Halba Diouf vs FFA : Quand le sport français oublie ses valeurs d’inclusion - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Sport | Par Eva | Publié le 31/01/2026 11:01:30

Halba Diouf vs FFA : Quand le sport français oublie ses valeurs d’inclusion

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Le 28 janvier 2026, le tribunal correctionnel de Paris rendra son verdict dans l’affaire opposant Halba Diouf, sprinteuse transgenre, à la Fédération française d’athlétisme (FFA). Accusée par l’athlète de discrimination fondée sur son identité de genre et de harcèlement moral, la FFA nie en bloc. Pourtant, les faits sont accablants : depuis février 2023, Halba Diouf, licenciée dans un club provençal, est bannie des compétitions féminines régionales et nationales. Son tort ? Être une femme transgenre. « On ne m’autorise pas à courir parce que je suis une femme transgenre », a-t-elle déclaré à la barre le 17 décembre 2025, lors d’une audience qualifiée de « surréaliste » par son avocat.

Ce procès dépasse le cadre sportif : il révèle une discrimination institutionnelle, une justice encore mal préparée aux enjeux de genre, et une fédération qui, sous couvert d’équité, nie l’identité et les droits d’une athlète.

En France, la loi est claire : l’identité de genre est protégée, et toute discrimination à son égard est interdite, y compris dans le sport. Le Code du sport stipule que « la loi favorise un égal accès aux activités physiques et sportives, sans discrimination fondée sur le sexe, l’identité de genre, l’orientation sexuelle […] ». Pourtant, la FFA a choisi d’ignorer ce principe, en excluant Halba Diouf non pour ses performances, mais pour ce qu’elle est. Cette décision s’inscrit dans une tendance plus large : depuis 2023, la fédération internationale d’athlétisme (World Athletics) exclut systématiquement les femmes transgenres des compétitions féminines, arguant d’un prétendu « avantage compétitif » jamais clairement démontré.

L’argument principal de la FFA repose sur l’idée que les femmes transgenres conserveraient un avantage physique après leur transition. Pourtant, les études scientifiques sont loin de faire consensus. Plusieurs méta-analyses récentes soulignent l’absence de preuve solide d’un avantage systématique après suppression de la testostérone, surtout au niveau régional ou national. Pire, certaines recherches montrent que les athlètes transgenres, après transition, voient leurs performances se rapprocher de celles des femmes cisgenres. En réalité, les règles actuelles semblent davantage motivées par la peur du changement que par des données objectives.

En excluant Halba Diouf sur la base de son identité de genre, la FFA contrevient à l’article 225-1 du Code pénal, qui interdit toute distinction fondée sur ce critère. Le Défenseur des droits rappelle que « la discrimination relative à l’identité de genre a lieu lorsqu’une personne est traitée moins favorablement en raison de son genre, réel ou supposé ». Or, c’est exactement ce qui s’est produit. Alors que la France se targue de promouvoir l’inclusion des personnes LGBT+ dans le sport, la FFA adopte une position rétrograde, alignée sur les fédérations les plus conservatrices. À l’inverse, des pays comme le Canada ou la Nouvelle-Zélande ont choisi des politiques plus nuancées, évaluant les cas au cas par cas plutôt qu’en appliquant des exclusions automatiques.

L’audience du 17 décembre 2025 a été marquée par des échanges tendus et un manque manifeste de sensibilité de la part de la justice. Comme l’a souligné l’avocat d’Halba Diouf, « même au cœur d’une juridiction pénale française de haut niveau, il y a des messages sociétaux qui ne sont pas encore passés ». Ce manque de formation des magistrats sur les questions de genre aggrave l’injustice subie par les personnes transgenres. Si la FFA est relaxée, quel signal sera envoyé aux autres fédérations ? Celui qu’il est possible d’exclure des athlètes sur la base de leur identité, sans preuve tangible, et en toute impunité.

Contrairement à la France, certaines fédérations sportives ont choisi une voie plus équilibrée. En surf, par exemple, les athlètes transgenres sont autorisées à concourir sous conditions, sans exclusion systématique. Même le Comité international olympique (CIO), bien que prudent, encourage les fédérations à éviter les discriminations et à privilégier des critères fondés sur des preuves scientifiques. Ces exemples montrent qu’une autre voie est possible, conciliant équité et inclusion.

L’affaire Halba Diouf est un test pour le sport français. Soit il confirme son attachement aux valeurs d’égalité et de non-discrimination, soit il valide une logique d’exclusion fondée sur des préjugés. En interdisant à une athlète de courir « parce qu’elle est une femme transgenre », la FFA a déjà choisi son camp. Il est temps que la justice, elle, rappelle que le droit prime sur les peurs.

Le verdict du 28 janvier sera scruté bien au-delà des frontières du sport. Il dira si la France est prête à garantir à toutes et tous le droit de pratiquer une activité sportive, sans distinction d’identité ou de genre. Pour Halba Diouf, comme pour toutes les sportives transgenres, l’enjeu est simple : le droit d’exister, sur la piste comme ailleurs.

Et vous, pensez-vous que le sport doive être un espace d’inclusion absolue, ou que certaines restrictions sont nécessaires pour garantir l’équité ? Le débat reste ouvert, mais une chose est sûre : l’exclusion ne peut être la solution.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Papa Ndiaye.
Mis en ligne : 31/01/2026

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