Ousmane Sonko à l’Union africaine : Une faute politique lourde ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 10/02/2026 12:02:00

Ousmane Sonko à l’Union africaine : Une faute politique lourde ?

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Le 39e sommet ordinaire de l’Union africaine se tiendra les 14 et 15 février 2026 à Addis-Abeba, en Éthiopie. Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko devra représenter le président Bassirou Diomaye Faye à cette rencontre, tandis que le président congolais Denis Sassou Nguesso a évoqué un éventuel soutien africain à la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies. Des acteurs sénégalais comme le député Guy Marius Sagna et le défenseur des droits Seydi Gassama ont d’ores et déjà exprimé leurs réserves.

Je vois dans cette décision une faute politique lourde et un signal dangereux adressé à la vie publique sénégalaise. Confier à Ousmane Sonko la représentation du chef de l’État, alors que Sonko incarne l’opposition radicale et que son parti reste dans l’œil des controverses, ouvre la porte à un conflit d’intérêts aux conséquences concrètes pour la confiance citoyenne.

La mission de Sonko justifie le report d’une tournée locale et suscite des interrogations sur la frontière entre responsabilités gouvernementales et positions partisanes au sein de l’appareil d’État.

J’affirme sans hésiter que la présence de M. Sonko à Addis-Abeba au nom du président fragilise la séparation entre pouvoir et opposition. D’abord, l’image donnée aux électeurs est calamiteuse: quand un opposant historique devient l’émissaire du pouvoir, la ligne qui protège la diversité des voix s’effrite. Les citoyens ont besoin de repères clairs pour comprendre qui gouverne et qui contrôle; ici, ces repères se brouillent comme une photographie exposée trop longtemps au soleil.

Ensuite, il existe un risque politique concret. Si le dossier de la candidature de Macky Sall recueille des soutiens africains, la posture d’un Premier ministre issu de l’opposition pourrait être perçue comme une instrumentalisation. Le public pourrait légitimement suspecter que Sonko sert autant des intérêts tactiques que des intérêts de l’État, ce qui revient à mélanger des rôles que la démocratie doit garder séparés. J’ajoute que cette confusion attise la polarisation: certains verront dans la démarche un salut porté aux alliances internationales, d’autres y verront une trahison des victimes des tensions politiques passées.

La crédibilité institutionnelle du Sénégal est en jeu. Une démocratie saine exige des garde-fous et des signes visibles de neutralité dans les affaires diplomatiques sensibles. Mettre un opposant en première ligne sans explication claire revient à jouer avec la confiance publique. Les appels lancés par des voix de la société civile présagent une fracture: la mémoire des Sénégalais qui ont souffert durant les périodes de tension ne peut être instrumentaliseé au bénéfice d’un jeu diplomatique opaque. J’entends souvent la tentation des calculs rapides, mais la politique ne peut se contenter de stratégies court-termistes quand la légitimité républicaine est en menace.

Je défends l’idée que l’État doit éviter les mélanges de rôles qui confondent l’intérêt général et la carrière politique personnelle. Si le président voulait une délégation de prestige, il aurait pu désigner un ministre des Affaires étrangères ou un diplomate chevronné. Comparer cette décision à une pièce de théâtre où les rôles changent en coulisse éclaire la situation: la scène doit rester lisible pour le public. Comparer aussi ce choix à un procès où le juge devient avocat pour l’accusation aide à mesurer l’ampleur de la compromission possible.

Sur le plan pratique, la désignation de M. Sonko pose des questions de responsabilité: qui rendra compte des positions prises à Addis-Abeba, et selon quelle logique? Si une motion diplomatique devait s’aligner sur une candidature controversée, le peuple sénégalais mérite de savoir si ce choix reflète la politique d’État ou un coup de poker politique. L’opacité nourrit la défiance, et la défiance nourrit l’extrémisme.

Les précédents africains montrent que les nominations surprenantes à des missions internationales peuvent coûter cher en termes d’image et d’influence. Des pays qui ont privilégié la clarté institutionnelle ont souvent obtenu plus d’écoute sur la scène internationale. Le Sénégal ne gagnera rien à confondre ses institutions avec des manœuvres partisanes; il risque en revanche d’affaiblir sa voix dans les instances multilatérales.

Je refuse l’idée que la fin justifie les moyens quand la fin fragilise l’essence même de la démocratie. Envoyer Ousmane Sonko représenter le président est une maladresse politique qui ouvre la voie à des soupçons de conflit d’intérêts et qui affaiblit la confiance des citoyens dans la séparation entre pouvoir et opposition. Le Sénégal mérite des choix transparents et respectueux des frontières républicaines; chaque geste public doit consolider, et non éroder, la légitimité collective. Si l’État persiste dans cette voie, il devra ensuite composer avec la défiance qu’il aura lui-même semée.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/02/202
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