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La Fédération Sénégalaise de Lutte (FSL) a annoncé la suspension, à titre conservatoire, de tous les faces-à-faces et des open presse au Sénégal, jusqu’à nouvel ordre, après une série d’incidents et de violences observés lors des galas ces derniers mois. La FSL évoque la sécurité des lutteurs, des encadreurs et du public comme motif principal, et cite des sanctions récentes, dont la suspension de trois ans infligée à Petit Baye Fall.
Je dis stop à cette décision précipitée et froide: en coupant les rencontres médiatiques la FSL prend l’économie locale en otage sans proposer d’alternative sérieuse. On protège la sécurité, je suis le premier à l’exiger, mais on ne sacrifie pas les revenus d’un réseau entier sans garantie de compensation ou de plan durable.
Les faces-à-faces et les open presse rythment la saison de lutte depuis des décennies et constituent des moments de promotion clés pour les promoteurs, les clubs et les commerçants qui gravitent autour des arènes. Leur suppression crée un vide immédiat dans la chaîne économique du spectacle.
Je ne minimise pas les violences qui ont émaillé certaines rencontres; elles méritent des sanctions et un renforcement sécuritaire. Mon reproche porte sur la méthode: suspendre globalement ces rendez-vous médiatiques équivaut à tirer une balle dans le pied de toute l’écosystème de la lutte. Les promoteurs perdent des ventes de billets et des sponsors; les clubs voient fondre leurs recettes de billetterie et de commissariat; les vendeurs ambulants, les restaurateurs et les transporteurs locaux perdent la clientèle des soirées de gala. C’est une économie informelle qui survit autour du ring, une économie souvent fragile. Sans filet, elle s’effondre.
Argumenter contre la mesure ne signifie pas tenir pour négligeables les questions de sécurité. Je réclame la logique inverse: des mesures ciblées et un calendrier conditionnel. Par exemple, exiger des dispositifs de sécurité renforcés, des contrôles d’accès, l’obligation d’assurances pour les promoteurs et la mise en place de zones tampon pour les supporters. Ces exigences auraient un coût, certes, mais elles peuvent être accompagnées d’un fonds d’aide temporaire pour les acteurs les plus vulnérables. Or la FSL n’a présenté aucun mécanisme de soutien économique, aucune subvention, aucune médiation entre promoteurs et autorités municipales.
La suspension crée de l’incertitude. Les promoteurs ont déjà engagé des frais pour la promotion et la logistique; les contrats avec les sponsors et les médias deviennent caducs. J’observe une ressemblance inquiétante avec des décisions prises dans d’autres secteurs où la fermeture administrative a été décidée sans filets: le monde du spectacle en a fait l’amère expérience lors des fermetures massives, et les petites entreprises n’en sont jamais sorties indemnes. On peut comparer la situation à celle des clubs de quartier qui ferment après une perte de recettes prolongée, ou à celle des marchés nocturnes qui disparaissent quand la sécurité vacille; les effets économiques sont cumulés et durables.
La FSL détient l’autorité morale et sportive, mais pas le pouvoir magique de remplacer instantanément les revenus perdus. Sans plan de transition, la fédération renvoie les promoteurs à la faillite potentielle et les commerçants à la précarité. Je suis frappé par l’absence de chiffres publics: combien d’emplois directs et indirects dépendent de ces rencontres? Quel est le montant moyen de recettes perdues par gala? L’opacité nourrit la peur et la spéculation.
Je propose, en exigeant la réouverture uniquement conditionnelle, la création d’un comité tripartite réunissant la FSL, des représentants des promoteurs et des représentants des commerçants. Ce comité devrait établir un protocole sanitaire et sécuritaire, un calendrier de reprise progressive et un fonds de compensation temporaire financé par une réserve fédérale, une taxe modérée sur les droits TV ou une contribution exceptionnelle des promoteurs les plus solides. Sans ces mesures, la suspension ressemble à une décision symbolique mais destructrice.
Des études économiques locales montrent que les événements sportifs génèrent des revenus indirects équivalents à 30 à 50 pour cent des recettes directes dans les villes moyennes. J’ignore si la FSL possède ces données, mais l’exemple d’autres fédérations africaines prouve qu’un accompagnement ciblé réduit les faillites de promoteurs et préserve l’emploi informel. La lutte sénégalaise n’a pas les marges de manœuvre des grands sports internationaux; elle a besoin d’un filet social adapté.
Je condamne la violence et j’appuie toute mesure qui protège les personnes, mais je refuse d’accepter une suspension qui sacrifie des vies économiques sans plan crédible. La FSL a choisi la facilité de l’interdiction plutôt que l’effort exigeant de la construction d’un dispositif de reprise sécurisée et financièrement soutenable. Si la fédération veut préserver la lutte, elle doit prendre ses responsabilités jusqu’au bout: sécurité renforcée, transparence des coûts et soutien concret aux promoteurs, aux clubs et aux commerçants. Sans cela, la décision actuelle risque d’achever l’écosystème qu’elle prétend défendre.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Rémi Gueye.
Mis en ligne : 07/02/2026
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