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Le gouvernement du Sénégal a lancé en 2025 une réflexion sur la politique des bourses, après que la Fédération nationale des étudiants du Sénégal a rejeté une rencontre où l’État évoquait la suppression des rappels de fin d’année; le ministère a indiqué que 90 milliards de francs CFA ont été dépensés durant 2024-2025, hors bourses étrangères, et près de 4 milliards ont été mobilisés face à la récente crise. Ces faits posent la question des objectifs et des modalités de la redistribution financière publique aux étudiants.
Je refuse la langue de bois: supprimer les rappels sans garanties expose les plus vulnérables à l’arbitraire et transforme la bourse en une loterie mensuelle. J’entends les arguments d’économie, mais je vois surtout la logique perverse d’un État qui coupe la corde au lieu de sécuriser le pont.
La proposition de suppression des rappels vise à aligner les versements sur la période des enseignements et à éviter des paiements pendant les vacances, tandis que des pratiques de contournement existent, avec des boursiers en formation dans des écoles privées ou en régime payant dans des établissements publics.
Je soutiens que l’élimination des rappels sans contreparties crée un système injuste où la précarité devient une arme de tri social. La bourse est souvent le seul filet de sécurité pour des foyers modestes qui comptent sur l’avance ou sur le paiement de la dernière tranche pour boucler l’année. Couper ce versement, c’est déplacer le risque du budget national vers le budget familial, et ce transfert écrase ceux qui n’ont pas d’épargne ni de cousines à Dakar pour avancer la mensualité.
La réalité administrative n’excuse pas l’insensibilité. Les chiffres gouvernementaux montrent une dépense élevée, mais l’audit doit porter sur la qualité de la dépense: qui profite, quels détournements existent, quelles fraudes sont avérées. Punir tous les boursiers à cause de comportements d’une minorité revient à appliquer une peine collective, et cette répression va se loger dans les vies réelles: retards de paiement de loyer, abandon des familles de quelques mois, travail informel accru, baisse des résultats scolaires.
Je constate que certains utilisent la bourse pour financer des formations privées ou pour alléger des inscriptions payantes dans des institutions publiques. Tout cela mérite des règles plus strictes. Mais la rigueur sans filet social ne vaut rien. Si l’État veut enlever le rappel, il doit d’abord instituer des garanties: contrôle des présences et des résultats, système de secours ciblé, délai de prévenance des bénéficiaires, et recours social pour les cas exceptionnels. Sans ces protections, la suppression devient une coupe budgétaire aveugle et idéologique.
Premièrement, la suppression des rappels accroît l’asymétrie entre étudiants autonomes et étudiants dépendants d’un salaire parental instable. J’ai vu des jeunes qui, sans le versement de fin d’année, n’ont plus de quoi payer l’inscription du semestre suivant; je refuse que la politique publique les transforme en variable d’ajustement budgétaire. Deuxièmement, la menace de couper la bourse en cours d’année pour non-respect de nouvelles conditions risque d’armer des administrations d’un pouvoir discrétionnaire susceptible d’être mal utilisé. Troisièmement, la mise en concurrence entre boursiers envoyés à l’étranger et boursiers locaux mérite une stratégie cohérente, pas une fermeture brutale: un prêt remboursable conditionné au retour, par exemple, serait moins brutal qu’une coupe sèche.
Je propose une alternative de principe: cibler la dépense par moyens de vérification et solidarité, pas par licenciement financier. Inventer des mécanismes de cofinancement selon la situation familiale, comparer les situations avec celles de l’eau ou de l’énergie où l’on allège la facture pour les plus pauvres, voilà une piste raisonnable. Une comparaison me vient: priver un étudiant du rappel, c’est comme couper l’électricité d’un atelier la veille d’une livraison; le gain espéré peut provoquer des pertes bien plus lourdes.
Les 90 milliards cités exigent une cartographie détaillée des bénéficiaires, des montants par filière et par lieu de résidence, ainsi qu’un audit des versements à l’étranger. Des pays comparables ont mis en place des systèmes numériques de suivi des présences et des résultats, associés à des aides complémentaires pour les étudiants en situation de vulnérabilité; ces modèles montrent que la rationalisation est possible sans sacrifier la sécurité sociale étudiante.
Je refuse que la réforme des bourses se transforme en un coup de rabot idéologique qui applaudit l’économie et piétine la jeunesse. Supprimer les rappels sans garanties, sans filets, sans audits transparents, c’est encourager la précarité et pousser des talents vers la rue ou vers l’exil. L’État qui prétend vouloir protéger la dépense publique doit d’abord protéger la dignité des ménages modestes et la continuité des parcours scolaires. J’exige une réforme qui tranche, mais assume, qui contrôle, mais aide, et qui ne sacrifie pas les plus fragiles sur l’autel d’une comptabilité sèche.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Rémi Diop.
Mis en ligne : 07/02/2026
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