Siteu contre l'État : La lutte menacée de stigmatisation politique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 07/02/2026 12:02:20

Siteu contre l'État : La lutte menacée de stigmatisation politique

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Le gouverneur de Dakar, Ousmane Kane, a réagi publiquement cette semaine aux propos du lutteur Moustapha Senghor, dit Siteu, au sujet d’éventuelles sanctions contre le monde de la lutte liées à une hausse des agressions à Dakar. La dispute est née après la mise en garde du ministre de l’Intérieur, Mouhamadou Bamba Cissé, sur la responsabilité collective lors de rassemblements, et la diffusion de vidéos sur TikTok montrant des images du gouverneur et du ministre superposées à celles de Siteu. L’échange s’est tenu dans le cadre d’une rencontre organisée à Dakar avec des acteurs de la lutte.

La réunion visait officiellement à structurer et encadrer la lutte sénégalaise pour concilier pratique sportive et sécurité publique; elle intervient alors que la capitale connaît des signalements répétés d’agressions dans des lieux publics et lors d’événements populaires.

Les faits rassemblés montrent plusieurs éléments concrets qui nourrissent le débat. D’abord, le ministre de l’Intérieur a publiquement évoqué des sanctions possibles si l’implication d’acteurs de la lutte était établie lors d’incidents. Ensuite, Siteu a répondu en appelant à ne pas stigmatiser la lutte, en rappelant que d’autres rassemblements populaires, comme les matchs de navétanes ou des cérémonies religieuses, peuvent aussi conduire à des débordements. Enfin, le gouverneur a dénoncé la diffusion d’images sur TikTok et a répliqué vertement, affirmant qu’il ne se situait « pas au même niveau » que le lutteur, phrase qui a été largement relayée.

Les éléments factuels révèlent des risques d’escalade communicationnelle entre autorités et figures publiques. D’un côté, l’autorité publique pose une hypothèse de sanction conditionnelle, documentée par la déclaration ministérielle. De l’autre, la principale voix du monde de la lutte invoque la stigmatisation sectorielle et cite des comparaisons avec d’autres types de rassemblements. Les vidéos virales sur les réseaux sociaux ont multiplié les perceptions opposées et réduit l’espace de dialogue factuel: la scène publique se polarise autour d’images et de formules marquantes plutôt que d’indicateurs de sécurité précis.

Les éléments vérifiables permettent d’avancer trois constats factuels. Premièrement, la réponse musclée du gouverneur, visible par ses propos et par la tonalité de la réunion, renforce l’image d’une gouvernance réactive plutôt que d’une politique préventive structurée. Deuxièmement, l’insistance sur la responsabilité collective sans présentation publique de critères ou de données chiffrées sur les incidents risque d’aboutir à des mesures ciblées contre des populations identifiables, comme les lutteurs, sans résolution des causes sociales de l’insécurité. Troisièmement, l’usage des réseaux sociaux pour diffuser des montages et pour amplifier les échanges rend plus difficile l’établissement d’un diagnostic partagé, et favorise des réponses symboliques plutôt que des interventions techniques.

Comparée à des approches plus techniques observées ailleurs, où les autorités combinent statistiques, formation des organisateurs et planification des dispositifs de sécurité, la réaction observée à Dakar ressemble davantage à une mise en garde publique immédiate et à une stigmatisation sectorielle. Comparée aussi à des démarches de médiation municipale, la tonalité employée par le gouverneur lorgne vers une posture d’autorité stricte plutôt qu’un travail d’écoute approfondie avec les acteurs concernés. Les faits disponibles montrent que la rencontre a porté sur l’encadrement de la lutte, mais sans annonce claire d’outils nouveaux pour traiter les facteurs d’agressions: encadrement sportif et sécurité semblent pour l’instant dissociés des politiques sociales, urbaines et de prévention.

Des comparaisons internationales indiquent que la prévention efficace combine collecte de données, formation des stewards, circuits de recours et campagnes de sensibilisation ciblées. Dans le contexte dakarois, les éléments publics n’indiquent pas encore de déploiement coordonné de ces mesures, tandis que la focalisation médiatique reste sur les échanges verbaux et les vidéos virales.

Les faits montrent une tension nette entre autorités et monde de la lutte, alimentée par des déclarations publiques, des montages diffusés sur les réseaux et l’absence d’indicateurs partagés sur la violence urbaine. La réaction musclée du gouverneur, telle qu’elle ressort des propos et de la réunion, illustre une stratégie publique axée sur l’affirmation d’ordre plutôt que sur des réponses techniques aux causes de l’insécurité. Si l’objectif officiel est d’assurer la sécurité des citoyens et d’encadrer une tradition populaire, les faits disponibles laissent transparaître un risque de stigmatisation qui pourrait fragiliser le dialogue indispensable à toute politique préventive durable.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Babacar Kane.
Mis en ligne : 07/02/2026

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