Riz local ou riz parfumé : Le dilemme dans l’assiette sénégalaise - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 06/02/2026 03:02:40

Riz local ou riz parfumé : Le dilemme dans l’assiette sénégalaise

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Le ministre de l’Industrie et du Commerce, Serigne Gueye Diop, a demandé aux importateurs de riz d’acheter d’abord le riz de la Vallée avant d’autoriser de nouvelles importations, après la suspension des déclarations d’importation de produits alimentaires, mesure prise fin 2025 au Sénégal pour écouler le stock national. La décision vise à soutenir les producteurs locaux confrontés à des invendus et à réduire l’entrée massive de riz asiatique.

Le riz reste l’aliment de base des ménages sénégalais; les importations ont atteint environ 1,387 million de tonnes en 2024 et une facture proche de 315 milliards de FCFA, avec des achats principalement depuis la Thaïlande, l’Inde et le Pakistan.

Les images des marchés de Grand Yoff et des Castors signalent un contraste brutal entre intention politique et réalité commerciale. Sur les étals, le riz brisé importé, parfumé et étuvé domine visuellement et économiquement; les sacs locaux, même lorsque présents, restent invendus pendant des semaines. Un commerçant explique que « les femmes sénégalaises te diront toujours que ce riz manque de saveur », remarque qui illustre un problème sensoriel et culturel plus large que la simple disponibilité.

Les chiffres confirment une dépendance prolongée aux fournisseurs asiatiques: les importations cumulées des dernières années avoisinent 1,5 million de tonnes. Les récentes suspensions ont provoqué une hausse des stocks locaux, passant de trois à six mois de couverture, selon des données commerciales, et ont perturbé la demande étrangère, notamment indienne. Cette situation met en lumière deux faiblesses structurelles de la filière nationale: la qualité organoleptique et la chaîne logistique.

Le riz de la Vallée souffre d’une perception négative sur la texture, le goût et le temps de cuisson. Les restaurateurs interrogés cuisinent le riz local parfois pour des raisons de coût ou d’origine, mais se plaignent du temps de cuisson et de la tenue du grain face au Ceebu jen. Sans investissements ciblés dans le tri, le polissage et les variétés semencières, la production restera désavantagée face au riz parfumé importé qui a conquis les habitudes par sa rapidité de cuisson et son arôme.

La commercialisation expose des ruptures: stockage inadéquat, absence d’emballages attractifs, réseaux de distribution concentrés et peu d’incitations commerciales pour les détaillants. Un grossiste remarque qu’il « ne peut pas forcer » la clientèle; cette phrase révèle l’impuissance des acteurs locaux à orienter les choix face à une offre étrangère compétitive en prix et en marketing.

Le cas sénégalais se rapproche de situations observées dans d’autres pays importateurs où la seule promotion publique n’a pas suffi à substituer des produits importés; la préférence sensorielle et la supériorité logistique des importations ont maintenu la demande extérieure. De même, là où des politiques combinant amélioration variétale et soutien à la chaîne d’approvisionnement ont été appliquées, la substitution a été plus durable.

Les données montrent qu’une campagne de communication seule est insuffisante: il faudra améliorer la qualité organoleptique par la sélection variétale, moderniser les unités de battage et de stockage, subventionner la transformation pour réduire le temps de cuisson, et organiser des partenariats commerciaux pour réorienter les flux d’approvisionnement. Sans ces mesures, la préférence des consommateurs pour le riz importé restera un obstacle majeur.

Les décisions ministérielles récentes montrent une volonté politique de valoriser le riz sénégalais, mais les faits sur le terrain indiquent que la promotion ne résoudra pas les lacunes techniques et logistiques. Les consommateurs choisissent le produit qui répond à leurs attentes de goût, de prix et de praticité; tant que la qualité et la chaîne de distribution du riz local n’évoluent pas, les importations conserveront leur domination et les stocks nationaux continueront de stagner.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Aminata K.
Mis en ligne : 06/02/2026

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