Affaire Doudou Wade-Pape Ngagne : Thierno Alassane Sall tranche à sa manière - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 03/02/2026 07:02:00

Affaire Doudou Wade-Pape Ngagne : Thierno Alassane Sall tranche à sa manière

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La récente intervention de Thierno Alassane Sall, député et président de la République des Valeurs (RV), à la suite de la convocation de Doudou Wade et du journaliste Pape Ngagne Ndiaye, mérite une analyse critique. Si l’ancien ministre dénonce une « dérive dangereuse » et une application sélective de la loi, son argumentaire révèle davantage une stratégie de positionnement politique qu’une défense objective de la justice. En qualifiant Doudou Wade d’« homme d’ouverture, cultivé » et en minimisant les propos tenus lors de l’émission « Faram Facce », Sall semble moins préoccupé par l’équité judiciaire que par la protection d’une certaine élite politique.

Doudou Wade et Pape Ngagne Ndiaye ont été convoqués par la Sûreté urbaine pour des propos jugés offensants envers le Chef de l’État et susceptibles de compromettre la sécurité publique. Wade, responsable politique du PDS, a comparé l’actuel président à un « conducteur de moto Jakarta », une métaphore dépréciative et provocatrice, tandis que Ndiaye, en tant qu’animateur, a relayé ces déclarations sans distance critique. Pourtant, Thierno Alassane Sall présente Wade comme une « vigie républicaine » et Ndiaye comme un simple journaliste exercant son droit à l’information, omettant volontairement le contexte et la gravité des propos incriminés.

Sall utilise deux arguments principaux : l’argument d’autorité (la sagesse et l’expérience de Wade) et l’accusation de deux poids, deux mesures. Pourtant, il esquive la question centrale : la loi doit-elle s’appliquer différemment selon le statut ou l’âge des individus ? En invoquant la liberté d’expression pour Ndiaye, il ignore que cette liberté a des limites, notamment lorsqu’elle menace l’ordre public ou la dignité des institutions. Par ailleurs, en affirmant que les « véritables insurrectionnistes » sont connus, il se livre à une généralité qui frise la calomnie, sans preuve ni précision.

Décrire Wade comme un « homme d’ouverture » ne suffit pas à justifier l’impunité. Son parcours politique, marqué par des controverses (tentative de troisième mandat, propos polémiques), montre qu’il n’est pas au-dessus des lois.

Pape Ngagne Ndiaye a été libéré après audition, mais reste sous le coup d’une procédure pour complicité d’offense au Chef de l’État. La justice sénégalaise, souvent critiquée pour son manque d’indépendance, ne peut être jugée sur un seul cas, surtout lorsque les faits sont avérés.

Sall omet de mentionner que d’autres figures politiques ou médiatiques, proches du pouvoir ou de l’opposition, ont également fait l’objet de poursuites pour des propos similaires. Le Sénégal, malgré ses progrès, reste confronté à des défis en matière de liberté de la presse et d’égalité devant la loi, mais cela ne légitime pas l’impunité.

Dans d’autres démocraties africaines, des responsables politiques et des journalistes ont été poursuivis pour des propos jugés séditieux ou diffamatoires. Au Nigeria, au Ghana ou en Côte d’Ivoire, la justice intervient régulièrement pour sanctionner les excès verbaux, sans que cela soit systématiquement interprété comme de l’arbitraire. La différence réside souvent dans la transparence des procédures et la proportionnalité des sanctions.

Thierno Alassane Sall, en défendant Wade et Ndiaye, semble moins soucieux de justice que de servir une narrative politique. Son discours, bien que poli, relève davantage de la rhétorique que de l’analyse rigoureuse. La vraie question n’est pas de savoir si la loi est sélective, mais si elle s’applique à tous, sans distinction de statut ou d’appartenance politique. En l’état, ses déclarations renforcent l’idée d’une justice à géométrie variable, mais pas celle d’une justice impartiale.

Ne faudrait-il pas exiger de nos responsables politiques une plus grande rigueur dans l’analyse des faits, plutôt que des prises de position guidées par des calculs partisans ?

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Lamine Faye.
Mis en ligne : 03/02/202
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