Football africain : Le cirque des serviettes masque de vrais scandales - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Sport | Par Eva | Publié le 29/01/2026 07:01:50

Football africain : Le cirque des serviettes masque de vrais scandales

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La finale de la CAN 2025 entre le Sénégal et le Maroc a été marquée par une scène où des joueurs et des ramasseurs de balle marocains ont tenté d’empêcher Édouard Mendy d’accéder à sa serviette avant la séance de tirs au but, une semaine avant la nouvelle affaire à Casablanca où des stadiers ont voulu s’emparer des serviettes d’un club congolais lors d’un match de la Coupe de la CAF. Ismael Saibari a présenté des excuses publiques après l’incident initial.

Je refuse de laisser ces images anodines occuper la place que les vrais scandales devraient tenir. J’ai vu les réseaux sociaux s’enflammer pour une serviette comme si le football africain venait d’être sauvé d’une crise morale. Le sensationnel a pris le pas sur l’essentiel, et cette serviette est devenue un chiffon rouge agité par des médias en quête d’audience facile.

L’épisode a été relayé par des supporters algériens qui l’ont transformé en moquerie collective, puis reproduit dans un stade marocain quelques jours plus tard, alimentant un buzz qui dépasse le terrain et qui détourne l’attention des sujets structurels du football africain.

Je veux être cru: le cirque autour des serviettes révèle surtout la paresse journalistique. Les caméras ont braqué leurs lumières sur une scène symbolique et comique, mais elles ont oublié d’interroger les comptes, les marchés de transferts, les décisions d’attribution d’organisations et les liens entre dirigeants et entreprises. Le public obtient du chaud et du croustillant, le lecteur clique, et le journaliste range son carnet d’enquête. Ce comportement ressemble à un réflexe pavlovien: diffuser le buzz plutôt que fouiller la corruption.

Regardons les faits froidement. Les clubs et les fédérations africaines gèrent des sommes considérables en transfert et en droits télévisés. Des irrégularités ont été dénoncées à répétition par des acteurs locaux et des rapports d’audit anonymes. Pourtant les titres s’empressent de relater la serviette conquise ou volée, et non pas de publier une longue enquête sur des marchés opaques où se côtoient agents influents, instances complices et contrats obscurs. Les scandales de transfert sont souvent plus discrets que cette serviette bruyante, et pour cause: ils demandent du temps, du recoupement, des sources protégées, et du courage éditorial.

Je compare ce phénomène au feuilleton télévisé qui remplace le documentaire d’investigation. Le premier divertit, le second dérange. J’ajoute une autre comparaison: c’est comme préférer une caricature à un portrait approfondi. Les médias préfèrent la caricature, parce qu’elle se consomme vite et qu’elle garantit des clics immédiats. Le problème est politique et économique: le modèle de revenus de la presse aujourd’hui récompense le tapage et pénalise l’enquête longue.

Les conséquences sont réelles. Quand l’attention publique est détournée vers des histoires de serviettes, les réseaux de corruption continuent dans l’ombre. Les sponsors négocient derrière des portes closes, des marchés publics liés au sport restent opaques, et des clubs subissent des pressions sans que la lumière soit faite. Le spectacle conforte une impunité confortable. Les supporters, bien sûr, aiment la moquerie et la scène virale, mais ils méritent mieux: la vérité sur les flux d’argent et sur les décisions qui structurent leur football.

Je soutiens que la responsabilité est partagée. Les rédactions cèdent trop souvent à la logique du buzz, les responsables politiques utilisent le divertissement médiatique pour éviter les questions difficiles, et le public se laisse happer par l’immédiateté émotionnelle. Pour renverser la tendance, il faudrait des rédactions prêtes à investir dans des enquêtes longues, des journalistes protégés et des financements indépendants qui tolèrent l’absence de retour immédiat. Sans cela, la serviette restera l’icône d’un journalisme en pré-retraite.

Des enquêtes récentes réalisées à bas bruit ont pourtant montré des schémas récurrents: commissions occultes dans des transferts, marchés d’équipement attribués sans appel d’offres compétitif et liens financiers entre dirigeants de clubs et sociétés de gestion. Ces révélations sont rarement reprises par les pages sportives qui préfèrent la polémique instantanée. Je trouve cela indigne du rôle social que doit tenir la presse.

Je refuse de banaliser la bêtise virale. La serviette n’est pas le problème, elle est le symptôme. Tant que les médias continueront à choisir la surchauffe émotionnelle plutôt que l’enquête patiente, les vraies affaires de corruption continueront de prospérer hors-cadre, invisibles au grand public. Je demande des journalistes qui résistent au chant des clics, des rédactions qui investissent dans le temps long, et des lecteurs qui exigent plus que des images piquantes; sans ce renversement, le football africain restera pris entre les feux d’artifice et l’opacité.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Tapha Ba.
Mis en ligne : 29/01/202
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