Quand la folie devient bouclier : Le procès qui divise Yeumbeul Nord - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Fait divers | Par Eva | Publié le 19/02/2026 12:02:00

Quand la folie devient bouclier : Le procès qui divise Yeumbeul Nord

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M. M.C. Thiam, alias Mouhamed, a comparu devant la chambre criminelle de Pikine-Guédiawaye pour l’assassinat d’Ahmad Seydi, un garçon de 3 ans, à Yeumbeul Nord le 28 février 2019; le corps a été retrouvé le 1er mars 2019 sur la plage de Malika et l’autopsie a conclu à une mort par asphyxie. L’accusé est poursuivi pour meurtre avec préméditation et encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

Six ans après les faits, la famille réclame justice et le parquet a requis les travaux forcés à perpétuité; la défense demande une expertise psychiatrique en invoquant la démence.

L’ordonnance de renvoi du 10 décembre 2025 décrit des gestes méthodiques: attirance de l’enfant dans l’arrière-boutique, immersion de la tête dans un réservoir de 50 cm, puis transport du corps à vélo jusqu’à la plage. L’audience de délibéré est fixée au 7 avril.

La demande d’expertise psychiatrique formulée par la défense soulève une question procédurale et éthique précise: quand la pathologie mentale doit-elle exonérer l’auteur d’un acte atroce et quand sert-elle d’écran? Les faits consignés par l’enquête mettent en lumière des éléments factuels difficilement compatibles avec une réaction purement impulsive. L’accusation appuie la préméditation sur le choix de l’heure de la prière, sur l’attrait offert à l’enfant et sur la dissimulation puis le transport du corps, autant d’indices de planification. Le parquet a produit ces éléments pour fonder la qualification pénale et la réplique de la défense consiste à demander une expertise psychiatrique visant à établir une incapacité de discernement.

Il existe, dans le droit pénal sénégalais comme dans de nombreux systèmes, des critères stricts pour faire dépendre la responsabilité pénale d’un état mental. L’irresponsabilité pénale pour trouble mental exige une altération sévère du discernement au moment des faits, évaluée par des experts neutres et qualifiés. Le problème surgit lorsque la demande d’expertise devient systématique: la procédure peut être retardée, la douleur des victimes prolongée, et la société privée d’un jugement rapide. Des études comparatives en Afrique et en Europe montrent que les expertises psychiatriques utilisées sans cadre rigoureux augmentent la durée des procédures et créent des disparités de traitement.

La défense ici a avancé une phrase qui peut être citée: «Je ne me souviens de rien… j’ai perdu mes esprits…», attribuée à l’accusé; cette déclaration, au lieu d’apparaître comme une reconnaissance d’un trouble aigu, peut aussi s’inscrire dans une stratégie de mitigation. La jurisprudence internationale impose vigilance: une expertise doit s’appuyer sur des antécédents médicaux vérifiables, sur des examens contemporains et sur l’absence de mobile connu. Or le dossier public révèle un mobile déclaré par l’accusation, une tentative de fuite vers la Mauritanie et une confession au président du Dahira, faits difficiles à concilier avec une incapacité totale de discerner.

Premier argument: la protection des victimes et de la collectivité exige que la demande d’expertise ne serve pas d’artifice pour différer la peine ou diluer la responsabilité morale. Deuxième argument: l’État de droit commande des expertises rigoureuses, menées par des experts indépendants et avec des délais limités pour éviter l’instrumentalisation. Troisième argument: la transparence du processus psychiatrique est indispensable; une expertise sans publication des méthodes retenues et sans confrontation contradictoire accroît le sentiment d’impunité.

Des rapports judiciaires montrent que, dans des affaires similaires, l’admission d’un état mental sans preuves suffisantes a conduit à des acquittements ou à des mesures hospitalières temporaires, parfois suivies d’un relâchement social. Une comparaison peut être faite avec des procédures en France et au Maroc où la commission d’experts doit rendre un avis motivé sous quinzaine pour éviter les délais excessifs.

Les éléments factuels du dossier de Yeumbeul Nord plaident pour une expertise psychiatrique rigoureuse mais rapide, pas pour une échappatoire procédurale. La justice doit trancher entre responsabilité individuelle et pathologie, sans jamais transformer l’examen médical en bouclier pour des actes clairement organisés. Le 7 avril, la chambre criminelle devra décider sur des preuves documentées, en veillant à ce que la science psychiatrique serve la vérité judiciaire et non la tactique d’élusion.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Mounass N.
Mis en ligne : 19/02/2026

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