Lutte contre la corruption routière : 2 500 bodycams, zéro garantie - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 20/02/2026 12:02:00

Lutte contre la corruption routière : 2 500 bodycams, zéro garantie

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Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Mouhamadou Bamba Cissé, a annoncé mercredi à l’Assemblée nationale la commande de 2 500 bodycams destinées aux unités chargées de la régulation de la circulation au Sénégal, en vue de lutter contre la corruption routière et les bavures policières. Il a précisé que son ministère dispose déjà de plus de 200 PDA utilisés pour percevoir des amendes vers le Trésor.

L’annonce vise à rassurer l’opinion sur la transparence des contrôles routiers, avec l’objectif affiché de limiter les contacts directs entre agents et contrevenants. La communication ministérielle met en avant des outils technologiques comme solution rapide, mais elle laisse en suspens la nature des réformes nécessaires pour assurer une application réelle et durable.

L’annonce s’inscrit dans l’examen à l’Assemblée d’un projet de loi sur la professionnalisation de la sécurité privée; le déploiement des caméras concerne la police et la gendarmerie affectées aux routes.

La décision de commander des bodycams et d’utiliser des PDA est une réponse visible et concrète à des plaintes récurrentes sur la corruption routière. Les faits restent simples: les appareils enregistrent et permettent une perception électronique des amendes vers le compte public, ce qui réduit la possibilité de versements directs en espèces. Le ministre a affirmé que ces dispositifs «permettent de lutter contre les questions de corruption routière» et que «les auteurs seront filmés».

Pourtant, l’efficacité des caméras dépend de dispositifs complémentaires qui ne sont pas mentionnés dans l’annonce: règles d’activation, conservation des enregistrements, contrôle indépendant, formation des agents, et sanctions effectives en cas d’abus. Des pays ayant généralisé les bodycams ont obtenu des résultats contrastés. Par comparaison, quelques forces policières au Royaume‑Uni ont constaté une baisse des plaintes après adoption des caméras, mais des services aux États‑Unis ont rencontré des problèmes de mise en ligne et de disponibilité des images lors d’enquêtes. Ces exemples montrent que l’appareil technique ne suffit pas sans gouvernance.

Les risques pratiques sont multiples et documentables: l’activation sélective des caméras peut effacer la valeur probante des vidéos; l’absence d’une politique claire de conservation ouvre la voie à des suppressions contestables; l’utilisation des PDA pour verser directement les amendes au Trésor réduit les opportunités de corruption de porte‑monnaie, mais n’aborde pas les pressions institutionnelles qui poussent certains agents à rechercher des paiements informels. Sans transparence sur le traitement des données et sans mécanismes indépendants d’audit, la technologie peut simplement déplacer ou dissimuler les pratiques problématiques.

La communication ministérielle donne une image rassurante mais superficielle: elle insiste sur des chiffres et des livraisons imminentes, ce qui crée l’impression d’une solution définitive. En réalité, les pratiques policières sont ancrées dans des routines, des rapports hiérarchiques et des carences disciplinaires qui exigent des réformes structurelles. Il faut des protocoles clairs, des formations obligatoires, des organes de contrôle indépendants et des procédures judiciaires efficaces pour que l’enregistrement vidéo devienne outil de responsabilisation plutôt que simple gadget.

Des études indépendantes montrent que l’acceptation par les agents et la confiance du public sont déterminantes pour l’impact des bodycams. La qualité de l’équipement, la maintenance, les coûts de stockage des données et la législation sur la protection de la vie privée sont des éléments fréquemment sous‑estimés lors des annonces publiques.

L’annonce de 2 500 bodycams et de plus de 200 PDA constitue une étape visible dans la lutte contre la corruption routière, mais elle reste insuffisante si elle n’est pas accompagnée d’un arsenal de mesures institutionnelles. Les faits disponibles indiquent que la technologie peut réduire certaines opportunités de corruption, sans garantir une transformation des pratiques policières. Sans règles claires, contrôle indépendant et sanctions effectives, la promesse de transparence risque de rester une image rassurante plutôt qu’une réalité durable.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Pierre Diatta.
Mis en ligne : 20/02/2026

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