Nationalité offerte, vies exploitées : Le piège des recruteurs internationaux - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Maimouna | Publié le 22/02/2026 04:02:00

Nationalité offerte, vies exploitées : Le piège des recruteurs internationaux

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L’ambassade de Russie au Kenya a publié un communiqué en réponse aux accusations de recrutement de Kényans pour combattre en Ukraine, niant l’implication de son personnel mais reconnaissant la présence d’étrangers dans ses rangs; un rapport du renseignement kényan évoque plus de 1 000 ressortissants partis en Russie et ayant fini par combattre, certains sans savoir ce qui les attendait, et un décret de janvier 2024 offre la nationalité russe aux combattants étrangers après un an de service. Je refuse ce déni rassurant et je pense que les annonces diplomatiques masquent une réalité économique plus sombre.

Les autorités russes affirment que ces combattants sont des volontaires et annoncent des accords bilatéraux Kenya – Russie sur la migration de travail qui pourraient être finalisés après des années de négociation.

Je veux creuser la question économique que personne ne semble oser regarder en face: qui profite de ce flux humain et comment des accords de migration servent souvent d’enveloppe propre pour des pratiques prédatrices. Quand un État propose la nationalité après un an de service, il transforme des vies précaires en monnaie d’échange géopolitique. Quand des accords sur la migration de travail sont négociés en parallèle de mouvements de combattants, la tentation d’utiliser des voies officielles pour camoufler des trafics de main-d’œuvre devient plus qu’une hypothèse.

L’économie morale de ces opérations repose sur plusieurs mécanismes prévisibles. D’abord, la promesse d’un emploi à l’étranger crée une fenêtre d’exploitation: recruteurs peu scrupuleux peuvent vendre un rêve de travail légal puis pousser des candidats vers des contrats dangereux. Ensuite, la précarité économique au Kenya rend des milliers de personnes vulnérables à des offres irrésistibles, comme un laboureur qui accepterait un contrat sans garantie plutôt que de rester sans salaire. Enfin, la réciprocité diplomatique — accords, visas, bureaux de recrutement — offre une couverture administrative qui rend les abus plus difficiles à détecter.

Je compare cette stratégie à deux modèles connus: d’un côté, les filières de travailleurs migrants encadrées mais abusives qui ont existé dans certains pays du Golfe; de l’autre, les enrôlements irréguliers où l’illusion de volontariat masque la coercition. Dans les deux cas, la faiblesse des protections sociales et juridiques transforme les travailleurs en ressources jetables. Aucun accord signé entre États ne garantit la protection si les mécanismes de contrôle sont inexistants ou complices.

Les garanties annoncées sont vagues. Qui va vérifier les conditions de départ, les contrats, les assurances, et qui va intervenir si un travailleur est trompé ou forcé à combattre? L’histoire montre que les engagements diplomatiques sont souvent suivis de silences quand les victimes cherchent réparation. J’exige que l’on interroge la logique économique derrière ces accords et que l’on mette au jour les circuits financiers qui rémunèrent recruteurs, intermédiaires et parfois des réseaux officiels.

Les données disponibles rendent plausible l’hypothèse d’un trafic de main-d’œuvre: chiffre élevé de départs, promesse de nationalité, absence de mécanismes de protection claire. Les travailleurs sans information ou sans contrat exécutoire sont exposés à des risques mortels. Les accords bilatéraux présentés comme solutions peuvent devenir des instruments de légalisation rétroactive d’un trafic. Refuser de politiser cette question n’est pas sage; il faut la combattre avec des enquêtes indépendantes, des protections juridiques renforcées et des sanctions ciblées contre les recruteurs.

Des exemples récents montrent que des pays ont mis en place des registres publics de recruteurs, des audits des contrats et des centres d’assistance aux migrants qui permettent de réduire les abus. Une application de ces outils dans le cadre des négociations Kenya – Russie offrirait une réponse concrète et mesurable.

Je pense que derrière le discours diplomatique se cache une logique économique dangereuse qui transforme des citoyens vulnérables en main-d’œuvre expendable. Les accords de migration proposés risquent de servir de paravent pour un trafic déguisé si l’on n’impose pas des garde-fous stricts, des contrôles transparents et des voies d’accès à la justice pour les travailleurs. Sans cela, on distribuera des papiers et l’on continuera à vendre des vies comme s’il s’agissait d’un contrat commercial.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/02/202
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