Crise pétrolière en vue ? : Le bras de fer État‑pétroliers s’intensifie - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 05/02/2026 07:02:00

Crise pétrolière en vue ? : Le bras de fer État‑pétroliers s’intensifie

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Le gouvernement sénégalais, par l’intermédiaire de la Commission de régulation du secteur de l’énergie (Crse), a lancé des mises en demeure à l’encontre des sociétés pétrolières et menace d’émettre des Avis à Tiers Détenteur pour recouvrer une redevance de 0,2 FCFA par litre. Ameth Guissé, président de l’Association Sénégalaise des Pétroliers (ASP) et directeur général de MAACK Petroleum, a dénoncé cette mesure comme susceptible de bloquer les comptes des distributeurs au Sénégal ces dernières semaines.

L’affrontement oppose donc l’État, qui réclame l’application d’un décret fiscal, et les distributeurs qui refusent le mode de collecte. La tension intervient alors que les marges du secteur restent historiquement comprimées et que les prix sont réglementés, accroissant la fragilité financière des acteurs.

La contestation porte moins sur le principe de la redevance que sur sa méthode d’intégration dans les prix et sur les délais de remboursement de dispositifs publics tels que la caisse de péréquation.

La procédure annoncée présente plusieurs risques économiques concrets et mesurables pour le circuit distributif et pour l’approvisionnement national en carburants. D’abord, l’émission d’Avis à Tiers Détenteur autoriserait le blocage immédiat de comptes bancaires, ce qui diminuerait la trésorerie disponible des distributeurs et réduirait leur capacité à honorer les paiements d’importation de produits pétroliers. Les délais d’approvisionnement internationaux exigent des paiements rapides aux fournisseurs étrangers; une interruption de flux de trésorerie expose les importateurs à des refus de livraison ou à des coûts financiers supplémentaires.

Ensuite, les distributeurs signalent des retards supérieurs à six mois pour les remboursements de la caisse de péréquation, situation qui a déjà conduit à un endettement massif des sociétés et à l’appel à des lignes de crédit coûteuses. La combinaison d’un prélèvement exigé sans mécanisme de répercussion officielle et d’arriérés de compensation crée un double choc de liquidité.

Troisièmement, l’encadrement réglementaire des prix limite la possibilité pour les distributeurs de répercuter une taxe de 0,2 FCFA par litre sans sortir des marges opérationnelles. Les acteurs proposent d’ailleurs d’intégrer la redevance dans la structure des prix ou dans le Prix du pétrole importé (PPI), à l’image du fonds de soutien FSIPP, pour formaliser la collecte et éviter des ponctions directes sur des marges déjà réduites. Cette alternative, si elle était adoptée, réduirait le risque d’événements de trésorerie catastrophiques.

La première conséquence plausible d’une action coercitive serait une contraction des volumes importés par des distributeurs incapables de mobiliser des liquidités, ce qui ferait peser un risque sur la continuité de l’approvisionnement national. Une comparaison avec des marchés où des mesures de saisie bancaire ont été appliquées montre que les livraisons peuvent être retardées de plusieurs semaines faute de paiement immédiat. La deuxième conséquence se mesure en coût du financement: l’endettement forcé pour compenser des retenues serait répercuté sur la solvabilité des entreprises et sur le coût final des carburants à moyen terme, même si les prix restent administrés. Enfin, la remise en cause de l’efficience de la Crse par l’ASP et la préférence exprimée pour l’ancien Comité National des Hydrocarbures (CNH) soulignent un problème de gouvernance et d’efficacité administrative susceptible d’aggraver les retards de remboursement et les frictions de trésorerie.

Cet affrontement expose donc un risque systémique de perturbation du marché intérieur de carburants: des saisies de comptes combinées à des marges faibles et à des remboursements publics tardifs forment un cocktail propice aux ruptures d’approvisionnement et à des faillites localisées parmi les distributeurs. La logique de recouvrement appliquée sans mécanisme de compensation ni adaptation de la structure des prix accroît la probabilité d’incidents logistiques et financiers.

Des éléments comparatifs montrent que, dans des pays ayant institué des prélèvements similaires sans mécanismes de répartition clairs, les importateurs ont dû réduire les rotations de navires et recourir à des crédits commerciaux plus chers, entraînant des hausses tarifaires différées. L’intégration dans le PPI ou dans un fonds dédié reste une solution factuelle pour sécuriser la trésorerie tout en assurant la perception de la redevance.

Le bras de fer entre l’État et les pétroliers met en lumière des risques économiques mesurables: blocage de comptes, compression des marges, endettement accru et menace sur la continuité des livraisons de carburant. Les propositions des distributeurs visant à inscrire la redevance dans la structure des prix ou dans le PPI visent à éviter ces effets secondaires. Sans ajustement administratif et financier, la mise en œuvre forcée des recouvrements pourrait fragiliser durablement des acteurs essentiels à l’approvisionnement énergétique du pays.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Massar C.
Mis en ligne : 05/02/2026

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