regards sur la responsabilité des institutions et des responsables privés.

La détention préventive est conçue pour protéger la procédure et les victimes, mais elle devient punitive lorsque la durée dépasse la raison d’être de la mesure. La justice qui retarde le procès sans calendrier précis transforme le régime de détention en châtiment anticipé pour la personne mise en examen. La présence d’accusés non cités régulièrement et d’audiences ajournées montre que l’appareil judiciaire peine à concilier la célérité et la rigueur procédurale, alors que la liberté reste la règle et la détention l’exception. La persistance de la détention alimente la stigmatisation sociale et fragilise la présomption d’innocence, alors que la société réclame à la fois vérité et équité.

La première faiblesse est procédurale : la convocation irrégulière de témoins et d’accusés entrave le droit à un procès dans un délai raisonnable et nourrit l’impression d’arbitraire. La seconde faiblesse est humaine : la détention prolongée affecte la santé mentale et physique d’une personne, avec un impact sur la capacité à préparer une défense solide. La troisième faiblesse est institutionnelle : la justice perd en légitimité quand la détention préventive devient la règle de fait, comparée à la pratique dans d’autres juridictions où des alternatives à la détention sont privilégiées, comme le contrôle judiciaire ou la liberté sous caution. La comparaison avec des systèmes où la mesure est proportionnée montre qu’il existe des moyens de préserver la sécurité de la procédure sans transformer la détention en peine anticipée.

Maintenir Mme Diouf en détention sans procès rapide révèle le caractère punitif d’une pratique qui devrait rester conservatoire. La détention prolongée interroge le respect des droits fondamentaux élémentaires, y compris le droit à un procès équitable et le droit à la dignité humaine en détention. La société exige que les victimes obtiennent justice, mais la défense des droits de la personne mise en cause ne saurait être sacrifiée sur l’autel de l’émotion publique. La fragilité des convocations et les renvois successifs donnent l’impression d’un double échec : échec de la procédure à avancer et échec de l’État à garantir des droits égaux pour tous.

Des exemples étrangers montrent qu’une mise en accusation longue sans jugement accroit le risque d’erreurs judiciaires et de violations des droits. Des rapports d’organisations juridiques soulignent que la durée moyenne de la détention préventive doit rester strictement limitée et justifiée par des éléments concrets liés au risque de fuite ou de récidive. Les chiffres disponibles sur la récidive et sur l’impact de la détention prolongée invitent à explorer des mesures alternatives et à renforcer les capacités d’instruction afin d’accélérer la tenue des procès.

La posture actuelle, qui maintient Mme Diouf en détention en l’absence d’un procès rapide, fragilise la valeur des garanties judiciaires et transforme la détention préventive en sanction par anticipation. La société mérite des réponses et les victimes méritent réparation, mais la justice gagne à préserver la présomption d’innocence et les droits de la défense. La tenue rapide et régulière du procès reste la meilleure façon de combiner exigence de vérité et respect des principes fondamentaux.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba Fall.
Mis en ligne : 28/01/202
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