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Le 9 février 2026, le ministre de l’Intérieur Mouhamadou Bamba Cissé a présenté, lors d’une conférence de presse à Dakar, une vidéo et des images montrant des étudiants de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) manipulant des cocktails Molotov et une grenade. Les images ont été utilisées pour accuser des étudiants d’actes violents après la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba sur le campus. Des vérifications ont ensuite remis en cause la datation de la vidéo projetée.
La révélation d’une vidéo antérieure aux heurts pose une série de questions sur la communication ministérielle et sur la manière dont des éléments visuels ont servi à encadrer l’information publique. La présentation rapide et publique de ces images a alimenté une controverse sur la manipulation de preuves et sur la responsabilité institutionnelle dans la gestion du drame.
L’enquête de vérification a établi que la vidéo provenait du Pavillon A de l’UCAD et qu’elle était antérieure au 9 février 2026. Des responsables universitaires ont confirmé l’existence de grilles sur les balcons visibles dans la séquence, ce qui permet de dater visuellement l’enregistrement.
La chronologie factuelle est centrale pour comprendre l’impact de la communication ministérielle. Le ministère a projeté une vidéo lors d’une conférence donnée le jour même des funérailles médiatisées autour de la mort d’Abdoulaye Ba. Afrika Check a constaté que la séquence n’avait pas été tournée pendant les affrontements ayant entraîné le décès, et l’université a fourni des éléments matériels corroborant cette datation antérieure. Le ministère n’a pas fourni, malgré une demande, les métadonnées de la vidéo via la cellule de communication, ce qui prive le public d’une preuve technique de datation.
L’utilisation d’images anciennes pour illustrer des violences récentes a des effets concrets : elle peut détourner l’attention des circonstances exactes du décès, elle peut orienter l’opinion publique vers une narrative axée sur la responsabilité supposée des étudiants, et elle peut retarder l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur la mort de l’intéressé. La situation rappelle d’autres cas internationaux où des images hors-contexte ont été reprises par des autorités pour justifier des mesures répressives, et elle se compare à des affaires locales où la transparence des données a fait défaut.
Les faits vérifiés permettent d’avancer plusieurs constats documentés. Premièrement, la vidéo projetée ne documente pas les événements du 9 février et ne peut pas servir de preuve directe de la dynamique ayant conduit au décès. Deuxièmement, l’absence de réponse à la demande de métadonnées constitue un manquement à l’exigence de transparence attendue d’un ministère chargé de l’ordre public. Troisièmement, le choix de diffuser des images anciennes au moment d’une forte émotion sociale a eu pour effet de polariser le débat public, limitant l’accès à des informations contradictoires et vérifiables.
Les conséquences institutionnelles sont mesurables : la confiance entre la communauté universitaire et l’administration de l’État s’en trouve fragilisée, et la crédibilité des autorités de sécurité publique est mise à l’épreuve. Une comparaison peut être faite avec des pratiques de communication de crise dans d’autres démocraties où la fourniture rapide de preuves techniques réduit les suspicions; ici, l’absence de preuve technique a renforcé les doutes.
Données concrètes soutiennent ces observations : la confirmation visuelle des grilles sur le bâtiment par l’UCAD, la reconnaissance par des experts en vérification d’images que la séquence est antérieure, et le signalement explicite du média de fact-checking sur l’impossibilité d’attester la date sans métadonnées. Des précédents montrent que la diffusion d’images hors-contexte peut mener à des poursuites injustifiées ou à une désignation publique de boucs émissaires.
Les éléments factuels rassemblés indiquent que la vidéo présentée par le ministère ne documente pas les événements ayant causé la mort d’Abdoulaye Ba et que l’absence de métadonnées empêche toute confirmation technique publique. Ces faits soulèvent des problèmes documentés de transparence et de manipulation potentielle de l’information en période de crise. La diffusion d’éléments visuels anciens au moment d’un drame universitaire a détourné le débat vers la responsabilité supposée des étudiants, affaiblissant la piste d’une enquête claire et contradictoire et fragilisant davantage la confiance entre les citoyens et les autorités.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sokhna Mai.
Mis en ligne : 14/02/2026
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