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Le député Ahmed Saïdani a été condamné, le jeudi 19 février à Tunis, à huit mois de prison après avoir publié une critique du président Kaïs Saïed sur les réseaux sociaux. Il avait été placé en détention au début du mois pour avoir qualifié le président de « commandant suprême de l’assainissement et de l’évacuation des eaux pluviales » après des visites sur des zones sinistrées par de fortes pluies. Le verdict a été rendu par la chambre correctionnelle du tribunal de première instance de Tunis.
Cette décision concerne un élu national et s’inscrit dans une série d’interventions judiciaires récentes contre des opposants et des voix critiques. Le ton réservé des magistrats contraste avec la visibilité médiatique de l’affaire, tandis que les réactions publiques oscillent entre indignation et résignation.
Depuis l’élection de Kaïs Saïed, la place accordée aux débats publics et aux critiques politiques a sensiblement diminué, selon plusieurs observations d’acteurs nationaux et internationaux. Des opposants ont été condamnés, poursuivis ou ont choisi l’exil pour éviter l’emprisonnement.
La condamnation d’Ahmed Saïdani illustre des mécanismes juridiques et politiques qui restreignent l’espace d’expression en Tunisie. L’emploi du droit pénal pour des propos tenus en ligne figure parmi les pratiques relevées ces dernières années, avec des chefs d’accusation souvent liés à l’insulte, à l’atteinte aux institutions ou à la diffusion de fausses informations. La mise en détention préventive puis la peine prononcée montrent la capacité des poursuites à produire un effet dissuasif sur les parlementaires et sur les journalistes.
Les conséquences vont au-delà du cas individuel. La condamnation d’un député envoie un signal aux acteurs du débat public: l’expression de moqueries ou de sarcasmes politiques peut conduire à des sanctions pénales. Ce phénomène se retrouve dans d’autres contextes régionaux où la critique ouverte du pouvoir a été criminalisée, comme dans certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient, et contraste avec les périodes antérieures en Tunisie où la liberté d’expression bénéficiait d’un espace relativement plus large après la révolution de 2011.
Les mécanismes institutionnels jouent un rôle central: d’un côté, des textes législatifs et des procédures judiciaires permettent de poursuivre des discours; de l’autre, l’interprétation et l’application de ces textes par les juridictions déterminent l’ampleur de la répression. Les organisations de défense des droits humains ont documenté des arrestations et des poursuites visant des journalistes, des militants et des responsables politiques, ce qui alimente une perception de régression des libertés civiles.
Plusieurs faits renforcent l’idée d’un musèlement progressif du débat public. D’abord, la multiplication des procédures judiciaires contre des voix critiques crée un climat d’autocensure, observable dans la réduction des tribunes critiques et dans la prudence accrue des médias indépendants. Ensuite, la sanction d’un élu renforce l’impression d’un recul institutionnel, car elle montre que les protections normalement accordées aux représentants politiques ne suffisent pas à empêcher la poursuite pénale. Enfin, le recours à des qualifications pénales pour des propos tenus sur les réseaux sociaux élargit l’arène de contrôle au-delà des espaces traditionnels de la politique.
La trajectoire de l’affaire Saïdani éclaire un mouvement plus large: la normalisation de sanctions contre la critique politique finit par réduire la capacité de la société à se corriger par le débat. La prudence des parlementaires, la fragilité des médias indépendants et la crainte des poursuites pèsent sur la transparence et sur la responsabilité des institutions publiques.
Des rapports d’organisations internationales ont signalé une détérioration des libertés civiles en Tunisie depuis l’arrivée au pouvoir actuelle, en citant des arrestations ciblées, des restrictions à la presse et des fermetures administratives. Des comparaisons avec les étapes post-2011 montrent une inversion des avancées démocratiques acquises après la révolution.
La condamnation d’Ahmed Saïdani constitue un fait judiciaire concret et significatif: un député condamné pour une publication critique du chef de l’État. Au-delà de l’affaire individuelle, le recours à la justice pénale pour réguler le discours politique contribue à restreindre l’espace du débat public et à encourager l’autocensure. Le jeu démocratique dépend d’un pluralisme d’opinions qui se trouve fragilisé lorsque les critiques politiques sont systématiquement punies.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Aminata K.
Mis en ligne : 21/02/2026
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