Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Le 24 janvier, des soldats ont pénétré dans la maison de Robert Kyagulanyi Ssentamu, dit Bobi Wine, à Kampala, et son épouse Barbara Kyagulanyi a été hospitalisée après avoir signalé des violences. Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée et fils du président Yoweri Museveni, a nié que ses soldats aient frappé la femme, tandis que l’opposition affirme l’inverse et dénonce une persécution politique. Ces événements interviennent le jour des 40 ans de pouvoir de Museveni et après une répression accrue autour des élections de janvier 2026.
Je refuse de me contenter d’un duel de communiqués qui parfume l’autoritarisme en démocratie. J’estime que la scène décrite ne relève pas d’un incident isolé mais d’un système qui use de la force pour clore la contestation. Quand la maison d’un opposant devient scène d’intimidation et que sa compagne finit à l’hôpital, les institutions perdent la parole qu’elles prétendent détenir.
Les tensions ont monté depuis l’annonce d’un score officiel à 71 % en faveur du président, des arrestations massives et des raids autour des domiciles d’opposants. La Plateforme de l’unité nationale affirme être ciblée par un appareil d’État qui opère hors de tout contrôle judiciaire.
Je pense que la violence exercée contre des proches d’opposants est une stratégie politique efficace parce qu’elle détruit les espaces de sécurité et oblige à la clandestinité. Le pouvoir montre ainsi qu’il possède la latitude d’interrompre la vie privée, de fouiller les téléphones et de mettre à genoux ceux qui contestent. Cette logique transforme l’élection en simple rituel : des urnes consultées pendant que les adversaires sont matraqués ou muselés. Comment regarder les résultats comme légitimes quand la compétition se déroule sous la menace permanente d’une intervention armée ?
La criminalisation de l’opposition casse le contrat moral entre gouvernants et gouvernés. Un pouvoir qui réprime ses adversaires remet en cause la sincérité du suffrage et la liberté d’expression nécessaire à toute élection crédible. Je compare ce visage de l’État à celui de régimes qui ont longtemps maquillé leur autorité avec des résultats électoraux ; l’Ouganda ressemble parfois à un théâtre où les applaudissements sont forcés, comme cela a été le cas sous le long règne de Robert Mugabe, et à un mécanisme moderne de surveillance digne d’États qui croient pouvoir subordonner la loi à la famille du pouvoir.
La communication officielle multiplie les contradictions. D’un côté, une annonce publique prétend qu’on ne recherche pas l’opposant, et de l’autre côté, une opération nocturne s’acharne contre son foyer. Ces invraisemblances sapent la confiance et nourrissent l’hypothèse d’une instrumentalisation de l’outil militaire. Quand le chef de l’armée publie qu’il « ne frappe pas les femmes », cette phrase devient plus qu’une défense : elle sert à masquer un continuum d’intimidations. Je trouve glaçant que la rhétorique officielle se contente de réfutations sans enquêtes indépendantes.
La destruction de la légitimité électorale provient aussi du message envoyé aux citoyens : voter n’est pas un acte protégé, c’est un risque. La peur transforme l’électorat ; elle réduit la participation libre, elle incite au silence, et elle invalide la compétition démocratique sur le plan moral. Les chiffres officiels, même s’ils sont arithmétiquement cohérents, n’acquièrent pas la valeur politique que confère la reconnaissance populaire et la liberté de choix. Une élection sans adversaires libres revient à nommer un souverain sans interrogations.
J’ajoute un point de preuve concret : les milliers d’arrestations rapportées et les témoignages d’agressions physiques dressent un panorama qui ne colle pas avec la façade d’une procédure électorale normale. Les démocraties ne se contentent pas de publier des résultats, elles acceptent l’examen public et les enquêtes indépendantes. L’absence de telles mécanismes dans ce cas précis creuse le doute sur la validité du pouvoir qui se proclame victorieux.
Je défends l’idée que la répression systémique annihile la légitimité électorale de manière cumulative. Chaque acte de violence, chaque raid nocturne, chaque mensonge officiel ajoutent une brique au mur de scepticisme qui entoure le régime. Les institutions judiciaires et médiatiques, quand elles sont comprimées, ne peuvent pas corriger ces biais. L’éradication de la contestation politique ne prouve pas la volonté populaire, elle révèle la peur du pouvoir face à la perte potentielle de contrôle.
Les indices internationaux importent : observateurs indépendants, rapports sur les droits humains et analyses électorales convergent souvent pour qualifier de problématiques les scrutins qui se déroulent dans un climat de violence. Je ne propose pas une fiction ; je rappelle que la répétition de raids, d’arrestations et d’atteintes aux libertés civiques est une alerte rouge pour la validité d’un résultat électoral.
Je crois que le pouvoir en place a perdu la boussole de la légitimité. Les chiffres proclamés ne remplacent pas le consentement libre des citoyens quand la dissidence est frappée, intimidée ou chassée. La question à poser n’est pas seulement celle de la victoire électorale, mais celle de la compétence morale à gouverner quand l’autorité recourt aux méthodes de l’intimidation familiale et de la violence d’État. Tant que les actes de répression resteront impunis et que les enquêtes indépendantes seront absentes, l’idée d’un mandat véritable restera une coquille vide.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Omar Mané.
Mis en ligne : 30/01/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





