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Un article récent de Jeune Afrique, relayé par plusieurs médias africains, a mis en lumière l’acquisition surprise de 196 milliards de FCFA de dette sénégalaise par un acteur financier togolais, identifié comme la Société de gestion et d’intermédiation (SGI) du groupe Ecobank. Cette opération, présentée comme un signe de confiance des investisseurs régionaux envers le Sénégal, mérite une lecture plus critique. Si elle a effectivement permis à Dakar d’éviter un défaut de paiement immédiat, elle ne doit pas occulter la réalité d’une crise économique et financière structurelle, aggravée par la révélation d’une dette cachée et une gouvernance défaillante.
Le Sénégal traverse une période de turbulences budgétaires sans précédent. Selon le FMI, la dette publique du pays a atteint 132 % du PIB à la fin de 2024, dont une part importante est libellée en devises étrangères, exposant le pays à un risque de change élevé et à une dépendance accrue aux marchés extérieurs. Les révélations sur la « dette cachée » héritée du précédent régime ont non seulement ébranlé la confiance des partenaires internationaux, mais aussi entraîné la suspension du programme d’aide du FMI et plusieurs dégradations de la note souveraine du Sénégal par les agences de notation. Le gouvernement actuel, confronté à un déficit budgétaire de près de 14 % du PIB en 2024, tente de restaurer la crédibilité du pays, mais les mesures d’austérité et les coupes budgétaires ont un coût social énorme, pesant sur le pouvoir d’achat des ménages et la stabilité économique.
L’opération menée par la SGI d’Ecobank, bien que spectaculaire, soulève plusieurs interrogations. Comme le souligne l’analyste financier Régis Couao-Zotti, il est inhabituel qu’une institution togolaise mobilise aussi rapidement 300 millions de dollars pour acquérir des titres sénégalais, surtout dans un contexte où les banques ivoiriennes et sénégalaises dominent traditionnellement ces enchères. Les spéculations sur l’identité réelle de l’acheteur – certains regards se tournant vers la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) – laissent planer le doute sur la transparence de cette transaction. Par ailleurs, cette acquisition ne représente qu’un tiers des adjudications récentes, et ne résout en rien le problème de fond : le Sénégal doit honorer plus de 6 000 milliards de FCFA de besoins de financement en 2026, dont l’essentiel concerne le service de la dette.
Les autorités sénégalaises se félicitent de cette bouffée d’oxygène, mais elle ne fait que reporter l’échéance d’une crise plus large. Le pays reste privé d’accès aux marchés internationaux en raison de la méfiance des investisseurs, et se replie sur le marché régional de l’UEMOA, où les taux sont élevés et les maturités courtes. Le risque de saturation de ce marché est réel, et la dépendance accrue à des acteurs régionaux comme Ecobank ou la BOAD pourrait, à terme, aggraver la vulnérabilité financière du Sénégal.
Premièrement, cette opération ne doit pas être interprétée comme un vote de confiance généralisé. Les investisseurs régionaux, souvent liés à des institutions panafricaines, agissent parfois en tant qu’intermédiaires pour des fonds internationaux, et non par pur altruisme. Deuxièmement, le Sénégal reste confronté à un « mur de la dette » en 2026, avec des échéances massives d’eurobonds et un service de la dette qui pourrait absorber une part disproportionnée des ressources publiques. Enfin, la stratégie actuelle du gouvernement – refuser toute restructuration de la dette par crainte d’une perte de souveraineté – pourrait s’avérer contre-productive. Comme l’ont montré les exemples du Ghana et de l’Éthiopie, une restructuration organisée peut offrir une bouffée d’oxygène et éviter un défaut désordonné.
La situation du Sénégal n’est pas isolée. En 2026, les États africains devront faire face à plus de 90 milliards de dollars de remboursements de dette extérieure, un niveau inédit qui met sous pression les réserves de change du continent. Des pays comme l’Angola ou la Tunisie ont montré que le report des réformes ne fait qu’aggraver les crises budgétaires. Le Maroc, en revanche, a su diversifier ses sources de financement et maintenir une perspective stable, grâce à des réformes structurelles et une gestion rigoureuse de sa dette. Le Sénégal, en refusant toute restructuration, prend le risque de s’enliser dans un cercle vicieux de refinancement coûteux et de coupes budgétaires douloureuses.
L’achat de dette par un acteur togolais est une aubaine à court terme, mais il ne doit pas masquer l’urgence d’une stratégie de gestion de la dette plus ambitieuse et transparente. Le Sénégal a besoin d’un plan crédible, combinant reprofilage de la dette, réforme fiscale et diversification économique, pour restaurer durablement la confiance des marchés et des partenaires internationaux. Sans cela, la confiance apparente des investisseurs régionaux ne sera qu’une illusion, et le pays risque de se retrouver face à un mur de liquidités infranchissable. Il est temps d’agir, avant que la crise ne devienne ingérable.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 28/02/2026
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