Macky Sall et l’ONU : Une candidature mal venue, un débat mal posé - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 17/02/2026 12:02:00

Macky Sall et l’ONU : Une candidature mal venue, un débat mal posé

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L’annonce d’une éventuelle candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies a suscité un débat passionné, tant au Sénégal qu’en Afrique. Dans une lettre adressée au président Diomaye Faye le 9 février 2026, Macky Sall sollicite le soutien de son pays pour briguer ce poste prestigieux, arguant d’un encouragement international et d’une opportunité historique pour le continent. Pourtant, derrière cette ambition se cachent des tensions politiques persistantes, un bilan contesté et des questions légitimes sur la légitimité d’une telle candidature.

Je me permets ici d’exprimer mon scepticisme : si l’Afrique mérite un leadership fort à l’ONU, celui-ci ne saurait être porté par une figure dont le passage au pouvoir a laissé des traces profondes de division et de méfiance.

Le Sénégal sort à peine d’une période de crise politique marquée par des accusations de dérive autoritaire, de gestion opaque des finances publiques et de répression des opposants. Macky Sall, dont les deux mandats ont été émaillés de controverses (dette cachée, arrestations d’opposants, tensions autour d’un troisième mandat), incarne pour beaucoup une époque où les institutions ont été mises à mal. Aujourd’hui, alors que le pays tente de tourner la page, sa candidature ravive les plaies et place les nouvelles autorités dans une position délicate : soutenir un prédécesseur controversé ou risquer de passer pour des opposants à l’intérêt continental. Le silence du président Diomaye Faye et du Premier ministre Ousmane Sonko en dit long sur l’embarras que suscite cette initiative.

Les partisans de Macky Sall invoquent son expérience diplomatique et ses réalisations infrastructurelles pour justifier sa candidature. Pourtant, comme le soulignent plusieurs observateurs, soutenir sa candidature reviendrait à cautionner un bilan contesté et à ignorer les critiques formulées pendant ses deux mandats. Sur le plan international, les règles non écrites de l’ONU privilégient une rotation régionale : après deux Africains (Boutros Boutros-Ghali et Kofi Annan), le poste devrait revenir à l’Europe de l’Est en 2026. Une candidature africaine, aussi prestigieuse soit-elle, semble donc prématurée, voire contre-productive, dans un contexte où les équilibres géopolitiques priment sur les ambitions individuelles.

Les accusations de corruption, de gestion clientéliste et de restriction des libertés pèsent lourd. Comment un dirigeant dont le pays a connu une alternance houleuse pourrait-il incarner l’unité et la transparence requises pour diriger l’ONU ? L’Union africaine n’a pas encore tranché, et plusieurs pays hésitent à soutenir une candidature qui divise autant qu’elle fédère. Le Sénégal lui-même est tiraillé entre le devoir de solidarité continentale et la nécessité de ne pas trahir les attentes de sa population.

Les grandes puissances, notamment les États-Unis, semblent déjà se tourner vers d’autres régions, réduisant les chances réelles de Macky Sall. Une candidature africaine en 2026, sans soutien unanime, risquerait d’affaiblir encore la crédibilité du continent sur la scène mondiale. En brandissant l’argument du « leadership africain », les partisans de Macky Sall occultent les défis internes du Sénégal et de l’Afrique. Le continent a besoin de réformes profondes, pas de symboles creux.

L’exemple de Boutros Boutros-Ghali, premier Africain à diriger l’ONU, est souvent cité. Pourtant, son mandat a été marqué par des échecs (Rwanda, Bosnie) et une fin abrupte, due à l’opposition américaine. Kofi Annan, lui, a su incarner une transition apaisée, mais son élection a aussi été le fruit d’un compromis géopolitique, pas d’un consensus africain spontané. Ces précédents montrent que le poste de secrétaire général dépend moins des mérites individuels que des rapports de force entre grandes puissances.

Je ne nie pas les qualités de Macky Sall ni l’importance pour l’Afrique de jouer un rôle central dans la gouvernance mondiale. Mais une candidature aussi clivante, portée par une figure aussi contestée, risque d’affaiblir plutôt que de servir les intérêts du continent. Plutôt que de s’accrocher à des ambitions personnelles, l’Afrique gagnerait à préparer une candidature unifiée, porteuse d’un projet clair pour le multilatéralisme, et soutenue par une majorité incontestable.

L’heure n’est pas aux querelles intestines, mais elle n’est pas non plus à l’oubli des principes. Soutenir Macky Sall, ce serait envoyer un mauvais signal : celui d’une Afrique prête à sacrifier ses idéaux sur l’autel des calculs politiques. Le monde attend de nous bien plus que cela.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 17/02/202
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