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Le contrat de concession entre l’État du Sénégal et la SNCF pour l’exploitation du Train Express Régional (TER) arrive à expiration dimanche prochain. L’exploitation commerciale a débuté en décembre 2021 sur le tronçon Dakar–Diamniadio, puis la seconde phase Diamniadio–AIBD a été mise en service l’an dernier. Les autorités préparent la signature d’un avenant pour prolonger la concession, sans lancement d’un nouvel appel d’offres dans les délais légaux, «malgré les réticences de certains ténors du gouvernement».
La perspective d’un avenant impose un débat public aigu autour de la transparence et des risques financiers pour l’État. Le choix de la prolongation négociée écarte la comparaison concurrentielle des offres et ouvre la voie à des renégociations moins visibles, avec des implications directes pour les comptes publics et pour les usagers.
La procédure retenue intervient alors que le financement initial du projet a combiné prêts internationaux et investissements privés, et que l’exploitation commerciale du TER couvre aujourd’hui les axes stratégiques de la capitale et de son aéroport.
La signature d’un avenant sans procédure concurrentielle présente plusieurs mécanismes de risque pour les finances publiques. D’abord, l’absence d’appel d’offres élimine la pression concurrentielle qui stimule la réduction des prix et l’amélioration des services, ce qui favorise des conditions contractuelles plus généreuses pour l’opérateur en place. Ensuite, les avenants servent souvent à redéfinir les périmètres techniques et financiers: extension des obligations d’entretien, indexation tarifaire, ou prise en charge d’investissements supplémentaires. Ces éléments peuvent se traduire par des engagements financiers hors budget initial, non soumis au contrôle parlementaire strict.
Les renégociations confidentielles facilitent l’apparition de coûts cachés. Des clauses de réparation, des garanties de revenus ou des mécanismes d’ajustement automatique des flux de trésorerie peuvent être inscrits au contrat sans publicité suffisante. Ces dispositifs pèsent ensuite sur la trésorerie étatique lorsque les revenus commerciaux ne couvrent pas les clauses de performance. Un avenant mal encadré risque donc de transférer vers les contribuables le coût des déficits d’exploitation et des surcoûts d’investissement.
Sur le plan institutionnel, la pratique court-circuite les procédures de passation conçues pour garantir l’impartialité et la traçabilité des décisions. La comparaison entre appel d’offres et avenant illustre cette différence: l’appel d’offres offre une évaluation ouverte des offres et une base objective pour le choix du partenaire, tandis que l’avenant repose sur une négociation bilatérale où le jeu d’influence est plus difficile à documenter. Dans le secteur ferroviaire et des infrastructures, des audits internationaux montrent fréquemment que les contrats modifiés en cours d’exploitation entraînent des contentieux et des surcoûts pluriannuels.
Des conséquences budgétaires identifiables apparaissent rapidement après la signature d’avenants étendus: augmentation des subventions d’exploitation, reports d’investissement public, et ajustements fiscaux destinés à compenser les déficits contractuels. Les citoyens supportent ensuite la facture via la fiscalité, la réduction d’autres services publics ou la hausse des tarifs de transport. La confiance des bailleurs et des investisseurs peut elle aussi être affectée si la gouvernance contractuelle paraît insuffisante.
Les principes de bonne gouvernance en marchés publics préconisent la publicité, la concurrence et l’analyse coût-bénéfice avant toute prolongation contractuelle. Des pratiques comparables dans d’autres secteurs montrent que des comités indépendants et des audits ex ante réduisent nettement les risques de renégociation défavorable. Une consultation publique et la publication des termes de l’avenant permettraient d’objectiver les impacts financiers et de prévenir les engagements non budgétés.
La décision de prolonger la concession TER par avenant sans appel d’offres soulève des enjeux concrets pour les finances publiques et pour la transparence de la gestion publique. Les mécanismes de coûts cachés et de renégociations opaques identifiés sont compatibles avec des scénarios où la charge financière reviendrait aux contribuables et aux usagers. Exiger une documentation publique, des audits indépendants et une évaluation économique claire reste la voie factuelle pour limiter les risques budgétaires et préserver l’intérêt collectif.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Mansour L.
Mis en ligne : 10/02/2026
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