PIB en hausse, pauvreté tenace : Le grand bluff économique en Afrique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Eva | Publié le 17/02/2026 03:02:40

PIB en hausse, pauvreté tenace : Le grand bluff économique en Afrique

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

La Banque mondiale indique qu’entre 2000 et 2014 l’Afrique subsaharienne a connu une croissance moyenne annuelle d’environ 4 %, avec des pointes supérieures à 6 % pour plusieurs pays exportateurs de matières premières. En 2022, l’institution estime que le taux de pauvreté extrême dans la région tournait autour de 38 %. Le Programme des Nations Unies pour le développement rappelle que l’espérance de vie, l’instruction et l’accès aux services pèsent dans l’évaluation du bien-être.

Ces chiffres posent une question simple et dérangeante: pourquoi la hausse du produit intérieur brut est-elle célébrée comme une victoire quand elle n’a pas financé l’emploi durable ni renforcé les systèmes de santé publics? Le propos ici consiste à confronter les chiffres macroéconomiques aux réalités sociales qu’ils dissimulent.

La croissance a souvent été portée par les hydrocarbures et les mines, secteurs intensifs en capital et peu générateurs d’emplois formels, tandis que la dépense publique pour la santé et pour l’emploi reste insuffisante dans de nombreux pays de la région.

Les données montrent une rupture entre flux financiers entrants et création d’emplois: les investissements étrangers directs ont augmenté dans les secteurs extractifs sans entraîner une absorption significative de la main-d’œuvre locale. Dans plusieurs États, les recettes fiscales issues des exportations n’ont pas été réallouées vers les budgets de santé. Le produit intérieur brut par tête a progressé alors que les services publics, mesurés par le ratio dépenses publiques de santé/PIB, sont restés bas, souvent en dessous des recommandations de l’OMS.

La nature capitalistique de la croissance explique en grande partie ce phénomène. Les projets pétroliers et miniers mobilisent des capitaux importés, génèrent des bénéfices rapatriés et requièrent peu de travailleurs qualifiés lorsque l’intégration locale est faible. La concentration des revenus dans des filières spécifiques crée des agrégats macroéconomiques flatteurs sans traduction visible sur l’emploi formel ni sur l’accès aux soins. Le résultat: un PIB qui monte, des files d’attente dans les hôpitaux publics et des diplômés qui peinent à trouver un emploi stable.

Les chiffres de pauvreté extrême autour de 38 % en 2022 démontrent que la croissance n’a pas été redistributive. Les recettes minières et pétrolières, lorsqu’elles n’alimentent pas des fonds souverains ou des investissements publics ciblés, finissent par renforcer des élites et des intermédiaires privés. Les contrats d’exploration et d’exploitation signés entre États et entreprises restent souvent opaques, ce qui limite la pression domestique pour orienter les recettes vers la santé ou la formation professionnelle.

La faiblesse de l’emploi formel se constate dans les taux de chômage des jeunes et dans la part de l’emploi dans l’industrie manufacturière, qui n’a pas connu d’expansion comparable à celle du PIB dans plusieurs pays. Comparer un pays riche en ressources et faiblement industrialisé à un pays diversifié montre le contraste: l’un affiche une forte croissance du PIB sans emplois durables, l’autre progresse plus lentement mais crée davantage d’emplois industriels stables.

L’angle central est que la célébration publique de la hausse du PIB fonctionne comme un écran; elle masque l’absence de financement public pour la santé et l’absence d’emplois durables. Le PNUD a écrit que «le revenu n’est qu’une composante du progrès», affirmation qui illustre le décalage entre indicateurs financiers et conditions de vie réelles. Les flux d’investissement, lorsqu’ils restent concentrés et mal régulés, ne transforment pas automatiquement les recettes en services publics efficaces ni en opportunités d’emploi pérennes.

Des études de la Banque mondiale et d’organisations non gouvernementales montrent que la transformation des ressources en capital humain exige des politiques fiscales actives, des cadres de transparence et des investissements dirigés vers l’éducation et la santé. Quelques pays qui ont mis en place des fonds souverains transparents et des politiques d’incitation à la transformation locale affichent une meilleure corrélation entre croissance et amélioration des indicateurs sociaux, mais ces exemples restent minoritaires.

Les chiffres macroéconomiques ne dispensent pas de regarder la composition des revenus et la destination des dépenses publiques. Une hausse du PIB sans réaffectation réelle des flux d’investissement vers l’emploi et la santé demeure une victoire formelle, vide d’effets pour des millions de personnes. La question centrale devient donc factuelle: comment transformer des recettes extractives et des investissements en emplois durables et en financement public stable pour la santé? Les données pratiques et les politiques budgétaires répondront à cette interrogation.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Khadidiatou Faye.
Mis en ligne :17/02/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top