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L’affaire de l’immeuble de M. Dramé à Guédiawaye, récemment jugée par le tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye, est révélatrice des dangers d’une succession mal organisée et de la confiance aveugle accordée à un proche. La condamnation de sa nièce, A. Samaké, pour abus de confiance après avoir continué à percevoir les loyers de l’immeuble familial pendant vingt mois suivant le décès de son oncle, illustre les risques financiers et familiaux encourus en l’absence de directives claires et de protection juridique du patrimoine post-mortem.
Cette situation, loin d’être isolée, rappelle l’importance cruciale de prévoir légalement la gestion d’un héritage, surtout dans un contexte où les conflits familiaux et les révélations inattendues (comme l’existence d’un enfant caché) peuvent aggraver les tensions et diviser les héritiers.
Au Sénégal, comme dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest, les successions sont souvent sources de litiges, notamment en raison de la coexistence entre droit moderne et droit coutumier ou religieux. Le Code de la famille sénégalais prévoit deux régimes successoraux : l’un inspiré du droit musulman, l’autre du droit moderne, proche du droit français. Pourtant, malgré ces cadres juridiques, les conflits persistent, souvent alimentés par des interprétations divergentes des volontés du défunt, des rivalités familiales, ou une méconnaissance des procédures légales. Dans le cas de M. Dramé, la nièce a invoqué sa bonne foi et l’ignorance de la loi, mais le juge a rappelé que « le mandat prend fin avec la mort du mandant » et qu’aucune procuration ne l’autorisait à gérer les biens après le décès. Cette affaire met en lumière un problème récurrent : l’absence de testament ou de directives écrites expose les familles à des interprétations subjectives et à des abus, comme le vidage du compte bancaire du défunt par deux sœurs, résolu in extremis par une médiation pénale.
L’affaire de Guédiawaye révèle plusieurs failles : d’abord, la vulnérabilité des patrimoines familiaux face à l’improvisation et à la confiance excessive en un seul membre de la famille. Ensuite, l’insuffisance des mécanismes de prévention, malgré l’existence de procédures comme le certificat d’hérédité ou le testament, rarement utilisés à temps. Enfin, la lenteur et la complexité des recours judiciaires, qui poussent souvent les parties à des arrangements informels, parfois inéquitables. Les dommages et intérêts versés par A. Samaké (quatre millions de francs CFA) ne compensent pas toujours les préjudices subis, ni les fractures familiales créées.
Pour éviter de tels drames, plusieurs mesures s’imposent. D’abord, la rédaction d’un testament clair, reconnu par un notaire, permet de désigner explicitement les héritiers et les modalités de gestion des biens. Ensuite, l’inventaire systématique du patrimoine et la désignation d’un administrateur temporaire, en attendant le partage officiel, limitent les risques de détournement. Enfin, le recours à la médiation familiale, avant que les tensions ne dégénèrent en procès, peut préserver l’unité familiale et le patrimoine. Des exemples dans d’autres pays africains, comme le Bénin ou le Mali, montrent que les réformes juridiques et la sensibilisation des familles réduisent les conflits successoraux.
En Afrique de l’Ouest, les successions mal gérées sont fréquentes, souvent en raison de l’absence de planification ou de la prégnance des coutumes sur le droit écrit. Au Bénin, par exemple, les réformes du Code de la famille ont permis de clarifier les règles, mais leur application reste inégale. Au Sénégal, malgré des outils juridiques adaptés, leur utilisation reste limitée, notamment en milieu rural ou parmi les émigrés, comme M. Dramé, qui pensent souvent que la confiance familiale suffira. Pourtant, les cas de détournement ou de contestation d’héritage sont légion, et les tribunaux sont régulièrement saisis pour des litiges qui auraient pu être évités.
L’affaire de Guédiawaye est un rappel douloureux : sans anticipation et sans cadre juridique solide, une succession peut devenir un champ de bataille. La condamnation de A. Samaké, bien que symbolique, ne résout pas le problème de fond. Il est urgent de promouvoir une culture de la prévention, en encourageant les familles à recourir aux outils légaux disponibles et à privilégier la transparence. La protection du patrimoine familial ne repose pas sur la confiance aveugle, mais sur des actes concrets : testament, inventaire, médiation. Seule une approche proactive peut éviter que d’autres familles ne vivent le même cauchemar.
En définitive, cette affaire doit servir d’avertissement : une succession bien organisée est un héritage de paix. À défaut, ce sont les tribunaux qui trancheront, souvent au détriment de l’unité familiale et de la justice.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Samba Ba.
Mis en ligne : 03/02/2026
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