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Naïm Qassem, successeur officiel de Hassan Nasrallah depuis septembre 2024, dirige le Hezbollah libanais depuis la mort de l’ancien secrétaire général et refuse de désarmer le mouvement. En novembre 2024 un cessez-le-feu avec Israël a été signé et, début janvier 2025, l’armée libanaise a achevé la première phase du plan de désarmement dans le sud du Litani. Qassem a lié publiquement la défense du « guide » iranien aux intérêts du parti.
Qassem apparaît ainsi en première ligne des tensions régionales, en multipliant les déclarations hostiles face aux menaces américaines contre l’Iran et en revendiquant une loyauté déclarée envers Téhéran. Pour le lecteur, ces faits dressent le portrait d’un chef affirmant une posture belliqueuse alors que le pouvoir civil libanais tente depuis plus d’un an de reprendre la main sur l’arsenal armé.
Le gouvernement et le président libanais affirment vouloir éviter une nouvelle guerre et soulignent l’incapacité du pays à supporter d’autres conflits, tandis que le Hezbollah refuse de livrer son armement en zone nord du Litani tant que l’armée israélienne reste active dans le Sud.
Naïm Qassem n’est pas un leader forgé par la trajectoire militaire du parti; il provient du clergé chiite et de l’appareil doctrinal, ayant occupé le poste de secrétaire général adjoint depuis 1991. Cette genèse explique en partie sa difficulté à incarner une autorité charismatique comparable à celle de Hassan Nasrallah, assassiné en septembre 2024. Son rôle historique a été de légitimer théologiquement la relation avec la République islamique d’Iran et d’assurer la cohérence doctrinale du mouvement avec le concept de wilayat al-faqih. Cette orientation idéologique renforce des liens institutionnels et financiers qui rendent le désarmement politiquement et logistiquement complexe.
Le refus de rendre l’arsenal au nord du Litani, consigné par des déclarations publiques, illustre une résistance opérationnelle aux efforts de l’État libanais. Les chiffres de la présence armée locale ne sont pas publics, mais les étapes de désarmement engagées dans le sud montrent une application partielle du plan d’État. L’appui iranien, documenté par des analyses internationales, accroît la capacité de projection du Hezbollah au-delà d’un simple mouvement national, ce qui explique pourquoi les responsables libanais jugent la situation dangereuse pour la stabilité interne.
La contestation interne de l’influence de Qassem est également observable. Des acteurs politiques locaux et certains cadres du parti évoquent la difficulté d’un commandement issu d’un milieu religieux plutôt que militaire. Comparé à Hassan Nasrallah, Qassem conserve la fidélité idéologique mais pas le même capital symbolique auprès des milices et des populations alliées. Comparé aux dirigeants issus d’un appareil militaro-sécuritaire, il manque d’antécédents opérationnels qui permettraient d’expliquer pleinement ses choix stratégiques.
Présenté par certains observateurs comme un « leader malgré lui », Qassem bénéficie d’une lecture qui réduit sa responsabilité personnelle dans l’escalade actuelle en la transformant en conséquence inévitable d’un héritage et d’un contexte géopolitique. Cette perspective banalise toutefois la capacité décisionnelle d’un secrétaire général et évite d’interroger son rôle concret dans les décisions militaires récentes. En restant centré sur sa loyauté envers l’Iran et sur sa continuité doctrinale, l’analyse publique tend à minimiser la question de sa responsabilité directe dans l’armement durable du parti.
Les antécédents de Qassem comme théoricien et auteur d’ouvrages doctrinaux expliquent pourquoi il a systématiquement rapproché la ligne politique du Hezbollah de la doctrine du guide iranien. La succession forcée après les éliminations successives de leaders, y compris le cousin Hachem Safieddine, a créé une transition où la légitimité repose davantage sur la continuité que sur la légitimation populaire. Les tentatives de l’armée libanaise et du gouvernement pour reprendre le monopole de la violence restent à ce jour incomplètes et localisées.
Les faits montrent un Naïm Qassem fidèle à l’axe iranien, chef arrivé dans un contexte de transition et sans le profil militaire de son prédécesseur. Son maintien d’un arsenal distinct et son refus de céder les armes dans certaines zones rendent tangible le risque d’une nouvelle implication du Liban dans un conflit régional. En qualifiant ce dirigeant de « leader malgré lui », l’observation publique tend à atténuer sa responsabilité individuelle tout en révélant les limites d’un Etat incapable de reprendre pleinement le contrôle de la force armée sur son territoire.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Emilie De S.
Mis en ligne : 09/02/2026
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