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Le 28 janvier à Dakar, les avocats de Mame Mbaye Niang ont déposé plainte auprès du Parquet contre le ministre des Finances, la ministre de la Justice et le Premier ministre pour faux, usage de faux et tentative d’escroquerie au jugement. En janvier 2024, Ousmane Sonko avait été condamné définitivement par la Cour suprême pour diffamation et déclaré inéligible à la présidentielle après ses accusations de détournement contre Mame Mbaye Niang. Un an plus tard, Sonko a lancé une procédure de révision fondée sur un rapport de l’Inspection générale des finances qu’il aurait découvert à son entrée à la primature.
Je refuse l’idée qu’une révision basée sur un document douteux puisse devenir un précèdent tolérable. J’ai vu trop de jugements fragilisés par des manipulations pour accepter qu’on ouvre la porte à des faux qui sapent la confiance dans la justice. L’espérance de vérité ne doit pas servir de cheval de Troie à des manœuvres capables de renverser une décision juridiquement établie.
La procédure de révision est rare au Sénégal et suppose normalement la révélation d’une pièce inconnue au procès initial. La défense de Sonko soutient que le rapport de l’IGF prouverait l’absence de diffamation.
La question centrale n’est pas seulement juridique, elle est civique: quel message envoie-t-on lorsque la révision peut s’activer au gré de trouvailles tardives, non vérifiées, ou fabriquées? Si la justice devient sujet d’opportunités politiques, la stabilité de l’État de droit vacille. Je vois trois risques concrets. Le premier est l’affaiblissement de l’autorité judiciaire: quand une décision définitive peut être mise en cause par une pièce désormais brandie, le caractère irrévocable du jugement perd sa force dissuasive. Le deuxième est la prolifération de faux: la tentation d’inventer ou d’altérer des documents augmente quand l’enjeu politique est élevé. Le troisième est la dérive procédurale: la loi se prête à des interprétations larges si l’on accepte que toute nouvelle pièce, même douteuse, ouvre la révision.
D’abord, la valeur probante d’un document nouvellement présenté doit être examinée avec une rigueur qui dépasse la passion politique. Les avocats de Mame Mbaye Niang qualifient le rapport d’« immonde » et affirment qu’il est fabriqué pour la cause. Ces mots sont durs mais ils expriment une inquiétude légitime: accepter aveuglément un document susceptible d’être instrumentalisé, c’est fragiliser la procédure qui garantit l’égalité devant la loi. Ensuite, la rapidité des enjeux électoraux peut encourager des actions précipitées: la comparaison avec d’autres pays où des révisions ont servi d’armes politiques suffit à faire frémir. J’en vois une analogue avec des situations où les cours, sous pression, ont rouvert des dossiers sur la base d’éléments insuffisants, provoquant des seconds procès et un sentiment d’injustice dans l’opinion publique. Une autre comparaison me vient à l’esprit: la confiance publique fonctionne comme un contrat social; si ce contrat se fait perforer par des documents contestables, la désaffection envers les institutions grandit.
La réforme ou l’emploi prudent de la révision exige des garde-fous précis: expertise indépendante, vérification contradictoire, et sanctions claires en cas de faux. Sans cela, la procédure sert d’outil de déstabilisation. Je crois que la situation actuelle illustre un danger plus large: celle d’une justice qui bascule du côté des batailles de communication plutôt que du côté du droit. Quand la frontière entre vérité judiciaire et stratégie politique devient floue, la société paie la facture. Le rapport allégué doit être soumis à des examens techniques et publics avant de fonder une révision. Refuser cette exigence reviendrait à accepter que l’on compare la justice à une balance dont on changerait les poids au gré des intérêts.
Les textes sénégalais prévoyant la révision s’inspirent de principes partagés par de nombreuses juridictions: la pièce nouvelle doit être ignorée des juges et avoir une capacité probante sérieuse. Des précédents africains montrent qu’une application laxiste entraîne une inflation de recours improductifs. Les tribunaux internationaux ont rappelé que la confiance dans les décisions repose autant sur la procédure que sur le fond. Ces références ne sont pas des abstractions: elles dessinent un chemin concret pour éviter que la justice devienne une arène de faux-semblants.
Je refuse la banalisation d’une voie procédurale qui peut transformer un instrument de réparation en une arme de déstabilisation. La révision, quand elle est légitime, répare des erreurs; quand elle se fonde sur des pièces contestables, elle ouvre la boîte de Pandore des faux et des remises en cause irréfléchies. J’appuie la demande d’expertise indépendante et j’appelle à préserver l’autorité des jugements définitifs pour que la justice reste un refuge et non une proie. Si la société accepte que la vérité judiciaire se négocie comme une marchandise, elle perdra plus que des procès: elle perdra sa confiance.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ousmane Diop.
Mis en ligne : 03/02/2026
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