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Le rappeur Booba, de son vrai nom Élie Yaffa, a été mis en examen pour harcèlement moral en ligne le jeudi 17 octobre à Paris, pour des faits visant Demdem, la compagne du rappeur Gims, et s’étendant depuis août 2022. La plainte déposée en août 2024 évoque des propos en ligne et lors de concerts, la plaignante ayant reçu dix jours d’incapacité de travail.
Je refuse de lire cette affaire comme un simple duel entre deux vedettes du rap. Je vois un symptôme: des plateformes qui laissent proliférer insultes, menaces et humiliations quand la victime n’a pas la taille médiatique suffisante pour faire plier l’agresseur. Les comptes influents agissent comme des canons d’amplification, et les réseaux sociaux regardent trop souvent ailleurs.
La mise en examen s’ajoute à d’autres procédures engagées contre le même artiste depuis 2023, incluant des plaintes pour harcèlement et pour injures racistes, et la justice a ordonné l’interdiction de tout contact entre l’accusé et la plaignante.
Je suis en colère contre les plateformes qui prétendent être des espaces de libre expression et qui deviennent des plateformes de harcèlement organisé. Quand un compte bénéficie d’un large public, chaque message haineux se transforme en meute. J’observe deux comportements coupables: d’un côté, les célébrités qui instrumentalisent leur audience pour écraser des personnes; de l’autre, les plateformes qui tolèrent ces débordements parce que l’audience rapporte de l’argent. Cette complaisance n’est pas neutre. C’est une décision économique et politique.
Les réseaux sociaux ont des outils de modération, des algorithmes de recommandation et des équipes de sécurité. Pourtant, les contenus visant des personnes précises, les campagnes d’insultes et les appels à la haine circulent encore. Quand un utilisateur ordinaire subit ce traitement, il se retrouve isolé et vulnérable. Quand la cible est une figure publique qui porte plainte, on découvre l’ampleur du phénomène seulement en surface. La justice peut frapper, mais elle n’est pas armée pour remplacer une modération préventive et responsable.
Premièrement, la modération réactive ne suffit pas. Les plateformes doivent investir dans la prévention: identifier les comptes qui instrumentaliser la violence verbale et limiter immédiatement leur portée. Deuxièmement, il faut cesser de monétiser la nuisance. Les algorithmes qui favorisent l’engagement propulsent les contenus agressifs parce qu’ils suscitent réactions et clics. Si l’économie du clic prime sur la sécurité des personnes, la balance est brisée. Troisièmement, la transparence doit être imposée: signaler n’est pas suffisant si les utilisateurs ne savent pas comment leurs signalements sont traités et si les décisions restent opaques.
Je vois des comparaisons utiles: tolérer les harceleurs influents sur une plateforme revient à laisser un groupe de supporters violents dans un stade sans contrôle, et attendre ensuite que la police intervienne. Autre comparaison: c’est comme installer des caméras de surveillance et oublier de nommer des opérateurs pour regarder les images. Dans les deux cas, la responsabilité de l’organisateur est engagée.
Des études montrent que l’exposition prolongée aux attaques en ligne a des conséquences psychologiques graves et coûteuses pour la santé publique. Des pays ont commencé à légiférer pour imposer des obligations de diligence aux plateformes, et les premières amendes ont amené des changements, parfois timides. Les exemples étrangers démontrent que des sanctions financières combinées à des exigences de transparence sur la modération réduisent la circulation des contenus haineux. Il n’est pas question d’étouffer la parole critique, mais bien de stopper l’architecture qui transforme la critique en persécution.
Je maintiens que les réseaux sociaux doivent assumer leur part de responsabilité en modérant mieux les propos haineux et en empêchant que des comptes influents propagent le harcèlement impunément. Ils ont les moyens techniques et les revenus pour agir. Qu’ils modifient leurs algorithmes, qu’ils limitent la viralité des comptes récidivistes et qu’ils publient des rapports clairs sur leurs décisions. Sans cela, la justice restera le filet de secours lent et imparfait d’une société qui tolère l’agression numérique jusque quand une affaire devient médiatique.
Je ne demande pas la censure aveugle mais la mise en place de règles concrètes et de responsabilités effectives. Les plateformes ne sont pas des terrains neutres: elles sculptent le débat public et peuvent amplifier la cruauté. Si elles refusent de changer, elles participeront à banaliser la violence verbale et à exposer des vies au besoin constant de se défendre devant un tribunal. Je veux croire que la technologie peut protéger au lieu de nuire; aujourd’hui, elle montre surtout qu’elle préfère les profits à la dignité humaine.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Alpha Sarr.
Mis en ligne : 30/01/2026
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